Concernant Alexandre Janée, voyez le paragraphe de même cette étude sur le « Testament de Lévi » (dans le chapitre VI). Il y est question de crimes commis aux alentours de l’époque d’Hyrcan II. Crimes auxquels l’auteur de l’étude a du mal à faire correspondre des évènements connus. Ne s’agirait-il pas justement du massacre des 800 esséniens/pharisiens ?
Si c’est le cas, cela veut dire que Flavius Josèphe a délibérément menti ou alors que les Esséniens et les Pharisiens ne s’étaient pas encore séparés (les pharisiens = les séparés). Peut-être la séparation a-t-elle justement eu lieu à la mort de Janée ? Les Assidéens dits Pharisiens acceptant de revenir à Jérusalem mais pas les Assidéens dits Esséniens. Josèphe n’a peut-être fait « que » remplacer le terme d’Assidéens par celui de Pharisiens, ce serait un demi-mensonge.
Flavius Josèphe fait quand même bien le distingo entre les Esséniens et les partisans de Judas de Gamala. Il rapproche même ces derniers des Pharisiens. (ant. jud. 18.1.6) Deux des meneurs de la guerre, Menahem et Eleazar ben Jair, sont des descendants de Judas de Gamala. Ils n’étaient manifestement pas chrétiens. De plus, si Simon-Pierre était l’héritier légitime de la branche de Sadok et qu’il était fils de Judas de Gamala, cela signifie que Judas de Gamala était le chef du conseil essénien de son époque.
Gamala était-elle vraiment le principal centre essénien ? Dans votre Histoire du Christ page 207 vous citez le Rouleau des Hymnes « Tu m’as placé dans un lieu d’exil parmi de nombreux pêcheurs, qui étendent leurs filets sur la surface des eaux ». Ce passage pourrait désigner l’exil d’Onias III à Daphné au bord de la Méditerranée et non la Mer de Galilée. (Drôle de coïncidence, Hérode fait aussi venir les cavaliers babyloniens de Daphné pour les installer en Batanée, capitale Ecbatane)
La localisation de Kaukab n’est pas assurée. Je me demande s’il ne s’agit pas de l’Ecbatane de Syrie. Kaukab signifie étoile : « Une étoile est venue de Jacob » (exhortation du Rouleau de la Guerre) Gamala n’était peut-être que l’avant-poste d’Ecbatane. Le récit de Flavius Josèphe le laisse supposer. Judas de Gamala représenterait alors une faction essénienne dissidente basée à Gamala et ayant fait sécession vis à vis d’Ecbatane.
Si on combine le texte des Acte des Apôtres et Flavius Josèphe, on se retrouve avec trois Jacques :
D’abord Jacques (surnommé plus tard Le Majeur), frère de Jean, dont l’exécution en 44 sous Hérode Aggripa I est narrée dans les Actes des Apôtres (chapitre 12)
Ensuite Jacob, fils de Judas de Gamala, exécuté avec son frère Simon par Tibère Alexandre vers 45-48 (ant, jud. 20.5.2)
Et enfin, Jacques frère de Jésus (surnommé plus tard Le Juste) mort en 62 juste avant l’arrivée d’Albinus. (ant. jud. 20.9.1.)
Le premier et le troisième étaient chrétiens, pour le second c’est moins évident.
"Au moment du déclenchement de la guerre de Jérusalem, rien ne dit que
l’ordre du soulèvement ait été donné par le conseil restreint de la
communauté."
Ce qui appuierait l’hypothèse d’une reconnaissance de Jésus de Nazareth comme messie par ce conseil. Par contre, si Simon-Pierre symbolise ce conseil essénien rallié au Jésus des Evangiles, il ne peut absolument pas correspondre au Simon, fils de Judas de Gamala condamné comme un vulgaire fauteur de trouble (ant. jud. XX. 5. 2.). Une mise à mort du conseil essénien aurait aussitôt mis la Judée à feu et à sang. Il suffit de voir les réactions qui ont suivi la lapidation de Jacques le Juste (ant. jud. XX. 9. 1). Le Grand-Prêtre a immédiatement été destitué.