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Robin Guilloux

Robin Guilloux

Je suis professeur de Lettres.

Tableau de bord

  • Premier article le 12/10/2011
  • Modérateur depuis le 17/09/2012
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Derniers commentaires



  • Robin Guilloux Robin Guilloux 15 mars 2019 08:20

    @Gollum

    Vous connaissez la réponse d’Einstein à un journaliste qui lui demandait s’il croyait en Dieu : « Dites-moi d’abord ce que vous entendez par Dieu et je vous dirai si j’y crois. » Le Dieu de Spinoza est plus compliqué qu’il n’y paraît. Il ne se confond pas avec la nature (Spinoza n’est pas à proprement parler « panthéiste ») ; il distingue entre la natura naturata (la nature naturée) : les minéraux, les végétaux, les animaux... et la natura naturans (la nature naturante), c’est-à-dire le principe (force) d’organisation interne de la nature dont Kant, héritier de Spinoza sur ce point exprimera dans la Critique du Jugement le caractère caché et infiniment mystérieux. Leibniz, qui n’avait pas ses lunettes philosophiques dans sa poche et qui rencontra Spinoza au moins une fois (Spinoza le fascinait et on a trouvé dans ses papiers une « Réfutation » qui montre qu’il avait lu l’Ethique de très près, rapproche la métaphysique de Spinoza de la cabbale juive (je dis la kabbale « juive » car il y a aussi une kabbale chrétienne qui en provient en partie). Comment comprendre autrement qu’il dise que Dieu possède une infinité d’attributs dont nous ne connaissons (partageons) que deux : la pensée et l’étendue. Comment le sait-il ? Comment sait-il qu’il ne sait pas (« dont nous ne connaissons que deux »), si d’un point de vue « rationaliste » savoir, c’est savoir que l’on sait... C’est bien qu’il y a un « au-delà de la raison » raisonnante chez Spinoza. Il y a du mystère, de l’inconnaissable, des limites à l’entendement humain. Je trouve qu’il est très « juif » sur ce point et je partage la désolation de Ben Gourion (et pas seulement lui) à propos du « heretz » (excommunication) prononcé par la communauté juive d’Amsterdam à son encontre.



  • Robin Guilloux Robin Guilloux 14 mars 2019 18:39

    @JL

    C’est Goethe qui explique que Spinoza l’a guéri, mais il ne dit effectivement pas de quoi et Yalom non plus. Etant psychanalyste, Yalom ne pouvait qu’être intéressé par cette remarque de Goethe. On peut conjecturer que la lecture de l’Ethique a servi de contrepoison à la fièvre romantique de Goethe, telle qu’elle s’exprime par exemple dans Les Souffrances du jeune Werther. Mais Yalom n’avance aucune explication. Il est certain que le caractère régulateur de la raison chez Spinoza peut nous guérir des dérives de l’irrationnel (le fanatisme, la superstition, les « passions tristes », la croyance aveugle en un « sauveur », etc)



  • Robin Guilloux Robin Guilloux 14 mars 2019 16:59

    @Gollum

    Je ne pense pas que la philosophie de Spinoza ait apporté une contribution directe au nazisme (ait inspiré les nazis,même en le trahissant comme ce fut le cas de Nietzsche). En tout cas, ce n’est pas ce que dit Yalom. En fait, les deux « biographies » alternées  celle de Spinoza et celle de Rosenberg  sont largement romancées. Yalom essaye de comprendre la fascination de Rosenberg pour Spinoza et part d’un souvenir d’adolescence qu’il a imaginé (il n’est attesté nulle part dans la biographie de Rosenberg). Rosenberg aurait tenu un discours antisémite pour être élu délégué de classe et il se trouve que le directeur du lycée était juif. Donc ce dernier demande à Rosenberg de réfléchir et de lui faire un devoir sur les liens entre Spinoza et Goethe qui admirait Spinoza et que Rosenberg admirait. Selon Yalom, tout serait parti de là. Ce n’est qu’une hypothèse romanesque et elle est donnée pour telle par l’auteur. Maintenant sur les liens entre Spinoza et le nazisme, il est certain qu’on ne peut rien trouver dans le Tractatus qui pose les bases de ce que nous appelons aujourd’hui la démocratie, bref de tout ce que haïssaient les nazis, mais il y a une remarque très curieuse de Simone Weil (la philosophe) au sujet d’un paragraphe de Mein Kampf sur la trajectoire des planètes et la nécessité absolue qui règne au sein de la nature et qui exclut la liberté, la morale, etc. Il y a effectivement dans la conception déterministe de Spinoza quelque chose qui est logiquement incompatible avec ce que nous appelons les « Droits de l’Homme ». Simone Weil va jusqu’à affirmer que les rationalistes de la IIIème République sont incohérents par rapport à Hitler. On trouve quelque chose d’approchant dans la réfutation leibnizienne de Spinoza et  horresco referens chez Luc Ferry.



  • Robin Guilloux Robin Guilloux 16 février 2019 12:39

    @Gollum

    L’orgueil de Nietzsche est plutôt un système de protection, une armure caractérielle contre les blessures. C’était sans doute le plus sensible et même le plus « religieux » (mystique) des hommes, mais indéniablement, il a été sujet à la rivalité mimétique (jalousie pathologique) ; on peut citersa rivalité avec Wagner, Paul Rée, Lou Andréa Salomé... et il n’a jamais réussi à s’en défaire. Mais après tout, il n’est pas le seul. Ce fut aussi le cas de Dostoïevski et de Proust. Peut-être faut-il en être passé par là pour en analyser les mécanismes, comme le font Proust et Dostoïevski.



  • Robin Guilloux Robin Guilloux 31 janvier 2019 22:21

    @Mélusine ou la Robe de Saphir.

    Freud a effectivement écrit une dédicace sur demande à Mussolini à son livre Pourquoi la guerre ? : A Benito Mussolini avec le salut respecteux d’un vieil homme, qui reconnaît en la personne du dirigeant, un héros de la culture. Vienne, 26 avril 1933, Sigmund Freud.
    Michel Onfray a évidemment sauté sur l’occasion dans son livre contre Freud Crépuscule d’une idole de fustiger le « fascisme » de Freud. C’est vrai que Freud était un partisan du chancelier autrichien Dolfuss et qu’il s’opposait au pacifisme d’Albert Einstein qu’il considérait comme un utopie. Il pensait que le peuple n’était pas suffisamment éduqué pour la démocratie et qu’il fallait un César pour dompter ses pulsions. 
    Ceux qui accusent Jung de fascisme, alors qu’il n’a jamais tenu de tels propos se gardent bien de faire état de cette dédicace.
    Jung a travaillé avec les services secrets américains pour établir un diagnostic de la personnalité d’Adolf Hitler. Ses propos contre le totalitarisme dans Ma vie sont très clairs et d’une incroyable lucidité.
    Il a parlé d’un inconscient juif et d’un inconscient aryen. Mais je ne vois pas où est l’antisémitisme.
    Celui ou celle qui a passé votre temps à lire la Torah et à adhérer au Dieu unique dont lenom est imprononçable n’a pas le même inconscient que celui ou celle qui a écouté la legende du Graal et vénéré le dieu Wotan, c’est quand même différent, non ? 
    Je vois bien le mal de chien que j’ai à concilier les deux inconscients en moi ! (et c’est quand même le Juif qui finit par l’emporter smiley


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