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« Constatez que tous disent en gros la même chose »
Ca, oui, alors ! Effectivement, les arguments tournent toujours autour des mêmes préjugés, des mêmes imprécisions terminologiques et des mêmes ornières dogmatiques. Le point commun du camp des contre est bien d’être discipliné dans le conformisme, et de croire qu’en répètant à l’envi leurs lieux communs à base de Principes Véritables De Tous Temps Et En Tous Lieux, ça finira par devenir intelligent...
Sérieux, ça ne vole pas haut les mecs ! Cinq ou six dignitaires religieux éminentes et cultivés qui finalement ne déversent pas grand chose de plus que les arguments de piliers de bistrot ! Ca doit être la preuve que les poivrots ont toutes les sagesses, sans doute...
Pour être honnête, il y a quand même une prise de position dégagée des dogmes et des préjugés parmi les autorités autoproclamées spirituelles : le point de vue d’une représentante du bouddhisme présente aux auditions à l’assemblée nationale.
« le gouvernement les a consulte parce qu’il en a l’obligation formelle, mais (...)l l’a fait formellement, dans le genre, cause toujours tu m’intéresse. »
C’est marrant, les syndicats avaient exactement le même sentiment, ces dix dernières années. Je n’ai pas souvenir que cela vous ait beaucoup ému...
Cela dit, les auditions à l’assemblée nationale démentent la nonchalance dont vous parlez, même si, comme vous le notez, pour cinq orateurs successifs, on a bien eu cinq fois les mêmes poncifs. Ca peut lasser...
« Demandez vous pourquoi ce déni démocratique ».
Et si c’était parce que les rares bons arguments ont été effectivement intégrés au projet de loi, tout simplement ? Et même quelques mauvais, comme par exemple l’appellation « mariage pour tous » qui a été retiré au profit de « ouverture du mariage aux personnes de même sexe ».
Vous allez me dire que c’est un changement purement cosmétique, en l’occurrence, mais :
- 1 - il n’est pas le seul
- 2 - il prouve à lui seul que le gouvernement n’est pas sourd aux suggestions de ses détracteurs, contrairement à ce que vous prétendez
- 3 - il prouve, aussi, puisque ceux qui l’avait réclamé à corps et à cri, l’ayant obtenu, continuent leurs jérémiades et leurs prophéties apocalyptiques, que la modification terminologique dont ils faisaien une question de principe n’était qu’une question mineure... Jolie, la crédibilité !
Il y a des raccourcis dans ce que vous dites. Si vous parlez de l’ancien testament, ça fait peut-être plus de 2000 ans. Si vous parlez du nouveau, son influence véritable date de l’adoption du christianisme comme religion officielle par Rome. Et puisqu’un parle d’un livre, on peut tout aussi bien retenir pour son influence véritable, la date de sa première impression en grand nombre, merci Guttenberg, voire affiner la datation en suivant les progrès de l’alphabétisation grace à laquelle elle a pu être enfin lue par ses adeptes sans devoir passer par l’intercession d’un lecteur interprête pas toujours... hum... fidèle.
Au passage :
- le mariage dont vous parlez préexistait probablement au christianisme dans de nombreuses cultures ;
- la controverse de Valladolid a contribué à l’esclavage des noirs bien avant que les chrétiens se préoccupent majoritairement de lutter contre ;
- la bible a inspiré aussi de nombreux penseurs qui y ont trouvé aussi des raisons et des moyens de s’en détacher, comme Voltaire, Freud ou Nietzsche... C’est qu’il faut savoir passer, aussi, pour dépasser.
Pour prlolonger la réflexion dan le sens impulsé paar Kookabura, s’agissant de l’épiphanie et plus généralement des fêtes traditionnelles, personnellement, je tends à n’adhérer à une pratique que lorsque j’y trouve un bien fondé et un sens contemporains.
Manger une galette ne se conçoit pas seul. On a donc affaire à un rituel collectif. Le rituel s’accompagne d’un forme de jeu, de loterie, qui fait porter couronne à la personne que désigne le sort, sous la forme d’une fève. On peut donner sens à ce tirage au sort en ce qu’il indique que la réussite sociale est peut-être affaire de chance, mais que la chance, à la base, est égale pour tous, sans distinction de sexe, de race, de rang, de naissance. On a donc affaire, mine de rien, à un rite profondément égalitaire, et aussi potentiellement subversive que le carnaval.
