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L’Ankou

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  • L’Ankou 8 décembre 2012 14:37

    Eichenbach, c’est un plaisir de pouvoir répondre à des arguments de qualité et vous faites fort bien de reproduire cette lettre ouverte.

    J’apprécie particulièrement le passage qui affirme combien la phrase « Voici qui est le père » est effectivement performative. C’est-à-dire que la déclaration officielle d’une réalité la fait naître et exister.

    J’y vois effectivement le paroxysme de ce qui fait la grandeur du droit, qui est bien de donner réalité à des fictions juridiques. Car en fait, le père désigné par la loi n’est pas nécessairement celui qui donne ses gènes. En s’assurant que le mari de la mère ne se défilera pas de ses responsabilités éducatives et alimentaires sauf à renverser la présomption légale, le droit indique certes quelle est la norme, mais surtout que si le fait contredit le droit, c’est le droit qui prévaut par défaut.

    Cette toute puissance du droit serait d’une dangerosité inacceptable si son élaboration était détournée pour le profit de quelques-uns. Aussi nous avons collectivement convenu de nous doter d’une constitution et de principes qui limitent le domaine de la loi, encadrent son application, interdisent sa rétroactivité, l’oblige à être claire, précise, générale, impersonnelle, aussi peu discriminatoire que possible.

    Il me paraît intéressant de relier ce constat d’une loi performative à l’introduction de cette lettre ouverte, qui en appelle à un droit naturel, tout en rappelant qu’il n’y a pas d’état de nature, mais juste une fiction communément admise et tenant lieu de référentiel.

    Il n’est pas rare que ce référentiel soit paré des auras de légitimité qu’on lui attribue de par sa permanence, son caractère immuable, ou par le fait que nous nous sommes habitués à le tenir pour vrai, pour spontanément admissible. Dit autrement, cela nous paraît naturel. Cela nous paraît conforme à des règles que nous croyons lire également dans le comportement animal. Ainsi en est-il, par exemple de la hiérarchie des rapports de force : nous croyons pouvoir les lire dans l’éthologie des espèces sociales, sans même nous rendre compte que nous n’y trouvons que ce que nous y cherchons, et que si la nature était riche de contre-exemple, notre incapacité à les relier à notre mode d’organisation nous ferait simplement ignorer ou oublier ces aspects dérangeants.

    Personnellement, je ne tiens pas comme essentiel aux « lumières », ces références à un état de nature. Bien au contraire, je trouve ces lumières progressistes dans leur essence même, qui est de projeter un idéal dans le futur beaucoup plus que dans le passé. Les lumières m’apparaissent effectivement comme la conquête collective d’un droit à projeter un contrat social sans référence au passé mais en vertu du bien commun qu’il pourra apporter dans le futur, et de procéder dans sa réalisation par recherche d’une adhésion massive, là où les anciens régimes procédaient par autorité et apportaient fort peu de garanties quant à l’intérêt collectif poursuivi. Dans cette recherche d’adhésion, la référence à la nature, à la volonté divine, à la tradition ou à la permanence des choses ne m’apparaissent pas comme des buts en soi, au contraire, mais au mieux comme des arguments rhétoriques propres à susciter engouement des publics rétifs.

    En réalité, la nature, la tradition, l’immuabilité des règles ne traduisent que notre propension à imaginer que certaines choses ne changent jamais, et par exemple à oublier que le mariage fut longtemps la marque de l’appropriation de la femme par l’homme, corps, âme, patrimoine et descendance inclus, que ce même mariage a pu perdurer des siècles en étant arrangé par les familles, qu’il s’est accommodé, à certaines époques lointaines, de formaliser un traité de paix entre tribus, etc.

    Notre période voit certaines impossibilités conceptuelles se débloquer. Le mariage, qui était - et reste encore - une institution en ce qu’elle produit, contrairement aux contrats des effets qui s’imposent aux tiers, a évolué beaucoup. Ces effets opposables aux tiers se sont atténués progressivement. Un des facteurs importants de cette atténuation aura été la perte progressive de confiance que pouvaient avoir, notamment, les créanciers du couples : depuis 1974, ce qui n’est pas si vieux, finalement, le divorce par simple consentement mutuel rend révocable un accord que la tradition laissait tenir pour permanent entre les époux, « jusqu’à ce que la mort les séparent ».

