Correction de fautes basiques : « Ce qu’on pourrait expliquer par sa trajectoire de vie, que je ne connais malheureusement pas très bien. Pour résumer, je dirai. »
Merci de ta réponse développée, ce que j’en tire c’est que nous sommes globalement d’accord.. Mais toutefois, ce n’est pas parce que nous, c’est à dire une infime minorité, savons reconnaître en ce système un « Cronos », un « Moloch », que le « système ne marche pas » !
Je pense que de tout temps, des humains qui ont vécu d’une façon propice à cela ont ouvert leur yeux sur les mécanismes de contrôle social de toute sorte.. sans doute bien avant celui ou ceux que l’on nomme Jésus. On peut imaginer cela dans l’une des « sociétés sacrificielles » les plus terribles, celle des Aztèques... Peut-être même que certains dirigeants utilisaient sciemment ces mécanismes, ou bien les utilisent à présent. Comment Girard, juste à partir de l’étude interprétative de textes, pourrait en effet savoir cela ?
L’essentiel, c’est que la majorité ne soit pas consciente et se vautre dans le sang des sacrifiés. Ce qui est le cas aujourd’hui ! Même Girard a été floué et ne voit pas que la pierre de faîte soutient toujours aussi bien l’édifice. Ce qu’on pourrait expliquer par sa trajectoire de vie, que je ne connait malheureusement pas très bien. Pour résumer, je dirais que certains concepts et interprétations de Girard sont très pertinents (crise mimétique, violence fondatrice, sacrifice du bouc émissaire qui décharge la tension collective) mais il peut également induire en erreur quand il parle de la société contemporaine. Il ne voit pas que le Sacré y mystifie toujours les foules violentes, il ne constate pas que nous retombons toujours dans un nouvel âge sombre après quelques vagues lueur d’espoir.. Le XXème siècle est à cet égard à l’apogée de la violence et il voit naître les méthodes scientifiques de contrôle de l’esprit humain, qu’il soit individuel ou collectif. Certains anthropogues comme Colette Pétonnet exposent quand à eux un état des lieux plus réaliste que ne le fait René Girard pour la période contemporaine.
De même que les romanciers tenaient compte de la rivalité mimétique mieux que les psychologues, j’ai déja aperçu de bonnes analyses sur le thème de la violence et du mécanisme victimaire dans des films contemporains. Je pense d’abord à Kubrick puis Haneke et d’autres grands du cinéma.. mais l’exemple le plus direct selon moi se trouve dans un film serbe, justement appelé « Srpski Film » (un film serbe). Il y a une scène de dialogue à la 53ème minute entre le protagoniste et son « mentor » manipulateur, lequel est une sorte de prêtre sacrificiel moderne, tampon coincé entre le haut et le bas de la structure, comprenant les vérités qui sous-tendent l’ensemble mais finissant par subir lui-même la violence débridée. Le dialogue a lieu juste avant la scène centrale du film, qui est elle aussi très intéressante à discuter...
Les réactions et la censure qui a suivi ce film montrent qu’il est difficile d’exposer la réelle violence du système même (et surtout) au moyen de dépictions figurées et fictionnelles.
Désolé si je participe au débat sans avoir lu les 67 points, mais je pense adhérer néanmoins totalement à ta démarche.
Ce qui m’a fasciné avec Girard c’est qu’il a toujours cru que l’usage du sacrifice pour apaiser les rivalités mimétiques se restreignait aux sociétés « primitives ».
Mais pourtant excusez du terme, toute la putain de société contemporaine a recours à des boucs émissaires...
Il faut être alors totalement aveugle à ce type de violence symbolique ou bien réelle pour que « ça marche », à l’instar de ce qui se passait dans les sociétés auxquelles Girard attribue ce mécanisme compensatoire inconscient mais terriblement codifié.
Dès le plus jeune âge à l’école, des boucs émissaires... puis on est très vite obligé de se nourrir de cette véritable « industrie du théâtre sacrificiel » qui abreuve les masses de sang animé, numérique ou bien réel. Les séries animées, les jeux vidéos et les films qui remplissent cette fonction soudent les bandes de copains ou de collègues, tout en nous faisant accepter la hiérarchie et le recours au bouc émissaire. Dans la cours de récré : « eh t’as vu le mec qui s’est fait broyer vivant par la machine à Saw6 ? Trop fort ! » ou alors « j’ai killé plus de 2000 zombies infectés et mon perso a gagné trop en level » « whaou trop bien ce nouveau jeu , Borderline 3 ! les headshots font vraiment trop vrai ! t’es limite éclaboussé par les particules de cervelle... ». Pendant que dans l’entreprise, autour de la machine à café qui fait office d’autel : « Il a raison le ministre, il faut vraiment faire la chasse aux assistés (ou bien aux Roms, aux racailles...) » « Je pense qu’on a trop attendu, si on intervient pas les Barbus viendront établir des cellules dormantes chez nous ! » « J’ai bien aimé comme le dernier candidat s’est fait humilier par le jury de la Nouvelle Poire, c’était jouissif ! »
Je me souviens du jour où j’étais en plein dans « la Violence et le Sacré » et que j’ai buté sur une couverture de « Direct Matin » je crois, où il était écrit en gros titre : « Berlusconi et Papandréou, les sacrifiés de la Crise »... ça a alors fait un flash dans mon esprit vois-tu. Crise mimétique, sacrifice, bouc émissaire.. mmh ! Bien que dans ce cas, les vrais sacrifiés ne soient pas ceux-là ! Les sacrifiés de la crise sont plutôt les millions de personnes qui vont à l’abattoir, ou à l’esclavage, mais en silence. C’est à partir de là que j’ai commencé à faire attention aux usages du Bouc émissaire par la société dominante contemporaine. J’ai remarqué progressivement que la canalisation de la frustration et donc de la violence collective était vitale pour ceux qui dirigent le troupeau ! On pourrait écrire des ouvrages sur les institutions qui oeuvrent dans ce sens, et ce serait moins sujet à interprétation que les textes utilisés par Girard.
Pourquoi toutes ses activités de contemplation ou de participation simulée (ou réelle) à des actes de violences qu’on peut assimiler à des sacrifices car totalement gratuits ?
Quels sont les effets induits par la normalisation de ces activités ? Que se passerait-il si on les proscrivait peu à peu de notre mode de vie ?