Il m’étonne peu que la convention ait pu tenter de souligner cet aspect des choses, qui, de toutes les façons, persiste de façon sous-jacente aux connotations religieuses. Et pourquoi un croyant ne trouverait-il pas, d’ailleurs, que ces sens peuvent se compléter ?
Mon athéisme s’accommode assez de partager la galette en famille, et de m’amuser de ce tirage au sort. Mais j’aime bien aussi la vision toscane de cette fête, qu’incarne la Béfana.
Je partage le point de vue de Kookabura, en vertu duquel la laïcité n’impose certainement pas la suppression des traditions, a fortiori lorsque celles-ci ont un sens pour une partie croyante de la population, et que d’autres parties peuvent y mettre le elur. Seul une théocratie exclusive, un totalitarisme antireligieux ou un athéisme politique obtus pourraient revendiquer la suppression de certaines fêtes traditionnelles.
La reconnaissance de ces fêtes peut se faire en toute neutralité et sans prise de partie pour ou contre telle religion. Mais de ce fait, chacun peut s’approprier les fêtes comme il le souhaite.
En gros, chacun devrait pouvoir fêter ce qu’il veut quand il veut, et si ça tombe un jour férié reconnu pls largement, pourquoi ne pas faire la fête ensemble et rechercher les significations communes ? Certains appliqueront leurs dogmes, d’autres se rappelleront de survivances païennes préexistantes, que les religions officielles successives ont tenté de s’approprier, d’autres encore puiseront dans des évènements saisonniers objectifs et pragmatiques (fêtes des changements de saison aux solstices et équinoxes, fêtes pour les grandes marées, les moissons, les vendanges, le beaujolais nouveau…), sous l’angle commémoratifs de faits historiques (comme l’armistice ou la fête du travail, la Commune, Thanks Giving ou la Révolution Bolchévique). Certains puiseront dans leur folklore local, avec les Tarasque, Vouivres et autres légendes, ou dans les traditions étrangères si elles portent des significations intéressantes, comme la Béfana, qu’on fête aussi le 6 janvier en Toscane. Je fêterai aussi bientôt le nouvel an chinois, et garde un bon souvenir de quelques halloween/Samaïn/Toussaint passés.
Personnellement, je ne renie pas mes héritages culturels, mais enfin, si j’étais méchant, j’indiquerais qu’on n’hérite bien que des défunts. Et si la France est fille aînée de l’Eglise, c’est tout à son honneur d’avoir été dans les premières à s’émanciper d’elle.
Si athée que je sois, je sais apprécier une cantate de Bach et l’architecture magnifique de nos cathédrales. Je ne boycotte pas certains écrivains au seul grief qu’ils seraient chrétiens, mais je sais tout autant lire et revendiquer comme mes racines, des penseurs libres, agnostiques, athées, ou de croyances qui nous sont plus exotiques.
Je ne trouve pas de raison de renoncer non plus au décompte du temps à compter de la date de naissance supposée du Christ pas plus que je ne souhaite raser les églises. Et je vais même plus loin : je reconnais toute la beauté généreuse d’un rituel de partage du pain et du vin, juste parce que c’est un partage, et abstraction faite de toute théophagie. Je suis ainsi capable de reconnaître du sens à la « communion » qui n’est peut-être pas si éloigné du message originel, comparativement aux ors solennelles et compassées des cérémonies pompeuses.
Mes rapports libres à la culture chrétienne me poussent à reconnaitre les chrétiens comme des compagnons de route qui s’arrêtent en chemin. Mais je peux leur garantir deux choses : d’une part, qu’ils ratent quelque chose. D’autre part, que je reconnais pleinement l’intérêt de conserver les cathédrales et les fêtes chrétiennes si l’on peut leur donner du sens, et même sans cela, non pas parce qu’on les considèrera comme divines mais parce qu’on les considère comme humaines.
