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Bernard Grua

Bernard Grua

Photographe voyageur | Contributeur : Russia Beyond the Headlines, Diploweb, L'Express, La Tribune, Ouest France, Breizh-Info, Informnapalm, Ukrinform, Ukraine Crisis Media Center, , ... 
Intéressé par les pays de l'ex-URSS : Russie (nombreux voyages en Sibérie en été et en hiver - Monts Saïans, Baikal, Iakoutie, Extrême Orient) Ukraine, Tadjikistan, Ouzbekistan, Kirghizstan.

Tableau de bord

  • Premier article le 15/02/2018
  • Modérateur depuis le 20/02/2018
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Derniers commentaires



  • Bernard Grua Bernard Grua 12 septembre 2021 14:10

    @Jelena

    Les Afghans détestent le Pakistan

    Ils ne le détestaient pas tous, notamment en raison de lien confessionnels et ethniques, ne concernant pas seulement les Pachtounes. On trouve aussi des Hazaras, des Baloutches et des Tadjiks (ou Pamiris) dans les deux pays. Mais cette détestation semble unanime aujourd’hui. Les journalistes et chercheurs français se focalisent sur les USA, la Chine et les pays arabes. Personne ne se penche réellement sur la guerre hybride pakistanaise, qui existe ou n’existe pas mais que les Afghans considèrent comme une réalité et qu’ils présentent comme une invasion. Et ceux d’autant plus que si les Pachtounes sont le bras armé, les chefs d’orchestre pakistanais sont les Pendjabis (peuple honni en Afghanistan) de Lahore ou Islamabad. 
    Quant à l’Inde, obsession première des Pakistanais, il me semble que les Afghans n’y pensent pas. Et qu’ils ne la considèrent pas comme une alternative positive ou négative aux Pakistanais.


  • Bernard Grua Bernard Grua 12 septembre 2021 13:56

    Pour ceux qui souhaiteraient contextualiser géographiquement l’appel, voici une courte présentation de son lieu d’origine :

    Ishkashim est une petite ville afghane de la province du Badakhshan sur la rive gauche de la rivière Panj (devenant, plus en aval, le fleuve Amou Daria). Sur une île, se trouve le poste-frontière avec le Tadjikistan. Celui-ci n’est pas éloigné de la bourgade tadjike du même nom, Ishkashim. De là, une étroite bande de territoire, la vallée du Wakhan conduit, vers l’Est, au Petit Pamir. Là-bas, se situe la seule ligne de démarcation afghane avec la Chine (92 km). Autrefois, le corridor du Wakhan, long de 210 km, était une section active de la route de la soie, mais il a sombré dans l’isolement avec la fermeture des frontières au cours du XXe siècle. Au Nord, le corridor afghan du Wakhan est délimité par le Panj matérialisant la séparation avec la partie tadjike du Wakhan. Au sud, les hautes montagnes de la chaîne de l’Hindou Kouch marquent la séparation avec le Pakistan. Bien qu’oubliée par Kaboul, très isolée et pauvre, c’était une langue de terre paisible jusqu’à cette année, même pendant l’occupation soviétique. De plus, c’était la seule partie du pays où les Taliban n’étaient jamais entrés. Tout a changé à la mi-août 2021. Aucun journaliste n’est présent dans cette région éloignée dont les souffrances sont ignorées de tous.

    Voir la position du poste frontière sur le Panj entre Afghanistan et Tadjikistan
    [c’est ce poste que j’ai traversé en 2013 en entrant et en sortant du Wakhan afghan]
    Gauche — en bas : Ishkashim (Eshkashem), Afghanistan
    Centre — haut : île du no man’s land avec le marché afghano-tadjik (fermé) entre les deux postes frontières
    Droite — milieu : Ishkashim (Eshkashem), Tadjkistan

    Jusqu’à récemment, une instable piste défoncée reliait Ishkashim (2 600 m) à Sarhad e Broghil (3 400 m). Ensuite, le trajet jusqu’à Bozai Gumbaz (3 840 m), dans le Petit Pamir, devait se faire à pied ou à dos de chevaux, de yaks, voire de chameaux par des sentiers escarpés et dangereux. Au cours des deux dernières années, une route chinoise a été construite pour relier Sarhad e Broghil à Bozai Gumbaz avec l’intention de la terminer à la frontière avec le Xinjiang. Cette voie a probablement rendue possible la rapide et complète invasion des Talibans.

