Je ne comprends pas en quoi la théorie « judéo-nazaréenne » (ou essénienne, ou ebionite ; peu importe le terme, nous parlons de la même chose) des origines de l’Islam implique de délocaliser les principales étapes de la vie de Mahomet d’Arabie en Syrie. A partir du moment ou vous identifiez Bosra comme le principal centre de pensée religieux « judéo-nazaréen » qui a inspiré le leader arabe, tout s’explique logiquement en contexte arabe. Il ne faut pas oublier que les Arabes nabatéens étaient en contact avec le Christianisme/Nazoréisme depuis le début.
Je ne suis pas assez qualifié pour analyser vos arguments sur la réécriture ultérieure du Coran mais ils me paraissent solides. Et ils n’entrent absolument pas en contradiction avec la thèse d’Emile Mourey. Le problème est que vous faites deux poids deux mesures entre le Christianisme et l’Islam. A partir du moment où vous donnez une origine « judéo-nazaréenne » à l’un, vous êtes bien obligé d’en donner une également à l’autre. Si Pierre, Jacques, Jude n’étaient pas des « judéo-nazaréens », je serais curieux de savoir comment vous les qualifiez. Mahomet, c’est Paul avec une épée. Six siècles plus tôt le fondateur pharisien du Christianisme et ses disciples avaient déjà évincé les « Judéo-nazaréens » de la tête du mouvement en prenant le commandement de l’église de Rome. Après les guerres romano-juives, ils ont ensuite récupéré l’église de Jérusalem comme un fruit mûr, d’où la fureur des « Judéo-nazaréens » survivants.
Clément de Rome semblait par exemple être familier avec la Règle de la communauté. Les épîtres de Paul nous donnent un point de vue très biaisé sur les Evangiles. Paul n’est arrivé qu’après et il était pharisien.
Historiquement les Protestants sont une branche du Catholicisme et l’Islam est elle-même une branche du Christianisme. Ce dernier étant lui-même une branche du Judaïsme.
Jacques le Juste et Jacques le frère (ou cousin, si ça vous arrange) du Seigneur sont le même personnage. Il s’agit du personnage qui s’oppose à Paul sur la question du respect de la loi juive. Il est mort vers 61 lapidé avec d’autres sur les ordres du grand prêtre Hanan (Flavius Josephe ant 20.9.), accusés justement du non respect de la loi. Ce Jacques pose un problème fondamental aux églises d’Occident sur la question de la Loi.
Les « judéo-nazaréens »/ébionites reconnaissaient Jésus de Nazareth comme messie, pourquoi dites-vous qu’ils n’étaient pas chrétiens ? Dans les épîtres de Paul, on voit bien qu’une part non négligeable des disciples attend le retour imminent de Jésus et il essaie de les faire patienter tant bien que mal.
Je vous accorde que dans les Evangiles, c’est le Fils de l’Homme ou le Paraclet qui doit venir à la fin des temps mais est-ce que cela change quelque chose au fond du problème ? Je pense que l’Apocalypse est une description allégorique de la guerre romano-juive de 70 et à la fin, il y est question d’une période de mille ans supplémentaires. En clair, cela signifie qu’ils ont vraiment cru que c’était la fin des temps et qu’ils admettent à demi-mot s’être trompés en remettant la fin « mille ans » plus loin.
Esséniens et Judéo-nazaréens sont exactement la même chose. Essénien était leur nom grec et Judéo-nazaréen (pléonasme d’ailleurs) est une appellation récente qui ne change strictement rien sur le fond. Le terme d’Ebionite convient également. Dans les manuscrits de la Mer Morte, ils se disaient membre du Yahad. Il s’agit de Juifs hostiles aux Pharisiens et aux Sadducéens et appliquant la Loi à la lettre. Chez Paul, on voit clairement que Jacques, le « frère du Seigneur » appartenait à cette mouvance. Les premiers Chrétiens se sont divisés sur cette question. Ceux qui ont suivi Paul ont fini par donner naissance au Catholicisme et ceux qui ont suivi Jacques se sont vus marginalisés aux confins de la Syrie et de l’Arabie sous le nom de Nazoréens et d’Ebionites, avant sans doute qu’une partie d’entre eux ne participe à la naissance à l’Islam. C’est pour cela que l’Eglise d’Occident a tenté de minimiser l’importance de ce Jacques en le mélangeant avec Jacques d’Alphée et en le renommant Jacques le Mineur.
Dans les Evangiles, la fin du monde est violente sans parler de l’Apocalypse. Pendant son ministère, Jésus ne commet pas d’action violente mais son retour y est annoncé comme sanglant.