@Jean-Paul Foscarvel
Concernant le réveil de la conscience populaire, la problématique n’est pas essentiellement dans le mode d’action, mais bien dans le processus de conscientisation lui-même.
Malheureusement nous nous heurtons à un nouveau système qui a su prendre les leçons des échecs passés des autres systèmes de domination de classe.
Je ne crois plus qu’il puisse y avoir une sorte de « recette miracle » pour un hypothétique « réveil massif ».
La situation s’apparente, même si d’assez loin, à l’apathie qu’a engendrée la défaite de 1940, avec même ce handicap supplémentaire que l’ennemi n’est non seulement pas visible à tous les coins de rues, mais même carrément dissimulé derrière l’écran d’une apparente « bienveillance » officiellement proclamée, même si le vernis en est craquelé dès le départ, en 2017-2018.
Pour l’instant il n’y a clairement qu’une minorité qui entrevoit la réalité sous les craquelures du vernis.
Malheureusement on ne peut guère faire plus, au stade actuel, que de continuer à élargir les craquelures du vernis.
Concernant le problème de la valorisation économique, il est donc effectivement très différent, à notre époque, de ce qu’il était à l’époque de Marx, ou même de ce qu’il était encore à la fin du siècle dernier.
Le « glissement » s’est effectué sur plusieurs décennies et il est passé pour l’essentiel « inaperçu » tant sont rigides les catégories idéologiques et les intérêts qui vont avec.
Les banco-centralistes « conscients » des intérêts de la classe dominante sont des gens qui ont su discrètement s’adapter sans pour autant « révolutionner » les catégories intellectuelles répandues dans la société, ce qui augmente considérablement leur pouvoir de manipulation.
Les discours sur la dette sont un cas d’école de cette stratégie de contrôle idéologique.
Nous devons donc en étudier aussi lucidement que possible la genèse et le fonctionnement, sans nous laisser piéger nous-mêmes par telle ou telle catégorie idéologique.
Au temps de Marx la valeur économique se composait essentiellement de trois flux :
- _ La valeur d’usage de la force de travail
- _ La valeur d’usage du capital fixe
- _ La valeur d’usage des intrants en matières premières et énergies, le charbon étant en quelque sorte à la jointure de ces deux « sous catégories »
Une autre catégorie, d’importance secondaire à son époque, mais qui a connu une mutation « spectaculaire » en volume financier, mais encore quasi « invisible » en termes d’analyse économique, c’est la « propriété intellectuelle », limitée, à son époque, aux « droits d’auteur » et aux « brevets industriels », mais qui commençaient donc déjà, sous cette forme, à prendre une importance stratégique.
Et là aussi il s’agit typiquement d’une valeur d’usage.
En termes d’amortissement, la valeur d’usage d’un brevet industriel se trouve intégrée « ex ante » dans la valeur d’usage du capital fixe.
Ce qui règle son statut au regard de la valeur ajoutée : la propriété intellectuelle industrielle contribue à l’élargissement de la valeur d’usage du capital fixe, et non pas directement à la plus-value extraite du travail productif.
D’une manière générale et par extension la valeur générée par le travail intellectuel, en dehors de son intégration à un processus industriel, et « commercialisée », via un support technique ou non, reste une valeur d’usage « abstraite » et non pas une marchandise au sens strict du terme, c’est à dire incluant un « quantum » de valeur déterminé par sa production elle-même.
Au delà de la valeur éventuelle de son support matériel elle ne génère donc pas de flux de valeur réellement endogène, c’est à dire qui ne dépende pas essentiellement de la masse monétaire déjà en circulation.
Autrement dit c’est un secteur économique centré sur une valeur d’usage abstraite et qui concourt proportionnellement bien davantage au gonflement de la dette qu’à sa résolution.
On en revient donc toujours à ce « bouleversement » fondamental quoique passé essentiellement inaperçu de la plupart des analystes, mais dont le « point de bascule » reste néanmoins identifiable avec la crise de 2007-2008 et l’extension des pratiques banco-centralistes de type « quantitative easing » selon lesquelles la dette remplace le « capital », qui a pour l’essentiel cessé d’être « productif », comme « moteur » de l’économie « moderne ».
Le cas du secteur industriel encore « productif » stricto sensu, en termes de marchandises, est celui de sa réduction, de plus en plus, au seul cycle de financement et d’amortissement du capital fixe, c’est à dire un autre circuit dépendant de plus en plus de celui de la dette. Ce qui ne peut pas se résumer dans un post mais se trouve davantage développé ici :
Le Roi « Capital » est mort, vive la Reine « Dette » !
https://cieldefrance.eklablog.com/le-roi-capital-est-mort-vive-la-reine-dette-a215991921
Bref, pour conclure, je ne sais pas si nous arriverons à éveiller grand monde avant qu’il ne soit trop tard, mais au moins, continuer à étudier, réfléchir et analyser nous évitera, je l’espère encore, de mourir totalement idiots, et c’est déjà ça... !
Luniterre