Bonjour Phil, oui, je m’en souviens : sous un autre pseudo anonyme, vous m’aviez déjà écrit là-dessus, avec le même lien. « Pollock et la CIA », bah, c’est archi connu, documenté, référencé, avéré : l’art peut être un sacré « soft power », et les États-Unis sont loin d’être les seuls à pratiquer cela, aujourd’hui plus que jamais ! C’est un marronnier, un vieux serpent de mer, selon moi, ce qui n’enlève absolument rien à l’importance historique et artistique de Jackson Pollock (1912-1956), figure de proue de l’Expressionnisme abstrait américain et de l’Action Painting, dont la peinture est devenue une légende, tout comme son image, notamment grâce aux photographies et aux films de l’artiste au travail. En gros, on le sait, le soft power, c’est influencer les esprits par la culture et les idées plutôt que par la force. Pendant la Guerre froide, l’abstraction américaine a bien été mobilisée dans cette stratégie culturelle pour promouvoir l’image d’une Amérique libre et créative face à l’URSS. Voilà.
Sur Debré, vous écrivez : « J’ai la nette impression que dans la peinture proposée, la dimension mentale est un paramètre hélas très présent. » Bah, tant mieux : vous y voyez un défaut, moi, j’y vois une qualité ! Les peintres pensent ! La peinture n’est pas là uniquement pour faire joli ou produire un effet sur un mur. « Bête comme un peintre » (Duchamp) est un lieu commun. La peinture est « chose mentale », disait Léonard de Vinci. Chez Debré, elle est à la fois sensible, poétique et mentale, voire spirituelle : elle brasse large, avec infiniment peu de moyens, des pigments, une toile, un châssis, quelques pinceaux-balais, et parfois la nature qui fait le reste. Il pouvait notamment laisser ses toiles dehors, exposées aux intempéries, provoquant ce que Bob Ross (1942-1995), le fameux présentateur-peintre américain à la légendaire coupe afro, appelait de « joyeux accidents ».
Vous écrivez : « Je suis plutôt sensible et admiratif du travail de « Zao Wou Ki ». Plus charnel, physique, et un puissant support à l’imaginaire. » Je prends ! Bien dit. Moi, j’apprécie les deux. En termes de « paysagisme abstrait » et de rendu très sensible, après les « Nymphéas » impressionnistes et modernes de Claude Monet, sur leurs toiles « ouvertes » aux multiples lectures, ces deux peintres nés la même année (1920), Olivier Debré et Zao Wou-Ki, font vibrer le paysage autrement, chacun avec son langage : dans l’art, certes, les rivalités existent, parfois mimétiques, mais l’esprit de compétition n’a pas lieu d’être quand deux œuvres peuvent simplement se répondre. Tenez, vous me donnez une idée : ce serait bien de voir un jour naître à Paris ou ailleurs une expo monographique qui les réunisse tous les deux ! 