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Laconique

Laconique

Ne te figure pas être sage.
 
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  • Premier article le 30/06/2012
  • Modérateur depuis le 17/07/2012
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Derniers commentaires



  • Laconique Laconique 10 août 2019 13:26

    @Gollum

    Vous êtes arrivé à un tel état ?

    Ou bien est-ce juste de la méthode Coué, bref du cinéma ?

     

    Je ne vais pas parler de mes « états » comme vous dites, sur ce site, dans un commentaire. Le fait même que vous envisagiez la chose sous l’angle d’un « état » est très révélateur. C’est l’angle des sagesses orientales. Je souligne juste, et très humblement, que votre propos n’est pas correct au plan théologique quant à l’articulation entre morale et foi. Vous-même le reconnaissez d’ailleurs, vous parlez de « dégradation », « pour les masses », ce qui implique bien que telle n’est pas la substance du message chrétien (foi = morale). Ellul ne dit pas autre chose dans La subversion du christianisme.

     

    Il me serait facile de dire que je suis plus heureux depuis que…, etc. Ce serait la solution de facilité, et ce ne serait pas faux. Mais je pointe juste une divergence radicale entre nous. Vous parlez tout le temps des « âmes d’exception », de ceux qui sont « sur les sommets », des « âmes d’élite », etc. La réalisation spirituelle passe pour vous par une initiation, un chemin, un travail sur soi, etc. Je suppose que vous vous considérez vous-même quelque peu avancé sur ce chemin, bien que, je vous l’avoue, je n’ai pas toujours le sentiment, à lire les propos que vous m’adressez, que votre cœur déborde de la pure lumière de l’empathie, de la compassion, de l’envie de faire progresser les autres dans la Voie, etc. Et tout le reste, ceux qui ne sont pas initiés, c’est pour vous la « masse », le vulgus pecus, sourd et aveugle, inapte à quoi que ce soit. Position gnostique dans toute sa pureté. Eh bien ce n’est pas la position biblique, voilà tout ce que je dis. Pour la Bible, la réalisation existentielle a été accomplie en plénitude, une fois, et elle est gratuitement offerte aux hommes de bonne volonté, même les plus humbles. Et oui, cela se traduit par un état intérieur de confiance et d’espérance. Vous dites c’est la facilité. Mais le Christ ne prône pas l’ascèse (« Mon joug est aisé »).

     

    Je donne sans doute l’impression d’être hautain, donneur de leçon, je le reconnais. Sur des sites de ce genre il faut être un minimum catégorique, c’est la loi du jeu, et je considère avant tout ma présence sur Agoravox comme un jeu. Mais je ne prétends à aucune réalisation spirituelle exceptionnelle (contrairement à vous peut-être). Il se trouve que je suis sensibilisé au message chrétien, que celui-ci me semble plus cohérent, plus épanouissant, plus juste, plus vrai que le nihilisme désabusé qui fleurit ici (et « gilets jaunes », et « Macron au poteau », et « mort aux possédants », etc.), et que je l’écris, voilà tout. Ma personne, mes « états » ne comptent pas. C’est la doctrine qui compte. Et le reste suivra naturellement. Je ne me considère pas comme sauvé, je ne prétends pas que vous irez en enfer. Je n’en sais rien du tout. Vous êtes peut-être plus proche de la réalité vécue du Christ que moi. C’est possible. Je ne prétends à rien. Mais je mets ma parole au service du message biblique, parce ce que c’est celui que je comprends et que j’aime, voilà tout.



