C’est compliqué, Alinéa. Trés.
Ils ont pu construire sur mille et un secrets qui se taisent au fin fond de familles déchirées.
« Que la vérité ne sorte jamais à la lumière » ( que no salga nada a la luz) sont les mots d’une trés vieille dame décédée à la fin du dernier siècle. J’ai mis longtemps avant de réussir à la faire enfin parler, à demi mots. Dans les années trente elle avait douze enfants. En Andalousie. Les plus grands, des ados, en 1937, furent « pris » pour aller à la guerre. Des deux cotés on recrutait ainsi, ils partaient ou c’était une balle dans la cour de la ferme et jetés au fond du puis. Ils ne sont jamais revenus et nul ne sait ou ils sont tombés. Les plus jeunes, l’Eglise les a « pris en charge » et elle ne les a jamais revus. En 1940 il ne lui en restait plus que trois, et quelques années plus tard, aprés la famine, plus que deux, dont mon père, qui lui n’a jamais voulu parler de ces années là et de la chape de plomb des années 50.
Profondément catholique, puisqu’il n’y avait pas d’autre choix, cette grand mère m’a appris la résignation. Lever l’impunité serait ouvrir une boite de Pandore, certes nécessaire, mais on repartirait à se battre. Pour de vrai. Les héritiers du franquisme tiennent tout le pays. Et la magistrature. Garson en a fait les frais.
Mieux vaut oublier, comme me disait cet oncle, combattant républicain, un rouge en somme, de toutes les batailles, puis interné en camp dans le sud de la France, avant de s’évader et rejoindre un maquis et devenir farouche résistant.
Sinon ça recommencera.