Sisyphe, je ne comprend pas du tout que vous puissiez réclamer un retour au système de Bretton Woods et, à la fois, un retour à l’étalon-or. L’aspiration de Keynes était, justement, d’enterrer définitivement cet étalonnage, pour lui une relique barbare, à cause de sa rigidité et de son inadaptation à refléter la création de richesses et la croissance et le frein à l’intervention de l’économie par l’État que cela supposait . Ce sont les américains qui réussirent à imposer l’étalon-dollar, lui-même convertible en or puisqu’ils en contrôlaient la majeure partie du stock mondial et allaient inonder l’Europe de dollars par le biais du plan Marshall. Quand les européens se sont mis à racheter de l’or avec leurs dollars, la saignée du trésor américain fut telle que Nixon dut, unilatéralement, suspendre la convertibilité du dollar en or. L’arroseur arrosé.
A moins que vous n’ayez voulu dire Bancor au lieu d’or. Cette monnaie internationale n’était pas destinée, du moins dans l’esprit de Keynes, à être étalonnée sur l’or, bien au contraire. Ce sont les problèmes techniques et surtout le refus de la part des États-Unis de considérer des facteurs autres que leurs propres intérêts - ou du moins, ceux qu’ils pensaient être les leurs - qui ont sabordé cette idée.
Un Sarkozy ? Difficile. Par contre un Bush, il n’y a que l’embarras du choix ! Il ne faut pas minimiser le pouvoir factuel déjà aux mains des évangéliques. D’ailleurs, Marina Silva, la fameuse sénatrice des Verts - tant admirée pour sa défense de la forêt amazonienne - en est une et pas d’entre les plus tendres, le PT est entrain de tailler un costume de saint- homme à Lula, la théorie de Darwin n’est qu’une théorie dans la majorité des écoles, les caméras entrent dans les commissariats pour faire la morale télévisée à des bandidos menottés, etc, etc...
Tout de même, il y a comme un relent de reprise manipulatrice de ce qui se passe en Espagne, dans cet article. Déjà, tout cela - los indignados - part moins d’une illumination venue depuis l’autre rive de la Méditerranée, que de France. Eh oui, en Espagne le manifeste des économistes atterrés a eu un impact énorme et est à la base de cette révolte générale contre les recettes néolibérales mises en place pour soigner la crise. Alors, allez expliquer aux espagnols que ce qu’ils veulent, en réalité, est sortir de l’euro. Bon courage, ils vont vous recevoir, les bras grand ouverts.
J’aurais une autre remarque - du même genre que celle déjà faite au sujet de la sortie de l’euro - à propos du traité de Lisbonne, cette fois. Je suis, bien évidemment, d’accord pour considérer que cette constitution n’a aucune légitimité puisque les constituants furent ceux-là même de qui toute constitution est censée limiter la tendance à l’abus de pouvoir. Mais, est-il intelligent de nier la nécessité d’une réelle - et légitime - Constitution Européenne ? La question n’est pas de transformer l’Europe en un nouvel État national mais, plutôt, d’établir un cadre cohérent qui permette le développement de la démocratie sociale. Cela ne pourra être mis en marche, à mon avis, sans un transfert de compétences des états nationaux d’une part vers une structure supérieure - une Europe légitimement constituée - et d’autre part vers les régions historiques pour conserver la cohésion naturelle des groupes humains, sans que ces états nationaux disparaissent pour autant. Voilà l’acrobatie qu’il faut faire, je crois, sous peine d’assister à l’explosion de tout le système.