Je ne crois sincèrment pas que la laïcité se soit érigée comme adversaire d’une religion en particulier. Si je lui vois un premier adversaire historique c’est sans aucun doute la guerre de religions. cela fait de la laïcité non un athéïsme, mais très exactement la recherche d’un système institutionnel compatible avec autant de pratiques religieuses que possible. C’est-à-dire qu’elle refuse d’en officialiser une en particulier. Avec un tel parti pris, il me semble que c’est plutôt l’Eglise catholique qui se sera érigée en adversaire de la laïcité plutôt que l’inverse. Il s’agissait évidemment pour elle, de défendre son pouvoir temporel de l’église (« rendre à César » n’avait probablement pas le même sens à l’époque).
Or, à part quelques minorités intégristes comme on en trouve partout y compris chez les athées, la laïcité atteint son objectif quand la religion n’occupe plus l’espace politique. Mais il la laisse ensuite parfaitement libre de prétendre à organiser la vie privée de ses ouailles, à leur donner des consignes morales, à les guider spirituellement, voire, à conduire leurs âmes dans des arrières-mondes plus mirifiques.
Les voyants de ma suspicion clignottent violemment, du coup, quand on prétend que la laïcité se pose en adversaire de la religion chrétienne et qu’elle poursuit ses oeuvres déstructrices des religions en s’attaquant maintenant à l’Islam, arrachant au passage les symboles chrétiens des cous des fidèles pour mieux légitimer l’interdiction de la Burka.
J’ai une vision radicalement opposée de l’enchaînement des évènements. les tenants de la laïcité, pour peu qu’on ne les confonde pas avec les athées radicaux ou les anticléricaux les plus intolérants, sont par définition parisans d’un forme d’universalisme qui confinerait l’Etat dans une totale neutralité spirituelle, non pour donner l’exemple d’un athéisme souhaitable, mais pour ne pas entraver la pratique, par chacun, de sa religion, dans une société qui n’en écarte que les plus violentes (les cultes aztèques et leurs sacrifices humains n’ont aucune chance d’être admis, même par les laïques les plus tolérants), et fait coexister pacifiquement les différentes communautés. C’est aussi pourquoi les partisans de la laïcité, s’autorisant à ne pas se tourner perpétuellement vers le passé et la recherche de racines, peuvent raisonner le présent en fonction des avenris possibles et des rappports à inventer plus qu’à reproduire.
S’il faut trouver les gens qui détestent ou craignent l’arrivée de l’Islam, il me semble qu’il faut les chercher justement parmi ceux qui se sentent agressé dans leur culture traditionnelle, précisément ceux pour qui le culte, la civilisation, l’histoire, se raisonne par référence au passé et non en construction d’un avenir. Alors que l’identité d’un partisan de la laïcité se construit dans l’admission que les cultures se mélangent, s’interpénêtrent, se fécondent mutuellement et s’enrichissent, le défenseur des traditions, lui, raisonnera en termes d’invasion, d’agression, de résistance, de choc des civilisations, voire de guerre sainte ou de croisade.
Le tenant de la laïcité se réjouit de la diversité des modes, des accoutrements, des symbloes divers, lui qui s’autorise sans complexe à porter des symboles indiens, bouddhistes, taoistes, voire des étoiles du chaos, ou des pentacles platoniciens. Quelle raison aurait-il - s’il n’est pas, en plus, anticlérical - de s’opposer au boubou, à la djellabah, à la croix chrétienne, à l’étoile de David ou à la Burka ? Ne sait-il pas, lui, que le seul danger vient de l’intevention de la puissance publique dans le domaine sanctuarisé de la liberté de pensée, d’opinion, de croyance. N’a-t-il pas compris avant tout autre, que le véritable enjeu de la laïcité, c’est autant de tenir les religions en dehors du rôle de l’état que de tenir l’Etat en dehors des sphères où se constitue librement l’opinion souveraine du citoyen ? L’échec de la laïcité, c’est quand l’Etat retire au citoyen des libertés, et notamment vestimentaires.
A l’inverse, ceux pour qui être chrétien est moins une pratique spirituelle qu’un marqueur identitaire servant de signe de ralliement, et dont il faudrait défendre la terre contre l’invasion étrangère, auront bien moins de scrupules à instrumentaliser la laïcité : voyons : n’ont-il pas, justement, le souvenir culturel d’avoir perdu un pouvoir et une influence à cause de la laïcité ? Et quoi, alors ! Il faudrait qu’une autre religion débarque, semble menacer d’acquérir pouvoir et influence à son tour, et l’on ne pourrait pas invoquer la laïcité pour l’en empêcher , pour entraver sa progression ?