    Cette perte progressive de quelques attributs institutionnels, cette évolution vers le régime d’un contrat n’ayant force de loi qu’entre les paries est flagrante : il suffit pour s’en convaincre de relever, dans les deux camps qui s’affrontent à propos du mariage « pour tous », le nombre d’arguments qui tiennent à tort le mariage pour une affaire strictement privée, quand ce n’est pas une question exclusivement sentimentale, qui ne regarderait que les époux, et éventuellement le maire. Le mariage semble ne se distinguer, pour certains, d’une union libre, que par un joli ruban tricolore autour.

    Je vois dans les progrès de la technique, de l’électronique, de l’informatique, d’énormes conséquences organisationnelles auxquelles il est idiot de tourner le dos au nom d’une tradition. Ainsi, il n’échappe à personne que la direction assistée permet à n’importe quel gringalet de conduire un poids lourd. L’invraisemblable pléthore d’outils autorise n’importe qui, quelles que soient sa corpulence et sa musculature, bucheronner, à bricoler, à charrier des poids colossaux, etc. Le fort des halles n’est plus depuis que les chariots électriques permettent à n’importe qui de faire le métier.

    Et par "n’importe qui", j’entends aussi les femmes. C’est aussi aux femmes qu’on doit par exemple le redressement de l’entre-deux guerres, vu le nombre d’images paternelles qui furent réduites à quelques souvenirs de guerre.

    L’histoire récente et les évolutions contemporaines invitent évidemment à s’interroger sur le genre, sur les rôles genrés, sur l’étonnante propension de notre monde à spécialiser un humain dans un rôle social à raison de son sexe, comme si cette suma divisio devait nécessairement tout régenter. A des âges où ni les corps ni les cerveaux n’ont rien de particulièrement sexué et ne se distinguent finalement que par un accessoire sans utilité manifeste, voilà que déjà les programmations de genre se déversent sur l’enfant : poupée pour les uns, ballons pour les autres, robes d’un côté, culottes courtes de l’autre... Googolisez donc les termes "déco chambre fille" pour prendre conscience de cette dictature programmatique.

    Vous comprendrez alors que les études sur le genre ne sont pas le produit de quelques ultra-minorités avides d’une existence sociale, mais bien un courant profond de la société qui nous concerne tous, y compris ceux qui qualifient leur banalité de norme et se retranchent derrière la tradition pour croire celle-ci immuable.

    Franchement, que reste-t-il des rôles genrés si la plupart des métiers finissent par se résument finalement à taper sur un clavier entre deux réunions de travail avec leur équipe ? Où la différence de sexe intervient-elle ?

    Certes, comme le dit notre jeune philosophe, « il n’y a pas eu d’état de nature, jamais ». Mais quand il ajoute que "nous constatons que toute société est structurée autour de la dualité des sexes", il nous fait part d’un constat qui n’a rien d’immuable.

    Quand il surabonde d’un « de même que tout individu se définit comme homme ou comme femme », il oublie qu’on se définit par bien d’autre choses encore, selon les circonstances. Certains se définissent aussi par leur religion, leur attachement à des traditions, leurs orientations politiques, leurs options philosophiques, leurs choix de consommation, leur origine ethnique, leur taille, leur poids, leur handicap... La distinction de sexe est une distinction parmi d’autres. Je la tiens pour démesurément exagérée et effroyablement coûteuse en libertés. Bien sûr qu’elle a un fondement physiologique, mais elle est hypertrophiée et dévoyée par une culture obsédée par des séparations, des cloisonnements, des isolements totalement injustifiés entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes.

