et qui dit cela :
(lisez au moins ça détend c’est très drole) :
ça s’appelle : « Ma petite croisière en Bayrouerie »
"
Comme plus de six millions de Français, j’ai regardé l’autre soir la prestation de Bayrou devant les cent poseurs de questions. Est-ce que c’est parce que j’ai déjà choisi mon camp ? Je l’ai trouvé confus. Voire incompréhensible. On le dit bon orateur, on rappelle à chaque occasion l’agrégation de Lettres Classiques, ça vous pose un savant, surtout Lettres Classiques, le latin le grec tout ça, ça en jette toujours plus que l’agrégation de Lettres Modernes qui sent un peu sa flemme du thème et de la version... Lui même ce soir-là ne se priva pas de mettre en avant ce qu’il nomma sa « trivalence » - ben oui : Français, Latin, Grec, il sait compter. Mais justement, s’agissant de compter, par exemple les candidats à l’égalité des chances en matière d’éducation, il nous livra cette proposition que je vous retranscris rigoureusement telle qu’il la proféra :
« Pour les études je voudrais que tous les lycées de banlieue aussi bien que de centre-ville se voient attribuer le même nombre de places proportionnellement aux élèves qui suivent les études dans ces établissements que les établissements de centre-ville ».
Alors, quelle impression ? Sur le plan de la grammaire, ça vous paraît tenir la route ? Relisez tranquillement. Et sur le plan du sens, ça vous paraît limpide ? Apparemment, à l’agrégé qui vient de sortir ce pataquès dans l’inquiétude de l’improvisation orale, ça ne semble pas ultra au point, il reprend, donc :
« Que partout, lycée de banlieue ou lycée de centre-ville, on considère que vous aurez mettons 10% de places réservées dans les classes préparatoires aux grandes écoles, ou bien 10% d’entrées dans une école, un établissement qui prépare à l’enseignement supérieur, enfin, qu’on ait ainsi une répartition équitable sur l’ensemble du territoire, peut-être au moins pour la moitié des places : ça, c’est le contraire de la discrimination : ça veut dire chacun sa chance. »
Ah, voilà, on commence à y voir plus clair : en gros, dans TOUS les lycées de France un quota d’accès réservé aux classes préparatoires aux grandes écoles. Pour être sure d’avoir bien compris, je suis allée sur son site, au chapitre Ecole : « Donnons un égal accès à tous les établissements aux filières d’excellence ». C’est plus court, mais c’est plus flou, du coup je me demande si ce n’est pas une petite utopie facile, on glisse ça comme ça sans avoir l’air d’y toucher, on ne s’embarque pas trop dans la concretude du bidule qui risquerait de révéler sa non-faisabilité. Pour en avoir le cœur net, j’ai écrit à François. C’était hier soir, vers minuit. Et ce matin, à 11h21, j’ai reçu cette réponse :
Madame,
De la part de François Bayrou, merci pour votre message. Excusez notre retard à y répondre : les messages affluent par milliers chaque jour, ce qui empêche François Bayrou de répondre à chacun personnellement, mais nous encourage et témoigne de l’intérêt général pour la candidature de François Bayrou ! (ah, ce point d’exclamation, c’est tout un poème).
Pour ne prendre que les classes préparatoires aux grandes écoles, elles accueillent chaque année environ 5% d’une classe d’âge. La proposition de François Bayrou est donc tout à fait réalisable - il reprend d’ailleurs cette idée proposée par d’excellents spécialistes du secteur de l’éducation.
Bien cordialement,
Comptant sur votre engagement dans le débat démocratique au long de cette campagne,
Frédéric Equipe de campagne de François Bayrou.
Ma première impression, c’est qu’ils sont drôlement courtois, dans l’équipe de campagne de Bayrou. S’excuser du retard alors que je n’ai même pas eu le temps d’attendre, c’est devancer mon désir d’avenir au point de lui couper l’herbe sous le pied.
Ma deuxième impression, c’est qu’ils sont très au point sur leurs dossiers, puisqu’ils ont des experts sous le coude pour étayer la faisabilité de leurs propositions, avec tout plein d’excellence dedans.
Ma troisième impression, c’est qu’avec toute cette excellence, c’est quand même dingue qu’il m’ait fallu tout ce parcours pour comprendre exactement ce que proposait Bayrou. Je réécoute son pataquès de l’autre soir : « Pour les études je voudrais que tous les lycées de banlieue aussi bien que de centre-ville se voient attribuer le même nombre de places proportionnellement aux élèves qui suivent les études dans ces établissements que les établissements de centre-ville ».
Pour un lettré classique, pour un ancien prof censé pédagogue, pour un excellent orateur, c’est quand même une sacrée purée. Mais voilà : dans les médias, le lendemain de son grand oral, je n’ai pas entendu qu’on s’esclaffait sur sa confusion. Je n’ai pas lu qu’on s’offusquait de sa faiblesse oratoire. Je n’ai pas eu le sentiment qu’on remettait en cause sa compétence. La même phrase dans la bouche de Ségolène, et c’était la curée.
Mais c’est dans la bouche de François, les jeux sont faits : avant même de l’entendre, on le sait impeccable en rhétorique. Parce qu’Alain Duhamel le martèle sans relâche. Parce que le pédigrée de Bayrou parle pour lui : son aura de lettré parle à sa place, quoi qu’il dise. Notre cerveau passe par dessus la confusion formelle, pas vu pas pris, pas possible dans la bouche d’un comme lui, nos neurones opèrent la traduction à notre insu et l’on comprend ce qu’il a voulu dire parce qu’on lui fait crédit, en vertu de l’immémorial argument d’autorité.
Argument qui fait si cruellement défaut à Ségolène : non qu’elle soit moins titrée - l’ENA n’est probablement pas d’un accès beaucoup plus facile que l’agrégation de Lettres Classiques - mais, oui, il faut bien finalement le reconnaître, quoi qu’il m’en coûte (et il m’en coûte, croyez-moi) : parce que Ségolène est une femme."
oui oui oui... il a surtout fait durer le tout pour s’exprimer sur le moins et donner cette illusion de maitrise. la tchnique est connue. Mais bon. ce qui m’interpelle dans votre message c’est le coté complétement illuminé de vos propos. Bayrou n’est pas Jésus, calmez vous.
allez donc dire à Voyent qu’elle partage les mêmes valeurs que Charles de Courson. (si vous ne comprenez pas ce dont je parle cherchez donc les contributions brillantes de ce dernier au débat sur le PACS...)