Ce sont ceux qui, parce qu’ils ont la sensation que la laïcité leur a confisqué un pouvoir temporel et qu’elle serait la cause d’un amoindrissement des ferveurs, entendent bien lui faire jouer un rôle identique face à la montée de leur ennemi pluriséculaire, auquel ils se confrontèrent de Jérusalem à Poitiers.
Cet usage inconsidéré de la laïcité, ce détournement, si contraire à sa nature profonde, ne peut émaner que de personnes qui sans avoir forcément tout compris du message christique, rendent tribu à l’Eglise de l’identité ethnique qu’elle leur confère, en souvenir de la bannière des croisés.
Oh, bien sûr, on trouvera bien quelque extrémiste antireligieux pour joindre leur rangs le temps de cette bataille, au motif que l’Islam aussi, est pour eux une religion à abattre. Bien sûr aussi, les racistes, les xénophobes, les anti-islamistes ou antisémites ne sont pas tous chrétiens, loin s’en faut. De même la plupart des chrétiens ne partagent pas ces intolérances et ces peurs irrationnelles de l’autre. Qu’il soit bien clair que je ne généralise pas : je me félicite d’ailleurs qu’on puisse ouvertement être à la fois chréiten et laïc, et qu’on voie la laïcité pour ce qu’elle est vraiment : une façon de permettre à tous de vivre sa religion ou son absence de religion dans un cadre neutre et tolérant.
Sauf leur respect, c’est quand même dans leurs rangs que peuvent le plus facilement s’égarer les défenseurs identitaires de valeurs civilisationnelles. Ceux là s’y sentiront bien, même si, dans « héritage judéochrétien », ils retiennent surtout le terme « héritage », et défendraient leur identité avec la même ardeur s’ils étaient nés sous un autre drapeau, dans d’autres temples.
Le fait que ces défenseurs de traditions aient eu à subir, au passage, la privation de quelques symboles religieux n’indique en rien qu’ils ne sont pas à l’origine de cette interdiction. Au contraire : n’y reconnaissez-vous pas ce goût judéochrétien pour la souffrance rédemptrice et le sacrifice salutaire ?
C’est un jeu de dupe et de faux jetons. La laïcité n’a jamais réclamé une neutralisation religieuse à outrance, que des seuls agents de service public, lorsque l’exercice de leurs fonctions les met en contact avec les administrés.
Maintenant, un pays de pluralité d’opinions et de liberté de conscience ne peut pas, effectivement, garantir que toutes les autorités publiques aient compris la valeur et les limites de la laïcité. Il se trouvera toujours un maire, quelque part, pour interdire à tort telle manifestation, pour se montrer exagérément prévenant vis-à-vis des troubles à l’ordre public que pourraient susciter le rappel des inspirations religieuses de telle ou telle manifestation publique, ou qui voudra à tort imposer aux citoyens la même neutralité qu’il impose à raison aux services publiques de sa commune.
Mais à l’inverse, pour tout vous dire, je connais une assistante maternelle musulmane qui, dans l’intimité du lieu de travail qu’est pourtant son propre domicile, ne voit aucun mal à mettre une crèche et un sapin dans son salon, au bénéfice des enfants qu’elle garde, sans même savoir s’ils sont chrétiens ou athées, mais juste parce que c’est ce que font ses voisins et les parents des enfants accueillis. Aussi parce que Noël est une fête du don, une fête de l’enfant, une belle fête. Et aussi parce que si les chrétiens peuvent en revendiquer une certaine paternité (abstraction faite des sources celtes ou romaines), ils peuvent aussi se réclamer d’un sens du partage. Alors pourquoi revendiqueraientèils un usage exclusif de la fête de Noël ou se lamenteraient-ils qu’elle dépasse le cadre de sa religion d’origine ?
Et au passage, dans toutes les religions, à commencer par l’Islam, il y a des courants plus tolérants que d’autres, plus conciliants, plus propices à confiner la foi dans la sphère privée que sanctuarise notre démocratie pluraliste. Tous ne sont pas salafistes. L’Islam soufi, par exemple, n’a rien à voir. La discipline spirituelle que ses adeptes s’imposent reste une exigence personnelle, mystico-poétique, qui ne contrevient en rien à la vie dans une démocratie laïque où l’Etat est supposé confiner son action hors du domaine spirituel. Je conseille aux curieux ouverts d’analyser la façon dont les 90% de musulmans de Mayotte sont en train de devenir aussi Français qu’eux, voire plus. Tirons en gloire et fierté, au passage, puisque la culture française est l’une des seules au Monde à permettre ce type d’intégration.