    Si les LGTB ont tant de voix en ce moment, ce n’est probablement pas de leur fait, mais de celle d’une société qui les prend, les uns pour hérauts d’une évolution nécessaire, les autres pour boucs émissaires de changements qu’on redoute tout en les sachant assez inévitables.

    Je m’inscris donc en faux par rapport à Monsieur Mongin : la survalorisation des sexes dans notre société comme codification primale d’un classement des individus est n’est très exactement qu’une construction sociale contingente.

    Je partage totalement l’engouement de Monsieur Mongin pour l’idée qu’on ne fit l’expérience de l’humanité qu’au travers de la rencontre avec l’autre. Je suis effectivement de ceux qui déplorent l’abandon d’une conception universaliste de l’intégration sociale, au profit d’une regrettable vision de la société communautariste, cloisonnée par ethnies, et enfermant les gens dans des catégories hermétiques. Mais cet éloge de la diversité et de la rencontre avec l’autre n’a pas à être réduite à des considérations ni affectives, ni sexuelles, et je trouverais des plus déplorable qu’on ne fit l’expérience de l’exploration des différences de l’autre que dans l’espace du couple, que la rencontre ait des finalités procréative ou simplement hédonistes.

    Je veux bien qu’un philosophe voit dans le rapport des sexes une découverte de l’altérité, mais je dément formellement que la découverte de l’altérité ne puisse passer que par le rapport hétérosexuel et qu’il faille dès lors ériger (!) celui-ci en passage obligé de toute existence sociale.

    Si cette affirmation, sous des dehors philosophiques, se résume à dire qu’on n’est un « mec bien » qu’en étant père de famille, on peut mesurer à quel point c’est une affirmation inconséquente, passéiste et fort irrespectueuse autant pour les homosexuels que, au passage, pour tous ceux qui sont encore en recherche de leur âme sœur, quand bien même serait-ce des gens intéégrés, tolérants, ouverts à la différence et soucieux d’écoute et de partage. Il y a tant de façon d’expérimenter l’altérité, tant de différences à rencontrer, à dédramatiser et à offrit en partage plutôt qu’en source d’affrontement, qu’on peut bien faire cette expérience sans même se dépuceler. Je reconnais quand même que l’argument reste valide, n’y perdant que l’essentiel de sa portée.

    Cette conception peut découler d’une auto-représentation de l’individu comme essentiellement incomplet, en recherche de sa « moitié d’orange », et n’atteignant sa complétude que dans la rencontre avec la personne avec laquelle il sera complet et fécond. Ce n’est évidemment qu’une représentation philosophique parmi tant d’autres possibles.

    Sur le fait d’avoir un père pour exister socialement, il me semble que le débat trouve sa pleine pertinence dans un monde de charges héréditaires, de caste ou d’héritage. Pour quelqu’un qui se prévaut des lumières, on attendrait une position plus ouverte aux idées révolutionnaires, capable de se rappeler qu’on existe mieux par ses mérites que par sa naissance. J’admets que le népotisme a eu quelques années récentes pour tenter sa restauration, mais il reste heureusement assez de gens pour croire que le diplôme ne s’obtient pas que par l’achat ou l’héritage.

    Je n’entre pas plus dans le détail des nuances qu’on peut apporter à cette lettre ouverte, sinon pour indiquer que l’on peut parfaitement reconnaître qu’il n’a aucun « droit à l’enfant » qui tienne, et être néanmoins favorable à l’évolution du mariage « pour tous ». C’est mon cas. J’aurai sans doute la possibilité développer ça à l’occasion.

    Bien à vous,

    L’Ankoù



  • L’Ankou 6 décembre 2012 02:10

    Merci d’avoir daigné répondre à mon intervention ci-dessus.

    Je faisais valoir qu’une loi a un champ d’action précis et délimité, et qu’une loi qui autorise un truc précis n’autorise que ce truc là.

