L’auteur de cet article documenté et intelligent souligne l’importance des intérêts cachés (locaux ou lointains) dans la diplomatie du Caucase.
C’est un jeu complexe, comme l’est l’histoire de la région. C’est plutôt la géographie (passage naturel entre l’Occident et l’Orient et entre deux mers) qui explique les coupables silences des grandes capitales, Londres et Washington D.C. en tête, sur le passé le plus noir et le plus terrible de la Turquie.
Pour ce qui est de la diaspora arménienne, sa principale demande est la reconnaissance par la Turquie du génocide des Arméniens perpétré en 1915. Le premier génocide du XXe siècle où furent employés des moyens moderne de mort et au terme duquel, 1,5 million d’arméniens ont péri. Femmes, enfants, vieillards, aussi bien que leurs hommes. Ce génocide qui inspira Hitler dans les années 30 et le conforta dans l’ignominie de son projet (« Qui se souvient des Arméniens ? »).
En France et dans d’autres pays, la négation du génocide des Arméniens est punie par la loi. Les négationnismes se nourrissent entre eux. Le législateur a parfaitement compris qu’il y avait une cause commune avec la Shoah : le but des négationnistes est de conduire jusqu’à un terme sordide la logique du génocide, c’est-à-dire, après avoir « effacé » un peuple, effacer la réalité historique de son existence et de son extermination tragique . Le faire disparaître totalement. Le négationnisme est la perpétuation du génocide. Il procède de la même finalité.
La Turquie moderne continue pourtant de professer et de soutenir, finances à l’appui, les thèses négationnistes (que l’on imagine l’Allemagne d’aujourd’hui faire de même ! Odieux et impossible, heureusement ! Hélas pas en Turquie). On a même vu ici des négationnistes avérés ne pas craindre de déverser leurs litanies insupportables.
Il est évident que l’amélioration des relations entre l’Arménie actuelle (ancienne République soviétique d’Arménie) et la Turquie ne peut être que profitable aux deux peuples.
Mais la reconnaissance du génocide des Arméniens ne pourra jamais être un point de « détail ». C’est une condition indispensable et incontournable de la marche de la Turquie vers un Etat de droit.
Espérons que le chemin ne soit pas encore long.