Bien à vous,
L’ankoù
Cher laloicestlaloi, merci de cette position ouverte et médiane que je salue pour l’esprit de conciliation qui l’inspire de façon manifeste.
Je souscrirai sans réserve à votre proposition si le problème n’était que terminologique, et si l’adoption d’un voable spécifique à l’insitution civile était de nature à rassembler un consensus plus grand que celui qui se dessine légitimement pour le mariage « pour tous ».
Toutefois, j’observe que votre proposition conduit à ce que toutes les personnes dont l’union n’a pas été consacrée par un mariage religieux, soit par conviction soit à la suite d’un interdit religieux comme le remariage des personnes divorcées, pour certaines croyances, devront perdre la qualité de « personnes mariées ». Je doute qu’elles l’acceptent, à supposer même que cela ne change rien à leur statut juridique. Les gens sont manifestement plus attaché aux termes qu’au contenu et au sens des termes, et il n’y a pas de raison que cet attachement soit moins légitime de la part des athées que de la part des croyants.
Votre remède risque donc de s’avérer moins consensuel encore que le mal, et de raviver des anticléricalismes (primaires ou non) qui vous répondraient à raison que les clergés ne sont pas propriétaires des notions comme le mariage, et que la collectivité n’a pas à leur en céder l’usage exclusif.
Je vous invite nénanmoins à conserver cet état d’esprit et vous soutiens inconditionnellement dans votre recherche de solutions modérées.
Bien à vous,
L’Ankoù
Et bien, etonne, Voici peut-être de quoi réhabiliter au moins partiellement cet article :
1) A supposer que l’une de vos critiques soit fondée ou même que l’intégralité de l’article se présente comme un recueil de présupposés, vous aviez toute latitude pour dépasser cette critique et entamer le débat sur des bases plus solides qui soit corroborent, soit démentent les assertions de notre ami marc.
2) Marc écrit précisément que « les faits divers (...) relatent (...) que (...) la culpabilité est plus probable que l’innocence ». Les faits divers n’étant rien d’autre qu’une rubrique de presse, votre correction n’est qu’une reformulation exacte de la citation, que vous aurez donc mal lue ou mal comprise.
3) si la deuxième affirmation que vous isolez mériterait effectivement d’être un peu étayée par des chiffres, des études ou des arguments démonstratifs, vous pouviez faire au moins l’effort, puisque vous prétendez l’écarter, d’apporter au moins un argument contraire dans les formes que vous auriez souhaité lire, c’est à dire avec des arguments ou des chiffres.
Puisque les thèmes évoqués, nous en sommes d’accord, méritent des développements, je vous propose de les enrichir par les bases de réflexions suivantes :
- les bases de la démocratie sont que les citoyens sont libres. Que tous les criminels ne soient pas en prison, c’est plus qu’une normalité : c’est une garantie que notre démocratie fonctionne bien, elle qui doit garantir que, d’abord, on n’enferme personne avant qu’il ait commis un crime, qu’ensuite on n’enferme personne avant d’avoir établi sa culpabilité à la suite d’une procédure contradictoire, et qu’enfin on le relâche une fois sa peine accomplie (où un peu avant, si les conditions d’une libération anticipée sont remplies). Qu’il y ait des criminels en liberté est donc parfaitement normal, quoi qu’en disent certains instituts qui se prétendent « pour la justice ».
- parmi les criminels en liberté, on compte aussi ceux qui ne se sont pas fait prendre, ceux dont les crimes n’ont pas encore été découverts, ceux dont les crimes sont prescrits, ceux qu’on a relâché faute de preuve, ceux pour lesquels les indices de culpabilité étaient insuffisants ou peu probants. On peut le regretter, mais tout ça résulte de lois démocratiquement adoptées, et qui, si elles ne garantissent pas que tous les criminels soient en prison, sont supposées garantir au moins qu’aucun innocent n’y soit.