    Vous y répondez par une question magistrale de pertinence : « Et pourquoi pas justement ? ». Je vais donc être plus précis : l’inceste est interdit par une loi. La polygamie par une autre. Le mariage entre personnes de même sexe est entrave, plus qu’interdit, par des mentions résiduelles d’une séparation entre le rôle juridique de l’homme et de la femme dans le couple, soit deux articles à valeur légale du code civil. Quand vous changez une loi, vous n’en changez qu’une. Le projet de loi dont nous débattons ne se propose que de gommer les deux endroits ou les époux apparaissent comme homme et femme. Les autres textes restent inchangés, et leur réécriture n’est pas d’actualité. Elle n’a même pas été envisagée dans le programme d’aucun candidat. Rien d’autre, donc, que vos fantasmes et l’appétence marquée qui est la vôtre à présenter partout comme géniale, l’argument massue que vous avez trouvé, ne vous autorise à affirmer que l’admission du mariage entre personnes de même sexe bouleverserait l’ordre juridique qui, sans interdire en tant que pratique le triolisme, l’échangisme, les partouses, la polygamie, la polyandrie et autres usages de la liberté citoyenne dans une démocratie respectueuse de la vie privée, ne leur reconnaît néanmoins aucune valeur officielle comme peut l’être celle du mariage.

    « Sur quelles bases considèrent on que mariage entre personnes de même sexe OK, et mariage entre 3 personnes pas OK ? Sur des bases morales ? Sur des bases scientifiques ? »

    Sur la base des lois. Il y a un mot que vous ne comprenez pas ?

    « En vérité, vous n’avez aucun argument valable pour autoriser l’un et interdire l’autre. Qu’est ce que ça peut vous faire si 3 personnes s’aiment sincèrement ? Et le polyamour, vous connaissez ? »

    Que trois personnes ou pus s’aiment sincèrement ne me choque pas. Simplement, les textes, qui ne s’opposent pas à leur vie commune, les empêchent de convoler en juste noces tous les trois ensemble. Je ne sais pas si cet état de la législation est inique ou pas, ni s’il sera permanent, ni s’il sera mis en débat un jour. Je serais législateur, je m’interrogerais sur l’intérêt qu’il y a à prêter le concours de l’état, par la voie d’un officier d’état civil, à l’officialisation d’un ménage à trois quand celui-ci risque de se décomposer en trois relations duales, chacune soumise aux aléas de la rupture... Dans une relation duale, l’échange de consentement est simple, et la reprise de l’engagement aussi. Dans une relation triple, la question des ruptures devient insoluble : l’un peut vouloir se séparer de l’autre, mais pas du troisième, le second pourrait ne vouloir aucune séparation et le troisième subordonner son départ à la réconciliation des deux premiers...

    Sans parler ni de morale ni de science, c’est juste techniquement ingérable. Je ne pousserai pas plus avant le hors sujet, mais oui, il y a sans doute des centaines de bonnes raisons techniques de ne pas autoriser le mariage à plus de deux personnes. On peut donc être pour une extension du mariage sans nécessairement avoir la sottise de les accepter toutes. Réciproquement, cela affaiblit nécessairement la rhétorique que vous employez pour nous faire croire qu’au delà de votre sainte opinion, il n’y a pas de nuance possible ni d’autre possibilité de tracer des limites dès qu’on dépasse les vôtres.


    « Et où met on le curseur ??? C’est qui qui décide qu’aujourd’hui OK pour mariage homo mais pas polygame ? C’est vous ? »

    C’est juste la loi, une fois modifiée. Vous pouvez en lire le projet et suivre les débats parlementaires. Je veux bien reconnaître mon erreur si vous me montrez une seule des modifications prévues qui rendrait légal le mariage polygame.

    Mais peut-être souhaitez vous attirer mon attention sur le fait que les députés et sénateurs seraient effectivement capables, un jour, de changer cet ordre des choses ? Pourquoi pas. Si les termes de « souveraineté populaire » ont quelque sens à vos yeux, alors oui : son application logique et que chaque législature a le droit de faire les lois qui lui semble juste, même si ça entraine des vociférations épiques sur agoravox.

    Raison de plus pour faire attention à qui l’on vote. Certes.

