Oui, je confirme : il y a de l’intelligence, surtout quand vous, Spitoven, déclarez votre attachement aux diversités, au pluralisme, à la multiplicité des cases, des modèles et des représentations. Ce que vous définissez comme une « égalité », qui uniformise et contraint à un modèle unique est typique d’un « égalitarisme », contre lequel je combat à vos côtés.
Je vous approuve et vous suis totalement sur ce point, mais pas sur le fait qu’il faille une norme pour chacun. Du moins pas un norme légale. Ce serait contraire à l’esprit des lois : elles doivent par définition être impersonnelles, générales, et aussi universalistes qu’elles peuvent l’être. Ce sont des garanties que la loi s’applique à tous, est la même pour tous, et n’autorise pas que chacun se fasse sa loi de son côté, à son gré, où se considère au dessus des lois.
Comment donc concilier l’unicité de la loi avec la diversité que vous appelez de vos vœux ? Il me semble que les libertés sont un bon moyen.
Il faut d’ailleurs rappeler que les gens sont libres de se marier ou non. Le mariage n’a rien d’une norme obligatoire. Il reste les unions « libres », toujours disponibles pour les hétéros comme pour les homosexuels, les communautés, les échangistes, les triolistes, etc. Le mariage est une option officielle : une façon de rendre l’union opposable aux tiers et de lui faire porter quelques effets juridiques précis à l’égard des tiers (cette opposabilité caractérise la différence entre un contrat et une institution, ce que reste le mariage).
Certaines minorités étaient, certes, privées de cette option. On leur donne cette liberté de choix.
J’insiste sur la distinction entre droit et liberté. La liberté préexiste à la loi. Quand deux libertés se gênent mutuellement, la loi intervient pour les délimiter. Au sein de cette délimitation, chacun a des droits, qui ne sont plus des libertés, et qui nécessitent au besoin l’intervention d’un tiers pour les faire respecter. La Liberté, elle, se passe des tiers.
Il y a donc une contradiction importante à revendiquer plus de lois pour plus de diversité. Il faut au contraire moins de loi, des lois plus générales, plus impersonnelles, le moins discriminantes possibles.
Il se trouve que c’est bien dans cet esprit que travaille, pour une fois, le législateur à propos du mariage pour tous. C’est un recul de l’arbitraire étatique qui se permettait une inquisition dans des questions de sexe, et, pire, des discriminations fondées sur celui-ci. En gommant ces distinctions de sexe dans les codes, la loi nous rend plus libre, non pas d’être du sexe qu’on veut, mais de se présenter avec le partenaire du sexe qu’on veut devant l’officier d’état civil. C’est bien un loi favorable à la diversification des mariages, alors même qu’elle unifie un modèle. L’unifiant, d’ailleurs, et à l’inverse du PACS, elle le renforce bien plus qu’elle ne l’affaiblit, tout en ne l’imposant à personne.
Ainsi, en application des justes remarques que vous faites sur la diversification des comportements et sur la variété des modèles, vous pouvez vous opposer peut-être à tout ce qui sera voté au cours de ce mandat, sauf la loi sur le mariage « pour tous ».
Après, tout ce qui est « déstructuration », « déconstruction », « démantèlement », et autres prophéties apocalyptiques, j’attends toujours le premier argument rationnel qui me permettrait d’en craindre les effets plus que la fin du calendrier Maya...
Disons, Edelweiss, que puisque le monde change, qui est le mieux placé pour comprendre et faire face aux enjeux et apporter des solutions, lever des barrières, adapter les lois ? Nous, vivants, conscients, capables d’analyse ? Ou bien nos ancêtres, morts, dont les lois ne visaient certainement pas à atteindre à une vérité immuable et intemporelle, mais juste à régler leurs problèmes de leur époque ? Faut-il se nourrir de l’illusion qu’ils avaient une sagesse et une science infuses ? Quel pouvoirs donne-t-on aux morts pour régenter les vivants et les générations futures ?
