Le Vatican n’a jamais remis en question la Shoah et le pape a beau être un théologien très conservateur il est certain que tel n’est pas son objectif.
Son projet vise à réintégrer dans l’Eglise la frange la plus à droite, celle qui n’a jamais accepté Vatican II.
Il s’est probablement fait piégé par Williamson qui doit se fiche comme d’une guigne d’être à nouveau excommunié et doit être trop heureux d’avoir placé le Vatican dans une situation impossible.
Va-t-il faire amende honorable ou provoquer le clash ?Le ridicule petit feuilleton n’est pas encore terminé.
La réaction d’Internaute est révélatrice de l’inutilité des lois mémorielles et de leur effet pervers.
En interdisant aux négationnistes d’exprimer publiquement leurs élucubrations on leur permet de se draper dans la posture du martyre de la liberté d’expression, notion dont ils font d’ordinaire peu cas mais qui met forcément le démocrate dans l’embarras.
Le fait que la Shoah soit parfois instrumentalisée à des fins politiques, en particulier en Israël n’invalide pas la réalité du fait historique.
Ajoutons que le négationnisme est étroitement lié à l’extrème-droite depuis les années 60. Le FN et différents groupuscules ont été les principaux soutiens de Faurisson et on trouvait en bonne place ses publications dans les fêtes "bleu, blanc, rouge" jusqu’en 1990.
Sa récente apparition chez Dieudonné aux côtés de Le Pen confirme un compagnonnage déjà ancien.
"Les gens ne sont pas idiots" dites-vous, vous êtes à l’évidence mal placé pour en juger.
Les "einsatzgruppen"(commandos mobiles de tuerie) qui suivaient l’avancée de l’armée allemande sur le front russe ont tué par balles entre 1,5 et 2 millions de juifs entre 1941 et 42. Y furent aussi expérientés les camions à gaz ( le véhicule roule l’échappement vers l’intérieur).
Ces méthodes furent jugées trop peu productives et trop visibles ( certains chefs de l’armée se plaignent de l’effet désastreux des massacres de civils sur le moral de leurs troupes).
Il est donc décidé fin 41, d’industrialiser et de rationnaliser l’élimination des juifs, ces décisions sont définitivement entérinées lors de la réunion de Wansee en 1942.
L’existence et l’utilisation des chambres à gaz est un fait historiquement avéré.Malgré des tentatives de destruction à l’approche des alliés plusieurs furent conservées, on dispose de centaines de témoignages de kapos, de responsables des camps, de voisins polonais qui décrivent avec précision ce que l’on y faisait. Les archives administratives prouvent la construction et l’entretien de ces équipements ainsi que l’approvisionnement en Zyclon B. Enfin, la prose euphémique utilisée par la haute administration nazie pour évoquer la "solution finale" dans les lettres , rapports et missives est connue et analysée depuis longtemps.
Car la destruction programmée des juifs d’Europe s’est faite dans un relatif secret qui visait moins les alliés ( au courant depuis au moins 1942) que la population allemande.
La dictature d’Hitler s’appuyait sur un soutien populaire ,pour durer il lui fallait assurer une vie confortable et éviter les motifs de discorde.
Ainsi, jusqu’en 1943, une partie du pillage de l’Europe occupée servit à alimenter le niveau de vie des allemands au détriment de l’effort de guerre. L’antisémitisme fort présent ne signifiait pas que les allemands approuveraient le massacre de tous les juifs.
Les Eglises catholiques et protestantes encore très influentes s’y opposeraient , l’armée rechignerait aux massacres de masse de civils.
C’est pourquoi la shoah fut menée par des nazis fidèles et relativement discrètement.
Les allemands n’ont appris l’élimination des déficients mentaux de leurs propres hôpitaux ,sur lesquels on a pour la première fois expérimenté le ZyclonB et l’existence des camps d’extermination qu’après la guerre.
Ceux qui déplorent l’absence des historiens dans le débat sur la Shoah sont d’une ignorance crasse .
La bibliographie savante sur le sujet est énorme, elle compte des dizaines de milliers de publications dans le monde ( plus de 2000 ouvrages et 10000 articles unversitaires rien que sur Auschwitz).
Léon poliakov ou raul Hilberg ont écrit dès les années 60 des ouvrages de référence.
La France il est vrai cumule le triste privilège de s’être intéressée tardivement au sujet ( années 80) et d’être le lieu de naissance du négationnisme ( l’initiateur est un ancien député socialiste paul Rassinier ( 1906/1967)dont les thèses sont reprises par l’extrème-droite à partir des années 60).
Les thèses négationnistes n’ont jamais obtenu l’aval des historiens professionnels et le débat scientifique est clos depuis longtemps.
Le seul débat qui agite aujourd’hui les historiens est celui des lois mémorielles ( Gayssot, Taubira etc...) dont beaucoup considèrent qu’elles sont inutiles voir dangereuses pour la professions.
La secte restreinte mais active dont Faurisson est l’emblème n’a pas la moindre légitimité scientifique.Elle prospère en jouant la carte du doute scientifique, comme si rien ou presque n’avait été écrit sur le sujet et en jouant les martyres de la liberté d’expression ( la loi Gayssot s’avère ici très contre-productive).
En somme, personne ne peut affirmer que l’extermination des juifs d’Europe est un domaine historique inexploré ni que les thèses négationnistes n’ont pas été invalidées, il suffit de se rendre dans une bibliothèque ou une librairie universitaire pour le constater.