J’ai traduit cet article il y a quelque temps, si la suite vous intéresse, je l’envois par épisode. L’original, en Anglais, est aisé à trouver.
QU’EST-CE QUE LE
CORAN ?
Par
Toby Lester
Publié
sur la version numérique de « The Atlantic Monthly » en 1999
Lors
de la restaurationde la Grande
Mosquée de Sanaa en 1972, des ouvriers qui travaillaient dans un aménagement
entre la structure interne et les toit extérieur, sont tombés sur un site
funéraire remarquable, bien qu’alors ils n’en avaient pas encore conscience. On
peut excuser leur ignorance : Les mosquées n’abritent normalement pas de
tombes domestiques et ce site ne contenait ni pierre tombale, ni restes
humains, ni même aucun bijou funéraire.Il ne contenait rien de plus qu’une sorte de pâtée de vieux parchemins
peu attrayante et des documents papiers, des livres endommagés et des pages
individuelles de textes Arabes, collés les uns les autres par des siècles de
pluie et d’humidité, rongés au fil du temps par les rats et les insectes. Dans
leur volonté d’effectuer la tâche qui leur avait été confiée, les ouvriers
rassemblèrent les manuscrits, les pressèrent entre des sacs à pommes de terre
et les mirent à côté sur les escaliers d’un des minarets de la Mosquée où ils
furent enfermés et où, ils seraient à nouveau tombés dans l’oubli, s’il n’y
avait pas eu Qadhi Isma’il-Akwa, alors président de l’administration des
Antiquités Yéménites qui réalisa l’importance potentielle de la
découverte.
Certaines
des pages de parchemin du trésor Yéménite semblaient dater du septième et du
huitième siècle Chrétien ou du deuxième siècle de l’Islam. Il s’agissait de
fragments de ce qui est peut être les premiers Corans en existence. De plus,
certain de ces fragments révélaient des aberrations, petites mais intrigantes,
par rapportau texte Coranique
standard. De telles aberrations, bien qu’elle ne surprennent pas les historiens
textuels, sont troublantes et en contradiction avec la croyance Musulmane
orthodoxe que le Coran, tel qui nous est parvenu jusqu’à aujourd’hui, est tout
simplement la Parole parfaite, hors du temps et inchangée de Dieu.
L’effort
de réinterpréter le Coran, en partie fondée sur des preuves textuelles telles
celles apportées par les fragments yéménites est essentiellement séculier et
cela est dérangeant et offensantpour de nombreux Musulmans, tout comme les tentatives de
réinterprétation de la Bible ou de la vie de Jésus le sont pour de nombreux
Chrétiens conservateurs. Néanmoins, il y a des chercheurs, parmi eux des
Musulmans, qui ressentent qu’un tel effort, qui revient principalement à restituer
le Coran dans l’histoire, fournira un carburant pour une forme de
revivification Islamique, une réappropriation de la tradition, un mouvement
vers l’avant grâce à un regard en arrière. Bien que confinée à des discutions
entre chercheurs, cette sorte de pensée peut néanmoins être très puissante et –
tout comme le démontre l’histoire de la Renaissance et de la réforme –peu
conduire à des changements sociétaux majeurs. Après tout, le Coran est aujourd’hui
les texte idéologique qui a le plus d’influence dans le monde.
À la recherche des fragments
La
première personne à consacrer un temps important à l’examen des fragments
Yéménites fut en 1981, Gerd-R. Puin, un spécialiste en calligraphie Arabe et en
paléographie Coranique, de l’université de Saarland à Saarbrücken, en
Allemagne. Puin, qui avait été envoyé par le gouvernement Allemand pour
organiser et superviser le projet des restaurations, reconnu l’antiquité de
certains fragments de parchemins et son inspection préliminaire révélait une
mise en ordre non conventionnelle des versets, des variations textuelles
mineures ainsi que des styles orthographiques rares et un embellissement
artistique. Les feuilles des écrits saints, écrites dans le script rare Arabe
Hidjazi précoces, se révélaient aussi du plus grand intérêt : des morceaux
des Corans les plus anciens existants à ce jour qui étaient de même des
palimpsestes, c’est à dire des versions ayant été clairement écrites sur des
versions effacées. Puin commença a ressentir que ce que les Corans Yéménites
semblent suggérer un texte en évolution plutôt que simplement, la Parole de
Dieu ayant été révélée dans son entièreté au Prophète Mohammad au septième
siècle de l’ère Chrétienne.
