Sur la laïcité, permettez-moi d’aller plus loin. La loi de 1905 est une grande loi — elle sépare l’État et les Églises, elle garantit la liberté de conscience et le libre exercice du culte. C’est une médiation institutionnelle au sens hégélien : elle articule l’universel républicain et les particularités religieuses en donnant à chacune son espace propre.
Mais ce que la loi de 2004 a fait, c’est autre chose — et j’ai une opinion très précise sur ses fondements intellectuels parce que j’ai eu Henri Peña-Ruiz comme professeur en khâgne au lycée Fénelon. Normalien, grand défenseur de la laïcité, auteur prolifique — et pourtant ses cours étaient d’une pauvreté conceptuelle que ses belles formules dissimulaient mal. C’était de la paraphrase habillée en philosophie : il répétait Spinoza et Kant sans jamais les travailler vraiment, produisant un universalisme de façade qui prenait l’universel pour une donnée immédiate plutôt que pour le résultat d’un travail de médiation. Dans la même salle, d’autres professeurs — je pense notamment à Monsieur Bontemps qui nous enseignait Hegel — nous apprenaient précisément le contraire : que l’universel ne se décrète pas, il se conquiert à travers le particulier. Peña-Ruiz n’avait visiblement pas lu Hegel avec suffisamment d’attention.
C’est exactement cette erreur conceptuelle qui a produit la loi de 2004. Une jeune fille qui retire son voile à l’entrée de l’école n’est pas devenue plus libre — elle a simplement appris que sa particularité est indésirable. Ce n’est pas de l’émancipation, c’est de l’assimilationnisme. Et la République française avait su faire mieux pendant des décennies — accueillir la particularité tout en la dépassant par la culture commune — avant que la crispation identitaire ne transforme un morceau de tissu en symbole de guerre.