La tension entre d’une part "on doit révérer les anciens" dont Mme La Fayette et sa Princesse de Clèves
et d’autre part "on a envie de dire autre chose" , cette tension taraude tout universitaire.
L’âne illétré a effectivement envie de dire autre chose, mais dans le règne de la bêtise. Ce qui met fin à la tension et à son potentiel de sublimation, pour nous plonger dans la pulsion...
et plus pulsionnel que l’âne illétré,c’est dur !
Jean de Salisbury est aussi celui qui cite Bernard de Chartres (Metalogicon, III) (bernardus Carnotensis) pour sa vision célèbre
"Nous sommes des nains sur les épaules des géants, si nous voyons plus loin qu’eux, ce n’est pas parce que notre vue est plus aigue, etc."
Citation à double sens : (i) il faut rendre hommage aux générations qui nous ont précédé
et nous ont apporté le savoir... mais (ii) on a envie de raconter autre chose qu’eux !
Il y a donc tension de tout temps entre savoir et transmission du savoir vers des individus qui doivent le revisiter. C’est une partie de la démarche universitaire. L’aspect "valorisation" n’est pas incompatible à mon avis, mais c’est là un long débat.
Je crois que dans le passionnant échange entre Max BRuxman et les autres,
on cherche "le prochain Jules Ferry".
Mon avis :
1) Jules Ferry a fourni les bases d’une "grammatisation" qui n’avait pas encore touché toute la société à l’époque, et qui allait effectivement faire les beaux jours de la société des années 20 et 30, de sa classe moyenne encore admirateurs d’instituteurs porteurs de haute culture.
il l’a d’ailleurs fait pas dansun esprit "de gauche", c’était un virulent colonialiste, l’histoire était plus compliquée, encore teintéz de dominationde l’homme blanc.
Cela buta certes sur la bêtise ordinaire, ainsi les conditions de vie dans les internats des lycées bretons des années 60 n’étaient pas dans la droite ligne de Ferry (source dans unenote en bas de page de Jean de Kervasdoué, "Les prêcheurs..").
Le but était effectivement de fournir du carburant intellectuel à un certain pan de la révolution industriel, avec les nuances qui ont été dites
2) Non, ce n’est pas l’informatique en tant que telle (ou en tant qu’algorithmique) qui fournira les cartouches d’une deuxième grammatisation, mais la présence diffuse de "fléchage"/mise en fichier/mise en url/ de tout.
Les derniers gadgets sortis des génies de l’innovation comme le "cloud labelling" sur des téléphones
portables (ce qui enthousiasme J. de Rosnay (!)) sont emblématique de cette tendance.
Il pourrait donc y avoir une "seconde grammatisation". Allez pour faire bisquer l’ami Dugué, on va parler de ça comme d’une "seconde quantification",qui est effectivement au fond une méthode de "re-étiquettage", qui n’apporte pas de loi physique en tant que telle, mais est censé rendre l’usage des choses (et non leur signification profonde) plus immédiat. Les choses en question n’étant certes que des Hamiltoniens...
J’appelle "Outil" tant notre, langagen nos ordinateurs (extériorisation technique complète) que nos "mnémotechniques" qui en découlent.
Donc en général : Ce qui formatte notre disque dur à petit feu, tel le langage, sa grammaire. C’est ce formattage dans sa version moderne, en ce qu’il induit une révérence au chiffre, au tableau excel, à la dernière dépêche d’agence, qui cause des dérives.
Une dérive de la capacité de tabler et d’administrer accéléra un certain génocide.
Le Kach de 1929 coincide lui avec l’avènement du téléphone, qui accéléra le placement des ordres en bourse. Depuis le téléphone, le seul instrument qui permeit cette accélérationdes flux bidirectionnels a été l’internet, qu fit sa bulle en 2001, et a introduit un porte-à-faux de nouveau type entre monde et représentation (pas forcément plus grand qu’avant, cela ne se quantifie pas aisément).
Cela ne m’empeche pas d’aimer la machine à laver, le frigo et la médecine moderne !
Votre article essaye de tirer l’extrapolation la plus simple possible à partir de la situation actuelle :
Que le PS assume son côté social démocrate (malgré Aubry prise à contre pied, malgré Bayrou d’irais-ja aussi) ; un jour ou l’autre.
C’est bien essayé... Mais c’est lidée d’extrapolation que je réfute : l’histoire begaye mais pas là où on l’attend.
Si on prend le mot idéologie à la lettre, il faut qu’il y a un logos, des idées, voire un idéal.
Or la seule logique redistributive améliorée de sociaux démocrates, qui serait pourtant déjà bien mieux que ce qu’on a, pour quelques millions de gens, cette logique redistributive, donc, risque de patiner sur la grande pente savonneuse qu’est la monté de l’irresponsabilité EN SOI. Je prétends que les techniques à elles-seules, introduisent un sacré quota d’irresponsabilité, et que faute d’une chamanisation du monde, la prise qu’à le langage politique sur celui-ci est faible. trois fois hélas à l’heure des difficultés écologiques.
Ecoutez "les prêcheurs de l’apocalypse" le 19 février à la télé, je ne sais pas si ça a bien un rapport avec le livre de Kervasdoué, mais vous verrez que la règle de trois n’est plus, et pas seulement quand Darcos est sommé de la faire au tableau. Que la compréhension "simple" des choses est un leurre croissant : C’est la prise sur le réel qui se distancie à travers les outils, jusqu’à la distortion et l’irresponsabilité.
En guadeloupe, quel besoin de nommer des médiateurs pour 350 000 habitants quand un préfet sur place , tel le missi dominci, doit très très bien savoir qui fait quoi et qu’est-ce qui bout ? Si ce n’est que les maillons irresponsables se sont multipliés, et pas seulement au sommet, mais de façon systèmique sur la chaine.
En masse, cela prolétarise (en non "paupérise" : le cadre prolétarisé existe , c’est , par définition, celui qui a perdu son savoir-faire ou son savoir-vivre)..
Je n’ai pas de vraie solution, sauf à demander à chacun qu’il admette qu’il forge son être et son savoir-vivre avec les autres. Faire revivre Montaigne chez tous n’est pas simple dans le monde de Berlusconi ... Mais les techniques de l’internet ont nu bout de ce potentiel. Alors ..