« Un
peuple qui élit des corrompus, renégats, des imposteurs, des voleurs et des
traîtres n’est pas victime ! Il est complice. »
Oui,
« complice » si ce peuple sait les tenants et les aboutissants du
principe qui l’anime et qui le gouverne.
Or,
c’est justement ce fameux « bien public » qu’on appelle démocratie
qui permet de mettre au pouvoir une fausse élite.
Explication.
La démocratie avilit en abaissant les bons, c’est une tyrannie qui
s’exerce par un mouvement de traction morale, de bas en haut ; elle fait descendre,
elle empêche les meilleurs de s’élever, elle abat les têtes qui dépassent le
niveau des médiocres, empêchant ainsi l’éclosion des types supérieurs, elle
supprime le respect et rend les petits insolents.
« Il nous faut encore insister, rappelle René Guénon, sur une
conséquence immédiate de l’idée « démocratique » qui est la négation de l’élite
entendue dans sa seule acception légitime ; ce n’est pas pour rien que «
démocratie » s’oppose à « aristocratie », ce dernier mot désignant précisément,
du moins lorsqu’il est pris dans son sens étymologique, le pouvoir de l’élite.
Celle-ci, par définition en quelque sorte, ne peut être que le petit nombre, et
son pouvoir, son autorité plutôt, qui ne vient que de sa supériorité intellectuelle,
n’a rien de commun avec la force numérique sur laquelle repose la « démocratie
», dont le caractère essentiel est de sacrifier la minorité à la majorité, et
aussi, par là même, comme nous le disions plus haut, la qualité à la quantité,
donc l’élite à la masse. Ainsi, le rôle directeur d’une véritable élite et son
existence même, car elle joue forcément ce rôle dès lors qu’elle existe, sont
radicalement incompatibles avec la « démocratie », qui est intimement liée à la
conception « égalitaire », c’est-à-dire à la négation de toute hiérarchie : le
fond même de l’idée « démocratique » c’est qu’un individu quelconque en vaut un
autre, parce qu’ils sont égaux numériquement, et bien qu’ils ne puissent jamais
l’être que numériquement. Une élite véritable, nous l’avons déjà dit, ne peut
être qu’intellectuelle ; c’est pourquoi la « démocratie » ne peut s’instaurer
que là où la pure intellectualité n’existe plus, ce qui est effectivement le
cas du monde moderne. Seulement, comme l’égalité est impossible en fait, et
comme on ne peut supprimer pratiquement toute différence entre les hommes, en
dépit de tous les efforts de nivellement, on en arrive, par un curieux
illogisme, à inventer de fausses élites, d’ailleurs multiples, qui prétendent
se substituer à la seule élite réelle ; et ces fausses élites sont basées sur
la considération de supériorités quelconques, éminemment relatives et
contingentes, et toujours d’ordre purement matériel. On peut s’en apercevoir
aisément en remarquant que la distinction sociale qui compte le plus, dans le
présent état de choses, est celle qui se fonde sur la fortune, c’est-à-dire sur
une supériorité tout extérieure et d’ordre exclusivement quantitatif, la seule
en somme qui soit conciliable avec la « démocratie », parce qu’elle procède du
même point de vue. » (La crise du monde moderne).
L’égalité c’est la fin d’une race, « tous dégénérés », « tous fous
», tous égaux dans la bêtise ou dans la bassesse c’est la suppression de la
hiérarchie des esprits !
Toute
élévation du type humain demande un régime aristocratique. Une aristocratie de l’esprit
ou la vraie morale et le bien dominent, et non celle de la force et de l’audace
ou du hasard de l’hérédité centralisée en une seule main telle celle de nos
monarchies historiques, qui peut être despotique ou imbécile, et est une cause
de ruine, de souffrances générales et de guerres perpétuelles.