- à ce stade, il convient effectivement d’indiquer que les criminels commettent leurs méfaits en leur seul nom propre et n’engagent que leur responsabilité. La peine d’emprisonnement, elle, est prononcée au nom du Peuple Français. Si vous en faites partie, c’est donc en votre nom aussi que des innocents risquent d’être mis en prison. Personnellement, lorsque j’apprends qu’un criminel a frappé, voire a récidivé, je ne m’en sens pas responsable. En revanche, quand une justice rendue en mon nom met un innocent en prison, là, je m’en sens responsable, et même coupable.
- les contraintes de procédure et le respect absolu des droits de la défense ne sont pas conçus pour empêcher la Justice de faire son œuvre, mais au contraire pour s’assurer que la Nation ne prive pas certains de ses membres de liberté sans avoir la certitude de sa culpabilité.
- et malgré toutes ces précautions, il y a encore des erreurs judiciaires. On ne désigne pas par ces termes le fonctionnement normal des institutions qui relâche des personnes dont on est incapable de prouver la culpabilité, mais bien le scandale absolu d’un innocent enfermé. On a encore des Marc Machin et des affaires d’Outreau. Et bien que se soit inacceptable et scandaleux, on a encore des mouvements « pour la justice » qui s’autoproclament « instituts », pour réclamer qu’on se dispense de procédures, qu’on abandonne des garanties, qu’on amoindrisse les droits de la défense, qu’il ne soit tenu compte des erreurs de procédures que quand elles profitent à l’accusation, et que toutes les victimes se pâment d’orgasme en entendant la sentence pénale « réparatrice »... (je rappelle que la seule sentence vraiment réparatrice pour les victimes n’est certainement pas la sanction pénale mais bien la sentence civile, c’est à dire, la réparation du préjudice par des dommages-intérêts).
- L’explication de ces erreurs judiciaires, c’est justement les excès et les pressions largements médiatisées de cette vindicte populaire imbécile qui fantasme l’arrestation de tous les criminels, et qui, pour atteindre cet idéal, serait prête à enfermer, avec eux, autant d’innocents que nécessaire. C’est cette juste compassion pour les victimes quand elle conduit à souhaiter leur livrer un coupable à tout prix, et à considérer que leur plaisir, leur satisfaction, leur tranquillité, leur apaisement et « la reconnaissance de leur statut de victime » vaut bien statistiquement, quelques dommages collatéraux comme l’incarcération de quelques innocents. C’est cette dangereuse conception d’une justice préventive, vue comme celle qui pourrait enfermer les criminels avant qu’ils ne commettent un crime, sans s’apercevoir que c’est très exactement synonyme d’enfermer des innocents. C’est d’ailleurs le même élan liberticide qui, poussé à l’extrême, conduit à l’eugénisme en ce qu’il devrait éviter la naissance même de criminels « potentiels », sans comprendre que si la transgression nait d’un gêne, c’est à lui aussi qu’on doit les explorateurs, les découvreurs, les inventeurs, les artistes et les résistants à l’oppression. A l’exact opposé, le gêne de l’angoisse sécuritaire et du conformisme, à supposer qu’il existe, donnerait aussi d’excellents collabos et alimenterait toutes les foules de lyncheurs, tous ceux qui réclament qu’on remplace la force de chose jugée par la force de leurs pré-jugés.
Il faut se méfier de ceux-là. Peut-être convient-il de graver, à cet effet, aux murs des salles de délibérés, cette citation de Nietzsche : « Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges. »
C’est pourquoi quelles que soient les faiblesses éventuelles des assertions de marc, le débat qu’il ouvre est particulièrement intéressant et son positionnement personnel me semble le bon, jusqu’au titre de son article qui pose effectivement la bonne question « au nom de qui ou de quoi rend-on la justice ? », et qui aboutit logiquement à l’horreur de la découverte que les erreurs qu’elle commet le sont en notre nom.
Bien à vous,
L’Ankoù
Merci Yann, et bonne année à vous comme à tous nos lecteurs.
Je crainds que vous ne caricaturiez un peu trop l’individualisme dans le but de mieux faire admettre son antithèse.
En revanche, lorsque vous dites que notre culture nous induit à nous indentifier à nous même, Je souscris volontiers à cette approche. Mais justement : c’est parce que cette identification est culturelle, c’est parce qu’elle passe par des mots et des concepts acquis de la collectivité, que nous développons cette conscience de notre individualité en lien avec les autres, et non de façon reliée sur elle-même.
