@beo111
Merci pour ce retour. Intéressant, comme entrée en matière, « L’Emploi du temps » (limite expérimental et très « nouveau roman »), comme « première rencontre avec la littérature », comme vous dites.
Moi, concernant cet écrivain atypique et joueur (à la Queneau), brouilleur de pistes et de lignes, larguant les balises traditionnelles du roman « classique » en quittant la narration continue, quelque peu asphyxiante, ma première découverte ne fut pas, bizarrement, son livre le plus connu (« La Modification », qui lui valut le prix Renaudot en 1957 ; gageons que, s’il avait eu un prix encore plus connu, genre le Goncourt, ou carrément le Graal, le prix Nobel de littérature, il serait davantage lu et célébré aujourd’hui, même si l’Archipel Butor, lieu insolite de Haute-Savoie qui gagne à être connu, en partenariat avec ses quatre filles, comme le docteur March !, fait un très beau travail de redécouverte à ce niveau-là).
Non, ce fut « Mobile (étude pour une représentation des États-Unis) », objet-livre assez ovni, comme souvent chez lui, à la mise en page éclatée, parcellaire, fragmentée, proche du cinéma, du collage à la Prévert ou du free jazz. Ça brasse large : listes, slogans, noms de villes, publicités, paysages et morceaux de conversations ; et cela pourrait même, soit dit en passant, annoncer l’Américain contemporain hors normes Bret Easton Ellis, qui est selon moi l’un des plus grands écrivains actuels parce que totalement libre, cf. son chef-d’œuvre, l’essai « White » (2019), car, avec lui, ce n’est jamais vraiment du roman à 100 %.
Et « Mobile » retient l’attention, intrigue fortement : ce n’est plus un roman, mais un texte expérimental avec lequel on voyage. Ce sont les States libertaires qu’on aime, avec un parfum de Beat Generation et de Nouvel Hollywood (contre-culture et rejet du conformisme, à la « Easy Rider »), comme une « carte mouvante » de la modernité américaine ; nous sommes en 1962… Butor faisait déjà du road movie littéraire avant que Hollywood ne mette le contact. 