    « Rassurez vous très cher, mon questionnement sur le mariage polygame visait juste à faire prendre conscience que les arguments de pro sont plutôt foireux. »

    J’espère vous avoir recadrer dans la certitude que non.


    « « Je fais partie de ceux qui acceptent le mariage « pour tous », et je ne reconnais pas de logique dans l’assignation que vous me faites de devoir accepter des tas d’horreurs. »

     Donc à vos yeux, le mariage polygame est une horreur, une abomination.

     C’est un jugement moral que vous portez, ça tombe bien, moi aussi je trouve personnellement que le mariage polygame est une horreur. »

    A mes yeux, votre assignation à me faire accepter des tas d’horreurs est une logique que je récuse. Pourquoi voulez-vous me faire dire autre chose ?

    Je ne vous permets pas d’en déduire que je porte un jugement moral sur une forme d’organisation familiale présente dans la bible et à plusieurs phases de notre construction historico-culturelle. Elle n’est juste pas d’actualité.

    Que vous la teniez en horreur ne m’étonne guère et cadre assez avec votre répugnance pour tout ce qui ne correspond pas à votre modèle d’orthodoxie familiale.

    « Sauf que vous devez accepter que d’autre personne aussi puisse trouver le mariage homo ou l’adoption par des homos comme une horreur. »

    Oh, ça, oui. D’une manière beaucoup plus générale, je suis bien obligé d’accepter que certains soient pleins de préjugés, de hantises, de peurs irrationnelles, de néophobies, de frustrations diverses, de convictions profondes, de croyances, de superstitions, d’idéaux, de dogmes, de contradictions... Donc, oui, entre autres, j’accepte que des gens soient choqués.

    Simplement, j’aimerai les forcer à trouver des explications rationnelles à leur prise de position, celles-ci étant seules recevables en république, autant pour faire évoluer les lois que pour s’opposer intelligemment à leur évolution.


    Croyez bien que je trouve vos efforts louables pour le faire, et j’admets que votre petit jeu rhétorique mérite qu’on s’y attache cinq minutes, le temps de bien le démonter.

    « Justement l’exemple polygame est là pour montrer les contradictions dans vos raisonnements. »

    Désolé de ne pas trouver d’incohérence manifeste dans mes raisonnements, et votre exemple polygame assez inopérant pour me les faire apparaître. Peut-être mes nouvelles indications sur ma façon de penser vous auront-elle présenté un de mes flancs plus vulnérable à votre propre logique. Je ne demande pas mieux que d’améliorer ma logique. Aussi, je vous remercie par avance des efforts que vous déploierez pour y exercer toute la sagacité dont vous êtes capable.

    Bien à vous,
    L’Ankoù



  • L’Ankou 5 décembre 2012 22:25

    à Lakadria :

    La réponse à vos fantasmes est assez simple : si on autorise le mariage entre les personnes de même sexe, on autorise exactement ce type de mariage là, et pas les mariages à trois, à quatre, ou avec un animal, une plante ou un monument historique.

    Vous pouvez donc dormir tranquille, ce n’est pas parce qu’on déplace une barrière qu’elles se mettent toutes à bouger dans tous les sens ou à disparaître.

    A supposer qu’il puisse exister des arguments communs pour défendre l’union de la carpe et du lapin, ce sera l’objet d’une autre loi et les majorités qui permettent l’une n’autoriseront juste pas l’autre.

    Toutes les portes que l’on ouvre ne s’ouvrent pas sur les hordes infernales avides de déferler sur le pauvre monde. Si tel était le cas, ces hordes auraient déferlé en 1974, lors de l’admission du divorce par consentement mutuel. Les démons sont resté sagement dans le deuxième cercle et il n’y a pas de raison qu’ils en sortent maintenant.

    Je fais partie de ceux qui acceptent le mariage « pour tous », et je ne reconnais pas de logique dans l’assignation que vous me faites de devoir accepter des tas d’horreurs. Si vous restiez dans le sujet, vous fantasmeriez moins de fins du monde et raisonneriez plus sainement.

    POINT !