  • Laconique Laconique 10 août 2019 13:22

    @Gollum

    Vous vous rendez compte, Gollum, que vous êtes en train de défendre l’art chrétien d’édification ? Je n’aurais jamais cru ça de vous. On dirait que vous me contredisez pour le plaisir de contredire. La prochaine fois je vais écrire un article contre la papauté, et vous viendrez dire que c’est une institution merveilleuse. A vous lire, on vous imagine passer vos prochaines vacances au Vatican, du Bach dans les oreilles, en train d’admirer les chefs-d’œuvre de Michel-Ange et Raphaël, et venir après écrire quel art merveilleux cela représente. Ma foi, tant mieux, tant mieux…

     

    Dostoïevski c’est de la littérature et pas du cinéma. L’article porte sur le cinéma. Que vous le vouliez ou non, le cinéma opère une transmutation du propos, il intègre tout dans sa grammaire propre, dans ses contraintes techniques (images animées, sons). Il manipule la seule dimension qu’il est apte à saisir : l’apparence extérieure. « L’image est du domaine de la réalité. Elle ne peut absolument pas transmettre quoi que ce soit de l’ordre de la vérité. Elle ne saisit jamais qu’une apparence, qu’un comportement extérieur », Jacques Ellul, La Parole humiliée. Je crois qu’il y a eu des adaptations russes des œuvres de Dostoïevski au cinéma. Elles ne sont pas restées dans l’histoire. Et on imagine aisément ce que cela donnerait : tous les traits seraient grossis pour faire passer le propos, on verrait Fiodor Karamazov la bave aux lèvres, Ivan ténébreux et mutique, Raskolnikov égaré comme un zombi, etc. Toute la substance du propos aurait non seulement disparu, mais serait radicalement altérée. Parce que c’est le seul langage que le cinéma maîtrise : l’émotion, l’extérieur, le frappant, etc. A titre de curiosité je me suis renseigné sur les films chrétiens mentionnés par l’intervenant ci-dessous : War Room, Facing the giant, Dieu n’est pas mort, etc. Je ne veux manquer de respect à personne, mais c’est édifiant. C’est toute la vision du monde hollywoodienne, et cela ne peut pas être autrement : la famille, les liens familiaux, les drames, surmonter les obstacles pour réussir dans ce monde, etc. C’est-à-dire, proprement, le contraire du message évangélique : « Qui ne quitte pas sa femme, ses enfants pour me suivre n’est pas digne de moi », etc. Il y a eu un film sur saint Paul récemment, et que voit-on : saint Paul prisonnier, saint Paul déterminé comme Rambo, saint Paul ému au bord de l’extase, des rayons de lumière dans la cellule, etc., c’est-à-dire précisément ce que l’image peut saisir, et saisit toujours, quel que soit le sujet. Et tout le contraire de la doctrine de Paul, qui est une doctrine de l’être, de la liberté, et non du subi, du circonstanciel.

     

    Je prends ce problème du cinéma très ai sérieux, parce que j’aime beaucoup le cinéma. Ce n’est pas anodin, c’est de la substance même des choses qu’il s’agit. Jacques Ellul a consacré un ouvrage sur le statut de l’image dans le monde moderne, La Parole humiliée. J’ai consacré un article à ce sujet, je vous invite à aller voir, ne serait-ce que pour les citations d’Ellul que je mets dessous. Eh bien le Dieu biblique est un Dieu qui se révèle par la parole. Si on le change en image, on ne tombe pas forcément dans l’idolâtrie (quoique), mais en tout cas on subvertit radicalement le message, par la force des choses. On fait rentrer l’Indicible, le Vivant, dans notre mode d’appréhension, pour le posséder, le conserver, le manipuler à notre guise. Ellul explique tout cela en détail. Je suis même surpris que quelqu’un de versé dans les doctrines spirituelles comme vous ne soit pas plus au fait des données du problème. Encore une fois, j’ai l’impression que vous contredisez pour le plaisir de contredire.



  • Laconique Laconique 9 août 2019 20:23

    @OMAR

    Merci pour votre expérience. Ce n’est pas la mienne. Les films religieux qu’on me faisait voir au catéchisme me donnaient plutôt envie de voir des films d’horreur. Ce que je faisais d’ailleurs.

    Mon expression est peut-être un peu catégorique. Mais je maintiens que l’art d’édification est une hérésie, totalement contre-productive. André Gide : « C’est avec les beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature. »



  • Laconique Laconique 9 août 2019 14:22

    @Gollum

    Mozart était franc-maçon. Et le Requiem est une œuvre de commande. Ce qui prouve bien que le génie peut utiliser l’imagerie religieuse, mais que cela n’a rien à voir avec la substance de la chose.