Depuis
le début des années 1980, plus de 15000 feuilles des Corans Yéménites on été
douloureusement aplatis, lavés, traités et assemblés. Elles sont maintenant en
attente d’un examen détaillé dans les locaux de la Maison des Manuscrits du
Yémen (« préservés pour milles ans supplémentaire » comme aime à le
dire Puin). Pourtant, les autorités Yéménites ont semblés accorder peu
d’enthousiasme à cette initiative. « Ils veulent garder un profil bas,
tout comme nous d’ailleurs, bien que se soit pour d’autres raisons »,
explique Puin. « Ils ne veulent pas attirer l’attention sur le fait que
des Allemands ainsi que d’autres personnes travaillant sur les Corans. Il ne
veulent pas que le publique sache que ces travaux existent, comme la position
Musulmane est que tout ce qui avait à dire sur le Coran, l’a été il y a mille
ans ».
À
ce jour, seul deux chercheurs ont eu un droit d’accès aux fragments
Yéménites : Puin et son collègue H.C. Graf Von Bothmer, un historien de
l’art Islamique, lui aussi de l’université de Saarland. Puin et Von Bothmer
n’ont publié que de brefs articles fascinants dans des publications
spécialisées, au sujet de ce qu’ils ont découvert dans les fragments Yéménites.
Ils ont montré peu d’enthousiasme à les publier, en parti à cause du fait que
jusqu’à très récemment, ils étaient plus occupés à trier et à classifier les
fragments qu’à les examiner systématiquement et aussi parce qu’ils ressentaient
que les autorités Yéménites leur auraient refusées l’accès aux documents si
elles avaient réalisé les implications possibles de la découverte. Malgré cela,
dès 1997, Von Bothmer avait déjà achevé la tâche de mettre sur micro-film 35000
photos de fragments et il les avait ramené en Allemagne. Cela signifie que Von
Bothmer, Puin ainsi que d’autres chercheurs, pourront bientôt avoir la chance
de pouvoir étudier les textes et de publier leur résultats en toute liberté
(une perspective qui excite Puin). « Tant de Musulmans, ont la croyance
que tout ce qui se trouve entre les deux pages de couverture du Coran est la
voix non altérée de Dieu » dit-il. « Ils aiment citer le travail
textuel qui montre que la Bible a une histoire et qu’elle n’est pas tombé
directement des cieux mais jusqu’alors, le Coran n’est jamais entrée dans cette
discussion. La seule façon de la susciter, est de prouver que le Coran à lui
aussi une histoire. Les fragments de Sana’a vont nous aider dans ce
sens ».
Puin
n’est pas le seul à partager cet enthousiasme. « L’impact des manuscrits
Yéménites ne s’est toujours pas fait sentir » dit Andrew Rippin, un
professeur d’études religieuses de l’Université de Calgary et qui est à la
pointe des études Coranique à ce jour. « Les variations de lectures
et de celles de l’ordre des versets sont très significatives. Tout le monde
s’accorde sur ce fait. Ces manuscrits racontent que l’histoire des débuts du
texte Coranique reste une question bien plus ouverte que l’on ne le
suspectait : Le texte était moins stable et par conséquent il avait moins
d’autorité qu’on ne l’a proclamé ».
Le problème est qu’en histoire, il ne faudrait pas avoir de « croyance », mais s’efforcer de chercher la réalité objective avec une méthodologie. Le problème est que le « croyant » accepte difficilement ce qui contredit sa version... de la vérité. Il y a pourtant des gens sincères qui essayent de faire un travail objectif, sans oublier qu’en matière de spiritualité, la « connaissance » est essentielle. Tout au long de l’histoire, des Musulmans ont privilégiés la quête d’union avec le Principe Unique énoncé par le Tawhid (unicité absolu de la source des phénomènes).
Il est probable que des milliers de personnes furent témoins des derniers jours du Prophète, pourtant ce témoignage a été écrit bien plus tard et il n’est pas sacrilège, puisque nous sommes invité à l’intelligence de tenir compte de ce fait, surtout au moment où certain voudraient nous vendre un soit disant « retour au sources » qui ressemble à la promotion de l’ignorance, la négation de l’histoire complexe de la civilisation Musulmane depuis la mort du Prophète qui en a donné l’impulsion.
L’histoire officielle à été rédigée un siècle après le décès du Prophète. Ceux qui essayent de mener une recherche respectant les règles historiques ont beaucoup de mal à le faire et les version Sunnites et Chi’ites sont souvent divergentes. La révision historique objective permettrait pourtant d’éclairer ce qui s’est réellement passé pour qu’un tel essor intellectuel fut rendu possible.
Les référence à une épouse nubile du Prophète « des différentes formes d’Islam » ne sont pas fiables, rapportées par un vieillard considéré comme sénile par les savants lettrés de la religion. La majorité d’entre eux sont d’accord pour ne pas lui accorder de crédit. Des recherches tendent à situer l’âge de l’épouse au delà de la puberté, donc les sottises propagés par pure propagande islamophobes du « Choc des civilisation » n’ont aucun sens pour le chercheur sérieux.