@jakem
( suite — 3 et fin ) :
On pourra, au fil des ans, multiplier les nominations les plus prestigieuses, profiter des avantages et des palais de la République, prétendre servir l’intérêt général (on réclamera le titre honorifique de « grand serviteur de l’État ») et, pourquoi pas, faire même quelques allers-retours vers le privé, sans jamais cesser d’être compétent. La compétence est un état. J’en arrive donc à la conclusion suivante : la compétence est la vertu cardinale de la classe technocratique, qui produit les hommes dont elle a besoin pour se maintenir et s’étendre ; elle permet aux hommes de l’appareil de se maintenir dans l’appareil et de progresser dans une technostructure qui, par ailleurs, maîtrise moins la société, qu’elle ne la vampirise pour s’alimenter.
Comprenons-nous bien : cela n’enlève rien aux qualités individuelles évidentes des membres de la caste des compétents. Mais on peut croire que, dans des temps historiques houleux, où les institutions se calcifient, où la tentation du népotisme est plus forte que jamais, le sens de la décision, du courage, la capacité à penser à l’extérieur des catégories convenues, à traduire aussi politiquement les aspirations populaires trop longtemps étouffées, soient des vertus bien plus nécessaires. Ces vertus, hélas, le régime les nommera autoritarisme, démagogie et populisme.