Plusieurs contre-sens, voire contre-vérités, dans cet article :
« Dans les Etats à majorité musulmane, il est évident que tout ce qui est « marqué » comme venant des Etats-Unis, de plus véhiculant des concepts « chrétiens », est voué à un rejet d’office, quasi-automatique. »
René Girard a, au contraire, expliqué la relation Occident-monde musulman par le mimétisme : le monde musulman aurait bien voulu, pour sa gloire propre, atteindre le niveau scientifique et technologique de l’Occident ; la supériorité occidentale vaut donc humiliation. Il n’empêche que pour atteindre leurs objectifs, les terroristes ont employé des moyens issus de la technologie occidentale. Il s’agit donc bien d’un rejet de l’Occident que d’une intense jalousie.
En outre, rappelons que dans les faits, un des points marquants de l’actualités « anti-évolutionniste » est la mise à disposition gratuite pour les bibliothèques d’un livre allant dans ce sens, dont l’auteur est un musulman.
« En Russie, les causes de l’échec des théories citées peuvent être trouvées dans deux facteurs : »
Un petit bémol : même si cela est lointain, rappelons que la Russie est la patrie de Lyssenko, de sinistre mémoire, opposé à la génétique et qui a envoyé nombre de généticiens au goulag.
« les populations sont imprégnées par des philosophies de vie personnelle (bouddhisme, hindouisme, shintoisme, taoisme), les cultures des populations en Asie sont par essence contradictoires avec les orientations que portent le créationisme et le « dessein intelligent ». »
Sauf que la philosophie orientale a été un frein considérable au développement de la science, à un certain stade.
Le cas le plus caricatural est celui du bouddhisme, pour le quel le monde n’est qu’illusion, l’intérêt de la science étant donc nul. Cela se confirme par le fait qu’il existe très peu de scientifiques tibétains tibétains, par exemple (remarque de Claude Allègre, dans son ouvrage « Dieu face à la science »)
De manière plus générale, la notion du temps diffère entre l’Occident, pour le quel il existe un flèche du destin (tant chez les philosophes grecs, le christianisme, le marxisme ou les partisans du progrès), et l’Orient, pour lequel prévaut encore la notion primitive de temps cyclique (inspiré du rythme des saisons). La conséquence « psychologique » est un état d’esprit selon lequel que rien de nouveau ne se fait sous le soleil, à l’opposé de la créativité occidentale, induite par ce « sens de l’histoire »
Enfin, de manière plus fondamentale peut-être, la notion d’un Dieu créateur a induit celle de lois divines (les plans du « Grand Architecte de l’Univers »), dont il devient légitime de percer les arcanes ; elles deviendront par la suite les lois scientifiques. Combien de grands scientifiques furent des ecclésiastiques chrétiens (Copernic, Mariotte, Haüy, Mendel, Lemaître, Breuil,...) ou de grands croyants (Blaise Pascal, Laurent Lafforgue...) ; face à ce palmarès, les grands maîtres spirituels de l’Orient font pâle figure. La science indienne ou chinoise n’est certes pas négligeable, mais son pragmatisme exacerbé ne lui a permis d’atteindre par elle-même le niveau occidental (issu de la tension permanente entre l’empirisme et la théorie).
Enfin, les philosophies orientales sont de natures assez molles, elles s’adaptent au darwinisme, comme elles se seraient bien adaptées à la théorie contraire. Donc, pas de véritable débat ou confrontation, pas d’avancées. Malgré tout le mal dont on peut accabler le créationnisme (par moi y compris), on ne peut pas nier que sa quête insensée et impossible permet de soumettre aux scientifiques nombre de cas intéressants, qui oblige ces derniers à réfléchir constamment en but d’une amélioration de la théorie : ce qui est l’objet même de la science.
Sans s’apposer à ce qui précède, je mets également en avant une certaine sagesse occidentale, qui se traduit par une méfiance à l’égard des robots, des clones, des OGM..., toute chose absence de la tradition orientale. Il est évident qu’il ne faut aller trop loin dans ce domaine, mais cette réticence amène au moins à une certaine réflexion qui, demain, nous éviterons peut-être le pire. Si les « Droits de l’Homme » sont nés en Occident, cela n’est pas indifférent.
« La recherche scientifique est et doit rester libre, fondée sur la seule raison et le seul savoir vérifié expérimentalement, »
Certes, la sphère religieuse n’a priori, pas à intervenir dans le domaine scientifique. Rappelons toutefois, d’une part, que le moteur, ou la source d’inspirations, de bien des découvertes scientifiques fut religieux quoi qu’en dise (sans que cela appelle à démontrer les thèses religieuses) ; d’autre part, cela appelle la réciproque (certains scientifiques, athées militants, tels Dawkins ou Patrick Tort, utilisent leur interprétation restreinte du darwinisme comme munition à leur combat)
Enfin, plus généralement, je ne comprends pas le sens de cet article, qui tendrait à prouver, en dépit des évidences, que le lieu de naissance de la science moderne est le moins apte à la poursuivre.
