Ce que j’ai dit jusqu’ici sur les moyens employés par les
tyrans pour asservir [la contrainte, la coutume d’obéir, l’idéologie, les jeux
ou les superstitions], n’est guère mis en usage par eux que sur la partie
ignorante et grossière du peuple.
Ainsi, si le tyran veut maintenir sa domination,
il doit trouver un autre stratagème pour les gens instruits. C’est là le
secret et le ressort de la domination, le soutien et le fondement de toute
tyrannie : rendre ces gens « complices » des
« cruautés » du tyran, les asservir en leur donnant l’occasion de
dominer d’autres à leur tour. Ce sont donc les courtisans qui se font les
complices de la tyrannie, perdant du même coup leur propre liberté. Certains
hommes flattent leur maître espérant ses faveurs, sans voir que la disgrâce les
guette nécessairement, devenus complices du pouvoir. Ainsi se forme la pyramide
sociale qui permet au tyran d’« asservir les sujets les uns par le
moyen des autres ». La résistance et l’usage de la raison sont donc
les moyens de reconquérir la liberté (La Boétie ne fait aucune théorie de la
révolte populaire) car les tyrans « ne sont grands que parce que nous
sommes à genoux ».