Cher Edelweiss, je constate effectivement que les arguments sont loin d’être tous juridiques. Le sujet, lui, l’est exclusivement puisqu’il s’agit de débattre d’une loi et d’une institution.
J’entends parfaitement votre préoccupation : je n’ai pas vu non plus d’études qui démontrent que l’homoparenté soit nocive ou au contraire avantageuse pour les enfants. Ce n’est pas un débat juridique, mais la réponse juridique vous intéressera peut-être : la famille est un espace sanctuarisé où l’état, la puissance publique et, d’une manière générale, les tiers n’ont pas à interférer.
Je suis le premier à trouver dégueulasse qu’on laisse des ivrognes, des débiles, des violents, des drogués, des crapules avec des antécédents d’agressions et de violences conjugales concevoir et élever des gamins. Heureusement, pour ce qui est d’en adopter, il y a assez de contrôles pour exclure ces salopards. Pourquoi ne peut-on empêcher de tels merdeux avoir et « éduquer » des gamins ? Pourquoi ne contrôle-t-on pas que des vieux réacs révisionnistes engoncés jusqu’à la débilité dans leurs idées les plus rétrogrades puisse pourrir les esprits innocents de leurs enfants ? Simplement parce qu’en démocratie, cet espace familial est sanctuarisé, et que les tiers doivent se contraindre volontairement à faire confiance aux gens pour gérer leur famille dans l’espace préservé de leur intimité.
Sans même parlé des hétéros qu’on sait indignes et qu’on laisse quand même procréer, nul ne peut se substituer à une personne porteuse d’une maladie héréditaire pour savoir s’il prend le risque de faire un enfant, avec les risque qu’il soit porteur d’un handicap. Personne ne peut se substituer aux parents d’un enfant autiste dans la décision de lui donner un petit frère ou une petite sœur, sans qu’on sache vraiment quels facteurs héréditaires ou quels facteurs environnementaux entrent en jeu dans cette maladie, et sans savoir si on pourra l’épargner au bébé. Nul ne peut leur interdire de prendre le risque. Nul ne peut leur en vouloir, non plus, de préférer n’en prendre plus aucun. On respecte leur décision, parce que c’est à eux de la prendre.
D’un point de vue juridique, on doit aussi se contraindre à cette confiance, malgré les risques, parce que toute attitude inverse inviterait la puissance publique à s’autoriser un contrôle de l’intimité, et au delà, des esprits, des opinions, des pensées, des orientations politiques, des tendances religieuses, des comportements, de la consommation, des pratiques sexuelles, des goûts et des couleurs...
Après toutes les atteintes du mandat précédent portées contre ces libertés, après les fichages, les fléchages, les contrôles, les espionnages, les filmages, les flashages, les caméras, la traçabilité sur Internet, et jusqu’aux lois obligeant à montrer son visage, il est plus que salutaire qu’on réaffirme ce droit à une vie privée.
La démocratie peut compter ses amis parmi ceux qui reconnaîtront que si des risques existent, il n’appartient qu’aux parents de les mesurer, de les évaluer, puis de prendre leurs décision d’avoir un enfant en conscience et en liberté, de la même façon qu’on reconnait ce pouvoir et ce privilège aux couples de sexes opposés, fussent-ils les pires ordures.
PS sur mon dernier paragraphe : désolé, j’ai associé le droit et la médecine dans un même mouvement visant à faire prévaloir l’esprit humaniste sur l’absence d’esprit de la « nature ». Il y a des points communes, c’est certain, mais j’ai illustré l’un par l’autre par erreur. Merci de m’en excuser et de faire, de vous-mêmes, les correctifs requis.
« Tous ces « bien-pensants » - féministes, néo-marxistes, Verts, gauche
radicale etc. - aspirent à faire disparaître les repères de la société
actuelle »
Heu... ah ouais ? Ah tiens...
Et à part vos fantasmes complotistes, qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer ? Quels seraient leurs buts, à part la satisfaction légitime de vous emmerder ?