Même le cogito carthésien ne s’exprime qu’en mots, lesquels sont des conventions sociales acquises en société. De même, si nous nous identifions comme le résultats de nos expérimentations, la plupart d’entre elles sont sociales. Mieux encore : nous sommes en théoris totalement libre de changer, de ne pas tenir notre parole, de ne pas être fidèles à nos engagements, de considérer à chaque instant que les perspectives d’un confort immédiat ou futur méritent qu’on rompe cette fidélité à nous mêmes. Ce qui nous y retient, ce qui nous limite, cette volonté de rester « identiques » à nous-mêmes, bref, notre identité même, c’est justement que les rapports sociaux ne sont possible et stables que si le jugement qu’on a des gens et l’estime qui nous les fait accepter dans le groupe supposent aussi une stabilité de la personnalité. Pour que « Je » pense, il faut non seulement que la société ait fourni les mots de la pensée, mais qu’elle ait aussi instillé à travers cette transmission des mots le goût de rester semblable à soi-même et d’inspirer confiance dans cette permanence de soi.
Et c’est encore plus flagrant que je projette ce que je suis, quand je ne me définis plus par mon passé mais par mon futur, car alors la fixation de ses buts s’imprègne de la volonté de reconnaissance sociale que je tiens des mots mêmes employés pour formaliser ce projet.
Bien sûr que cette représentation du soi « prend toute la place dans notre for intérieur (...) nous consume et nous absorbe entièrement. » Bien sûr qu’il s’agit d’une illusion, ou mieux encore, d’une construction artificelle socialement induite. Mais l’essence collective, la matière culturelle, l’imprégnation sociétale de cette représentation de soi fait que cet individu est dans un état perpétuel de séparation communicante avec la société qui le produit.
Le décalage entre soi et les autres n’exclut aucun pont, et autorise notamment la communication verbale propice au partage des idées, des sentiments et des opinions. Par les mots qui transitent pas ces ponts, nous ne pouvons peut-être pas être les autres, mais nous pouvons au moins appréhender sa consience, (sauf à verseer dans une pathologie solipsiste).
L’individualisme ne se réduisant ni à l’autisme, ni à l’égoïsme, et concernant au contraire des personnes socialement construites, façonnées de collectif, on peut dépasser l’accaparement des ressources, néfgocier sa propre dangerosité contre sa propre sécurité dans le groupe, et assouvir l’impérieuse nécessité de sa propre sauvegarde dans des relations à autrui, plus souvent collaboratives que conflictuelles. Ceci permet de dépasser ses peurs, et de se raisonner en acteur social de son propre devenir au sein d’un devenir collectif. Ceci permet la conscience de l’altérité, les rencontres entre deux singularités dissemblables et, notamment, l’amour.
Bien sûr, il existe des cas pathologiques d’enfermement sur soi, où l’isolement force les pensées à tourner en boucle, ce qui est d’autant plus dramatique pour ceux qui disposent d’un vocabulaire restreint. Lorsqu’une telle pathologie vire à l’accaparement des richesses et des ressources, il arrive nécessairement un stade où l’autre est lésé et vous fait retour de l’illégitimité de votre attitude. Les nécessités de la conservation de soi vous obligent en principe alors à rectifier votre comportement. Cette pathologie sociale s’autorégule donc la plupart du temps dans le rapport à l’autre.
Là où les choses sont dangereuses, c’est moins l’égoïsme pathologie d’un individu que l’alliance des égoïstes pour constituer autour d’eux un milieu atteignant la masse critique nécesaire pour assurer la survie collective du groupe d’égoïstes se légitimant mutuellement. Comme par exemple, les promotions de Science-Po Paris ou les membres du conseil d’administration des entreprises du CAC 40. Parce qu’alors, il n’y a plus d’autorégulation possible. On vire à un système communautariste, ou de caste, ou de classe sociale, où l’individu se définit par une appartenance à un groupe exclusif des autres, au lieu d’une collectivité inclusive. C’est typique des société sur-hiérarchisées. C’est d’ailleurs par cet individualisme de groupe que votre analogie avec le cancer prendra le maximum de son sens.
Bien à vous,
L’Ankoù
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