  • L’Ankou 5 décembre 2012 21:05

    Suite et, je l’espère, fin de mes longs développements que l’auteur voudra bien considérer comme un signe de considération et d’intérêt, même s’ils vont dans un sens différent de ses conclusion.

    A propos des risques au plan de la parentalité

    Vous dites : « Admettre le mariage homosexuel, c’est consacrer le couple homosexuel comme aussi légitime que le couple hétérosexuel pour l’accueil d’un enfant ».

    Oui. Vous avez bien compris. C’est bien le cas. Ça n’offusque à mon avis que des personnes à qui s’offusquer donne une raison d’être. Il y a pourtant des milliers d’autres occasions plus intéressantes de le faire. J’attends toujours des motifs de s’y opposer qui soient autre chose que des prétendues définitions préconçues comme immuables aux seules fins de s’opposer aux changements, que le rappel à une prétendue nature outragée dans sa dignité ou que la confusion malheureuse des lois républicaines avec le droit canonique.

    « Or une part non négligeable des psychologues pour enfants considèrent que le développement psychique harmonieux du mineur implique la référence à une figure paternelle et maternelle. »

    Dans les années trente, une génération entière de femmes a élevé, entre elles, des enfants avec pour seul rappel de l’autorité paternelle une vieille photo sépia d’un type en uniforme et peut-être une médaille militaire. C’est aussi cette génération admirable que vos préjugés et ceux des psychologues insultent directement. Il faut être d’une génération de planqués oublieuse de notre Histoire Nationale pour sortir de telles énormités ! Oui, il est parfaitement possible d’élever et de bien élever des enfants entre femmes. Les après-guerres en sont la preuve. Et si des femmes peuvent le faire sans hommes, pourquoi pas des hommes sans femmes ?

    Croyez vous que l’homosexualité soit une maladie contagieuse qui s’attraperait par l’éducation ? Croyez-vous que des enfants qui n’ont pu qu’être voulus et attendus ont moins de chance d’être bien élevés que ceux dont l’arrivée est si souvent accidentelle, surtout dans les milieux assez rétrogrades pour refuser la contraception ?

    Vous dites à raison que l’impact psychologique d’une éducation par des parents de même sexe est impossible à mesurer pour nos psychologues. De cette ignorance, vous déduisez qu’un « principe de précaution » imposerait le rejet de cette possibilité.

    Je vous rappelle que, selon les termes mêmes d’une réponse ministérielle de 2009, ce refus ne concerne hypocritement que la possibilité de vous maintenir dans l’ignorance officielle d’un phénomène qui concerne 30 000 enfants déjà dans cette situation. Ce droit à l’ignorance ne constitue en aucun cas un principe de précaution mais la préservation de votre confort intellectuel et moral.

    Avec tout le respect que je vous dois, ce confort je justifie pas l’atteinte portée à une liberté d’officialiser une union entre personne de même sexe. Imaginez où nous irions si nous nous mettions à conserver des discrimination et des restrictions de liberté pour le confort des minorités rétrogrades... Car je devine que malgré tout, il y a plus rétrograde que vous.

    Je crois en avoir globalement fini. J’espère que mon intervention donnera lieu à des éclaircissements de votre part, car même si nous ne nous mettons pas d’accord, je ne désespère pas de confronter mes arguments aux vôtres dans l’espoir de les améliorer.



  • L’Ankou 5 décembre 2012 19:08

    Non, effectivement, le sentiment ne justifie rien de particulier, et surtout pas d’écrire ou de modifier les lois. Mais il ne s’agit pas de cela. Il ne s’agit que de permettre à des échanges de consentements effectués de façon officielle devant un officier d’état civil, de se produire pour une catégorie de citoyens légitimes qui n’y a pas accès actuellement, avec des conséquences juridiques, patrimoniales et matrimoniales comparables.

