En dehors de cercles intellectuels restreints, d’un tropisme vers l’Orientalisme fin XVIII° et XIX° siècle, un mouvement littéraire et artistique, et du colonialisme, l’islam est majoritairement ignoré, inconnu des européens avant la première moitié du XX° siècle... avant cette immigration historiquement récente qui l’a visibilisé un peu à la fois, lieux de culte, et par quelques éphémérides (mosquées, rites).
D’un point de vue universitaire, la recherche pourrait être intéressante, point n’est besoin de tomber dans des considérations religieuses, l’humanité a toujours été accompagné de « croyances » depuis des millénaires, — c’est un trait culturel commun et intemporel — l’observation sous un angle de lecture anthropologique pourrait être sinon pertinent, apporter des éléments historiques, linguistiques, sociologiques... intéressants.
Dans les siècles anciens les religions ont été davantage le fait des Princes suivant l’adage « Cujus regio, ejus religio »
(« tel prince, telle religion »)
que le fait d’un prosélystisme naturel de leurs vertus spirituelles, morales :
En l’an 301, la
conversion du roi Tiridate III a fait de l’Arménie la première nation
chrétienne (orthodoxe non trinitaire). Les Khazars se convertissent au judaïsme après la conversion
de la dynastie régnante et de la caste noble vers 740. Les princes
allemands épousent la réforme de Luther pour se débarrasser de la
tutelle du pape... ce pourquoi l’Allemagne est majoritairement protestante.
« ... un programme intitulé « Le Coran européen », dont le but est d’étudier comment le Coran a été interprété, adapté et utilisé dans l’Europe chrétienne du Moyen-Âge, jusqu’au début de l’époque moderne. » frontpopulaire.fr 14/04/25 ici
En dehors de l’Hispanie wisigothe de confession chrétienne arianiste (monothéisme strict, Jésus est homme) convertie à l’islam il n’y aura pas grand-chose à raconter des liens entre l’Europe et l’islam, le Coran n’arrive en France que plus de mille ans après l’Hégire...
mais avant il fut traduit très confidentiellement en latin par les moines de Cîteaux, en 1143 sur la demande du pape Pierre le Vénérable... et suspecté d’hérésie mis à à l’index.
400 ans plus tard, il fut publié par Theodor Bibliander (1543). Première traduction en italien d’après cette version latine, L’Alcorano di Macometto par Andrea Arrivabene en 1547. L’Alcoran de Mahomet, fut translaté d’arabe en françois par le sieur André Du Ryer, un orientaliste français, en 1647.
Quand les musulmans arrivent dans la péninsule ibérique, les Wisigoths n’étaient christianisés que depuis peu, Récadère I°
se convertit au moment du Concile de Tolède en 589, autant dire que
l’imprégnation culturelle « catholique et trinitaire » était encore juvénile, et
probablement assez mal implantée dans la péninsule.
Les Wisigoths d’Hispanie restèrent ariens (nature de Jésus uniquement humaine) jusqu’à la fin du VIe siècle et les Lombards (Italie méridionale) jusqu’au milieu du VIIe siècle. Il n’est donc pas étonnant que ces chrétiens ariens
se seraient massivement convertis sans effort car ils n’étaient pas
empêtrés, emberlificotés, saucissonnés, emmaillotés dans le dogme
catholique romain d’un assez peu vraisemblable Jésus « Fils de Dieu ». L’arianisme était somme toute assez compatible au plan de la doctrine avec le Coran.
La Reconquista
est un terme trompeur car il eût fallu que la péninsule ibérique aurait
été christianisée « catholique », ce qu’elle n’avait jamais été avant. Elle débute dans la première moitié du VIII° siècle dans les Asturies et s’achève à la fin du XV° siècle.