Personnellement je comprends fort bien l’image qu’a pris le pape François pour illustrer son propos. Dans toute cette affaire on ne nous parle que du droit. Mais dans la vie en société, quand vous voulez faire régner des relations amicales en famille, au travail, dans des groupes de loisirs, etc., est-ce que vous mettez la loi, le droit en avant ? On ne fait appel à ces arguments de droit que lorsque la situation n’a plus rien d’amicale.
Des tas de gens simples formatés dans la religion de leurs familles d’origine et leur traditions croient sincèrement tout ce qui pour vous, pour moi, ne sont que des histoires faites pour les endormir. Pour eux c’est ce qui donne du sens à leur vie. En France vous avez le droit de les ridiculiser, de les faire souffrir par vos popos anti-religieux, de les toucher dans ce qu’ils ont de plus chers. Alors vous le faites : où est le problème, puisque je suis dans mon droit ? Quoi ? il se met en colère, mais de quel droit ?
Est-il anormal de respecter les croyances de l’autre, même si elles ne sont pas les miennes, tout simplement pour ne pas le faire souffrir, pour créer un climat de fraternité malgré nos différences, pour ne pas susciter sa colère ? Par respect pour lui.
Enfin il est assez pénible, à chaque fois que l’on tente d’expliquer une situation, de comprendre les réactions d’autrui, d’apparaitre tout de suite comme celui qui justifie les pires violences. Le niveau zéro de la réflexion ne se situe pas uniquement dans les religions...
Aristoto, cette « grosse manif » ne me répugne pas. Je pense simplement que cette sage manif, conduite par des chefs d’état qui ont pour la plupart, plus de 20 morts à leur actif, et ne sont pas spécialement connus pour leur culte de la liberté d’expression, manif où on applaudit et on embrasse la police, exprime moins une volonté qu’une supplique : « Protègez-nous ». Le non-dit c’est : « contre quoi, contre qui ? ». Personnellement, n’ayant pas vos certitudes, çà me questionne.
Personnellement, me revendiquant farouchement athée, je suis convaincu que le « vivre ensemble », avec ses différences, ne peut se faire en prétextant de son droit à la libre expression pour agresser l’autre dans ses convictions et ses croyances et parfois dans ce qu’il a de plus cher. Pour moi le maître mot, c’est le « respect ».
Si des crimes ou des délits sont commis aux nom de convictions. Ce sont les faits qui doivent être jugés, et non les convictions qui ne sont qu’une interprétation personnelle d’une même croyance ou d’un même courant de pensée partagé par beaucoup d’autres qui l’interprètent, eux, de manière beaucoup plus pacifique.
Nous sommes dans une société où le droit est devenu l’art d’interpréter les textes, eux-mêmes conçus de manière volontairement ambiguë, laissant l’opportunité à ceux qui en ont les moyens relationnels et financiers, de jouer sur les mots et les vices de forme pour échapper à toute sanction.
Tout ceci m’interroge également. Incontestablement, beaucoup de gens se sont sentis concernés. Je ne pense pas que ce soit par affection ou adhésion intellectuelle vis à vis de charlie Hebdo. Est-ce la crainte d’être soi-même victime d’un attentat terroriste ? D’ordinaire on pense plutôt que çà n’arrive qu’aux autres. Est-ce pour la liberté d’expression ? Tant de gens s’accommodent de l’autocensure des grands médias que çà me paraît également impensable. Je reste interrogatif devant ce fait et j’aimerais qu’une étude sérieuse et objective se penche sur les motivations profondes des « je suis Charlie ». Qu’est-ce que vous dites ? Je rêve... Oui, vous avez raison.
Beaucoup de choses m’ont
interpelées autour de ce massacre de membres de l’équipe de Charlie
Hebdo. Mais tout d’abord, que les choses soient claires, ce massacre
est pour moi une abomination, je le condamne sans réserve, ainsi que
la tuerie de l’épicerie Kasher.