« lavoisier a été étêté, non pas parce qu’il était savant-chimiste, mais parce qu’il était fermier général : »
Cela est de notoriété publique ; je faisais référence à la célèbre phrase « La République n’a pas besoin de savants ni de chimistes » a été prononcée par le président du tribunal, ce qui est symptomatique d’un certain état d’esprit .
« Sauf que l’obscurantisme va de pair avec les religions... »
Sauf qu’il s’agit d’un article de foi, d’une rengaine du « politiquement correct », d’un dogme athéiste, d’un présupposé non prouvé, sur lequel vous n’argumentez pas. Vous réaffirmez simplement vos positions sans justification. A l’appui de la thèse inverse, je vous renvoie encore une fois sur mon post qui présente un certain nombre de situations où l’athéisme s’est heurté à la science, là où des représentants du christianisme l’ont fait avancer. Bien évidemment, le contraire existe aussi, mais je veux mettre en avant le fait qu’il n’y ait aucune exclusive en la matière, et que la généralité que vous énoncez est largement abusive.
« le « darwinisme sociale » n’a rien à voir avec la science de l’évolution de l’espèce »
Et alors ? On vous sent gêné par la question. Encore une fois, de quel droit réduisez-vous le débat (qui porte sur les relations entre la religion et le darwinisme, voire la science, au sens large) sur ce qui vous arrange ? La religion étant attaquée, elle a le droit de porter la discussion dans la sphère historico-sociologique (ses adversaires ne s’en privent pas, d’ailleurs). La justesse d’une théorie ou d’un système de pensée n’empêche pas son instrumentalisation vers ce qu’il y a de plus abject ; cela est vrai tant pour le christianisme que pour le darwinisme
« plutôt que dieu est « inutile » dans le développement de la vie et que les espèces ne sont pas apparues sous la forme actuelle ex-nihilo. »
Dieu n’est pas inutile, puisque la sélection opère sur la matière, qui se trouve admirablement dimensionnée pour ce faire (constantes de l’univers ; existence de la matière et des interactions adéquates ; existence des processus nucléaires, chimiques.. adéquats...). La sélection peut apparaître comme une modalité de la volonté de Dieu, en opposition au choix d’une création instantanée et parfaite. Cette dernière, il est vrai, n’aurait rien de passionnant et rendrait la notion même de temps totalement inutile (si tout est parfait, pourquoi changer ?), sans même parler du libre arbitre (impossible dans une création parfaite). Or, l’existence du temps implique forcément celle d’évolution. Ce qui compte, c’est le voyage, et non l’arrivée.
« Dieu a créé l’univers" nous disent ils. Très bien, mais qu’est ce qu’ils nous apprennent concrêtement »
C’est une hypothèse qui va en tout cas un epsilon plus loin que le néant abyssal de la position athéiste, qui n’est pas une force de proposition, mais de dénigrement pur.
« Que sait on de « dieu » ? RIEN. »
Oui, on ne sait rien sur la nature de Dieu (hormis les hypothèses ou présupposés théologiques), tout comme la science ne sait rien sur la nature des objets théoriques fondamentaux qu’elle manipule (quelle est la nature d’une charge ?), puisqu’elle ne connaît que les relations régissant ces objets.
« ...ne voit pas »de contradiction entre l’évolution biologique et l’explication biblique"
Cela peut s’interéptéter de bien des façons et signifie pas nécesairement l’approbation d’un quelconque créationnisme.
« le mouvement créationniste dit du »dessein intelligent"
Le dessein intelligent n’est pas stricto senso un mouvement créationniste : c’est plus subtil (ou plus pervers) que cela. Il me semble qu’il y a, dans cet article, confusion entre créationnisme et concordisme.
S’il faut dénoncer avec la plus grande vigueur les coups de butoir insensés du créationnisme, il faut mettre en avant le rôle de certains scientifiques (Dawkins, Patrick Tort...) qui mettent également de l’huile sur sur le feu en prétendant justifier ou cautionner leur athéisme militant au nom du darwinisme.
La bêtise militante est largement partagée entre les 2 « camps », comme cela a toujours été le cas tout au long de l’histoire, même si une lecture orientée de toutes ces controverses veut faire croire qu’un seul camp détient le monopole de l’obscurantisme.
Chaque liberté a une contre-partie. Celle de ne pas vouloir d’enfant entraînera, outre le problème relativement mineur des retraites, l’affaiblissement occidental (en tout cas européen) face aux légions (souvent musulmanes) du tiers monde. La nature a horreur du vide.
Le véritable tabou concerne d’ailleurs davantage les famille nombreuses (comment font-ils ? Ils sont fous...) que les couples sans enfants. Je suis sidéré par les notes négatives entraînées par les commentaires qui mettent courageusement en avant cette question. Déni de la réalité qui appellent des lendemains qui déchantent...