    Votre raisonnement me donne l’impression d’obéir à une logique curieuse : vous prêtez à vos adversaire un raisonnement qui ne tient pas debout. Vous démontrez à raison qu’il ne tient pas debout. Mais c’est à tort que vous en déduisez que vos détracteurs ont totalement tort, puisque la plupart n’emploient pas cet argument « sentimentaliste ». Dire que le mariage est affaire de consentement mutuel n’est pas prétendre que ce consentement est à coup sûr issu de l’amour.

    mais poursuivons la lecture : « Et si un jour on ne s’aime plus, alors le mariage ne vaut plus rien ? »

    Ah, je reconnais que le débat est particulièrement intéressant. Dire que les gens peuvent mettre, d’un commun accord, fin à un mariage par consentement mutuel, c’est une atteinte importante à l’idée que le mariage est une institution opposable aux tiers. En effet, si le mariage peut être remis en cause de la même manière qu’il naît, des tiers peuvent être lésés, qui comptaient sur la permanence du mariage. C’est une dangereuse réduction du mariage à un simple contrat. Sauf que le débat a eu lieu et que le législateur a déjà tranché en 1974 en élargissant le divorce au consentement mutuel, là où établir une faute était indispensable. Le débat est donc clos depuis longtemps. Ce n’est plus de ça qu’on parle. Et au passage, les portes des enfers ne se sont pas ouvertes non plus à l’époque, vous noterez.

    Tenons compte des évolutions passées pour éviter de nous fermer inutilement aux évolutions à venir.

    Évidemment, vous pouvez définir le mariage comme une institution dont la « mission sociale’ est »organiser le rapport du couple hétérosexuel dans la société occidentale au service de la constitution d’une famille, et donc de la perpétuation de la nation".

    Avec un enfant sur deux conçu hors mariage, il est heureux que la perpétuation de la nation se passe du mariage. Et je dénonce au passage la facilité triviale du procédé. C’est sur que si vous définissez le mariage comme hétérosexuel, il n’est pas très difficile de l’interdire aux personnes de même sexe, et vous ne pourrez évidemment pas comprendre notre époque. Adoptez donc une définition comme une façon de rendre publique un échange de consentement, et de lui faire produire certains effets juridiquement prévus, même à l’égard des tiers. Vous vous apercevrez que les tiers, comme les créanciers d’un des époux, ont des droits qu’ils ont intérêt à faire valoir, que la communauté soit hétérosexuelle ou non. Vous vous apercevrez que tous les couples ont un choix possible entre des unions libres qui ne regardent pas l’Etat, et une officialisation dont l’Etat est le garant pour sa validité, sa publicité et son opposabilité. C’est comme pour les secrets industriels et les brevets. Vous pouvez protéger le procédé dont vous êtes l’auteur en gardant le secret ou bien en déposant un brevet qui rend le procédé connu de tous, mais fait aussi connaître à tous que vous êtes l’auteur.

    Le mariage n’est ni plus ni moins que cette officialisation qui fait naître une situation juridique. Pas un socle civilisation ni un rempart contre les légions des hussards démoniaques du plaisir, du stupre et de la fornication sodomite.

    Dans ce cadre stricte, le mariage n’a pas à « à servir à satisfaire à un besoin de reconnaissance sociale d’une minorité ». Mais elle n’a pas non plus à manifester un ostracisme, à se refuser à des couples pour des raisons primaires d’orientation sexuelle, ni rien de tout ça. Toute loi ne peut justifier ses exceptions que par des raisons impérieuses imposées par l’intérêt général. En l’occurrence, il n’y a pas de raison impérieuse dictée par l’intérêt général à ce qu’une minorité, fut-elle décriée par une autre minorité qui se prétend propriétaire d’une Histoire civilisationnelle qui ne s’arrête pas avant Vatican II, soit plus longtemps privée d’une liberté dont l’usage ne nuit directement à personne.

    Quant à « remplir envers la société, un devoir de renouvellement des générations », je ne m’associerai pas à votre désir de transformer la société en un hara, ni à l’image de poule pondeuse que vous avez des femmes. A trop vous focaliser sur la procréation vous oubliez tout le reste et la Raison avec.

    Je repasserai pour conclure ma critique.

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