    L’art moral est une catastrophe, vous-même l’avez écrit l’autre jour, et vous aviez raison : il faut réunir les contraires, Blake, Nietzsche, vous auriez pu ajouter Hermann Hesse (Demian traitre très précisément ce sujet). La foi et l’art sont deux ordres différents. Si vous avez besoin d’un medium sensible pour accéder à Dieu, vous êtes dans l’envoûtement, vous n’êtes plus dans la foi. Laquelle suppose la liberté.


    Et une fois de plus vous confondez morale et foi. Le vocabulaire moral ne figure jamais dans le Nouveau Testament. Le Christ n’est pas venu pour nous soumettre à la Loi, mais pour nous libérer de la Loi (Paul). Et c’est alors, dans un second temps, lorsque l’on accepte de le don de Dieu en Christ, que l’on accède à la Vie Nouvelle, et que l’on devient capable d’agir bien, non par devoir, mais spontanément, parce que l’on est au sein de la Vérité et de la Charité. Mais certaines réalités vous sont tragiquement inaccessibles. Vous êtes toujours au niveau du visible, du factuel, du quantifiable, de l’émotionnel. Vous êtes jusqu’au bout des ongles de votre époque, de votre pays : un Français du vingt-et-unième siècle, sceptique, persifleur, cultivé, hautain, sec, etc. Vous n’étiez pas comme ça lorsque vous étiez jeune. Un idéal vous habitait. Que vous est-il arrivé ?



  • Laconique Laconique 9 août 2019 14:19

    @Yann Esteveny

    Vous avez peut-être raison pour le Beau, bien que ce soit plus grec que biblique (« Nous ne considérons point les choses visibles, mais les choses invisibles » (2 Cor, 4, 18).


    Mais votre article concerne le cinéma. Vous parlez d’édification. Vous employez deux fois le terme. C’est là tout le problème. Sincèrement, qui va au cinéma pour être édifié ? Vous avez perdu d’avance sur ce terrain-là. Vous êtes sur le terrain de l’adversaire : les émotions, les images, la musique, l’esthétisme. Aucun des films que vous citez ne me tente. Je préfère voir Dracula de Coppola ou Orange mécanique de Kubrick. Et je ne suis pas le seul. Faire du cinéma un outil de prosélytisme, c’est pousser les gens dans la direction opposée. L’essence du christianisme est irreprésentable. Le cinéma est un envoûtement, or le christianisme est justement la libération à l’égard de tous les envoûtements. C’est parfaitement antinomique.


    Quels sont les chefs-d’œuvre du cinéma religieux ? Ben-Hur ? Mais justement on ne voit jamais le Christ, et l’auteur de la pièce originale, Lew Wallace, a formellement spécifié que le Christ ne devait pas être représenté sur scène. Les Dix Commandements  ? Mais ce n’est pas un film chrétien, c’est l’Ancien Testament, et c’est avant tout l’histoire de l’émancipation d’un peuple, ce qui entrait en résonance avec l’histoire américaine.


    Il y a des centaines de documents sur les liens entre Hollywood et le satanisme. Il y a des centaines de films ouvertement anti-religieux. Ce n’est pas pour rien. Ce sont deux ordres antinomiques. On ne peut pas servir à la fois le Prince de ce monde et le Prince de la Vie.


    Vous voulez que je vous cite un film chrétien ? Certains films de Scorcese. Scorcese a reçu une solide formation catholique, vous ne l’ignorez pas, il paraît qu’il a même voulu rentrer dans les ordres à un certain moment. Eh bien Taxi driver, ou À Tombeaux ouverts, sont une représentation frappante d’un monde sans Dieu, avec la prostitution, le crime, le désespoir, et parfois quelques trouées sur l’innocence et la rédemption d’une créature déchue. C’est un cinéma chrétien en creux en quelque sorte. Mais voir un homme barbu en toge qui fait marcher des impotents, c’est l’écorce la plus extérieure, et souvent la plus ridicule.


    Bien à vous.

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