Mais est-ce une raison
pour faire de ces victimes de Charlie Hebdo des saints « laïques »,
des défenseurs des valeurs républicaines, etc... de prendre des
postures martiales, si peu compatibles avec le style de ces
dessinateurs que l’on encense par ailleurs.
Dans la même journée on
voit le président de la République profiter de l’occasion pour
glorifier leur démarche au nom de la laïcité (dont il est le
garant), de la liberté d’expression, du droit au blasphème, et se
retrouver ensuite, coiffé de la kippa en train de prier ou de faire
semblant dans une synagogue.
On voit son prédécesseur,
le même qui disait au pape que le prêtre ou le rabbin était mieux
placé que l’instituteur pour éduquer les enfants, se faufiler au
premier rang des « grands » pour montrer la force du message
auquel il souscrit.
L’hypocrisie de ces gens
flanqués d’autres chefs d’Etat qui ne sont pourtant pas à 20
cadavres près dans la pratique du pouvoir, et ne sont pas
spécialement connus comme des partisans de la liberté d’expression,
avait quelque chose d’écoeurant. Ils ne défilaient visiblement pas
pour ces valeurs...
Mais que penser de ces
millions de manifestants ? Ils n’ont pas fait le même calcul ?...
Leur démarche était spontanée, mais j’aurais aimé pénétrer leur
inconscient. J’étais troublé en particulier par ces personnes
d’apparence bien sage, flanquées de leurs jeunes enfants comme lors
de la Manif pour Tous, je n’arrivais pas à croire que toute la
famille lisait assidûment Charlie Hebdo et se pâmaient devant des
dessins où se mêlaient souvent, de manière obscène et
obsessionnelle le sexe, Mahomet, Jésus, etc... Ils ne manifestaient
visiblement pas pour çà. Et çà m’a laissé une impression de
malaise. D’un énorme non-dit...
Charlie Hebdo s’en prend
aux religions, dit-on. Personnellement je suis devenu farouchement
athée au fil des années, mais toute ma jeunesse a été marquée
par une éducation catholique stricte (ceci explique d’ailleurs
cela). Autant je peux expliquer ma position et discuter posément
avec des pratiquant de religions, autant je trouverais inefficace,
méchant et malsain de salir ce qui est le plus important pour eux au
nom de ma liberté de parole. A vrai dire, pardonnez moi ce gros mot,
pour moi, il y a le « respect » dû à l’autre. Toutes ces
caricatures n’ont certainement pas fait reculer les religions
qu’elles étaient censées combattre, mais elles ont fait du mal à
des millions de petites gens sincères, blessées dans leur croyances
et leur foi. Elles ont semé au minimum de la colère et de la
rancoeur.
Certes, toutes les
religions, chacune à son époque, ont sombré dans l’horreur. A
partir du moment où on est persuadé que l’on détient LA Vérité,
que c’est une instance surnaturelle, immatérielle et invérifiable
qui l’a dit, toutes les horreurs deviennent possibles. L’homme y
trouve toutes les bonnes raisons pour justifier la satisfaction de
ses pires instincts au nom de cette instance suprême à laquelle on
fait dire ce qu’on veut. Ma conviction profonde est que l’homme a
créé Dieu à son image... et non l’inverse.
Il ne faudrait cependant
pas en déduire que seules les religions génèrent le mal : c’est
leur déviance, les extrémismes qu’elles suscitent qui y conduisent.
Mais le fait d’être athée n’en protège pas pour autant. Regardez
ce que peuvent donner des philosophies, des doctrines politiques ou
économiques, des théories scientifiques dès lors qu’elles
s’emballent.. Toutes ces horreurs existent au fond de chacun de nous
et leur révélation n’est que fonction des circonstances. Alors,
pour la même action, d’assassin on devient héros.
Ce risque me paraît
encore plus grand si nous sommes persuadés que le mauvais c’est
l’autre et que nous ne nous sentons pas concernés... parce que nous,
nous sommes bons, nous n’aimons pas la violence, nous pouvons être
terriblement émus en certaines circonstances, bref parce que nous
sommes « Charlie »...