    Ahmed, pour cette conversation n’était pas chez lui mais à côté de la rivière Panj d’où il pouvait attraper le réseau tadjik. 

    Lien vers l’article sur mon blog :
    Comment une région déshéritée d’Afghanistan sombre dans la famine sous la férule des Taliban ?

    6/6



  • Bernard Grua Bernard Grua 12 septembre 2021 13:43
    Je pense que tu devrais nous utiliser pour diffuser des informations à l’étranger. Mais nous devons nous assurer que tout ce que nous partageons est une information directe de ta part et que les photos sont prises par toi. Pas de seconde main.
    Non, s’il te plaît, ne me mentionne pas, ils me tueront. Je suis en danger maintenant.
    Bien sûr. Je ne citerai absolument pas ton nom, et même, je ne donnerai aucune indication permettant de t’identifier.
    D’accord. Désolé, Bernard, je dois rentrer chez moi. Je suis près de la frontière tadjike, car j’utilise le réseau téléphonique tadjik pour Internet et ma batterie est presque déchargée.
    OK Ahmed. Merci pour toutes les informations détaillées ! Pense-s-y : utilise-nous pour partager l’information avec le monde. Nous ferons de notre mieux. Nous sommes tellement désolés pour votre peuple. Nous voulons vous aider.
    OK merci. Transmets-moi quelques informations sur le programme de visa d’immigration en France.
    Les visas pour la France ? C’est un problème très difficile. Laisse-moi te demander. Tu es ismaelien [minorité chiite persécutée par les Taliban] ?
    Oui.
    Nous, Ismaéliens, sommes très peu nombreux en Afghanistan. Nous sommes en danger.
    Sois très prudent. Assure-toi de ne pas avoir trop d’informations dans ton téléphone portable. Pense à la façon dont l’ISI (services secrets pakistanais) peut aider les talibans à surveiller les réseaux sociaux et les communications.
    OK. Je sais que le gouvernement pakistanais aide directement les Taliban. Il y a deux semaines, le chef suprême des Talibans pakistanais s’est rendu à Ishkashim. Ils ont aussi visité la frontière avec des « voitures Balk » (Balk, la ville ?).

    Discutons les jours prochains. Quand tu veux. Tous mes vœux pour ta famille.
    Porte-toi bien. Désolé, de ne pas avoir de batteries pour te donner plus d’informations.

    Ce sera pour plus tard. Ne t’inquiète pas.
    D’accord

    5/..


  • Bernard Grua Bernard Grua 12 septembre 2021 13:40
    Je me souviens des Wakhis célébraient l’amitié sino-afghane il y a un ou deux ans.
    Ils ne connaissent pas la politique. Ils pensent aux affaires. Mais, aujourd’hui, pas d’argent, pas de services. Tout est arrêté. Ici, la vie est très difficile actuellement. Pas d’argent, ici, toutes les banques ont fermé. La nourriture est très chère.
    Le fait est que le Wakhan est devenu stratégique pour la Chine. Ils veilleront à ce qu’il reste sous le contrôle des Taliban et/ou des mercenaires pakistanais.
    Peut-être par les Taliban. Le peuple ne le permettra pas aux Pakistanais. Le Pakistan est notre ennemi.
    Les talibans que tu vois, sont-ils 100 % afghans ? Sont-ils tous des Pachtounes ?
    Quatre-vingt-dix-neuf pour-cent sont des Pachtounes d’Afghanistan et du Pakistan. Quelques personnes sont des Tadjiks afghans.
    Veux-tu dire que tu as vu des Taliban pakistanais à Ishkashim ?
    Quelques Taliban pakistanais sont venus ici. Mais ils sont partis à Kaboul.

    Comment est la vie dans le Wakhan avec les Taliban ? Y es-tu allé depuis la mi-août ?
    J’y suis allé. Les gens s’inquiètent pour l’avenir.

    Toutes les femmes du Wakhan sont-elles obligées de porter la burqa ?
    Les femmes n’ont plus le droit de travailler avec les hommes. Maintenant, il n’y a plus aucun service dans le corridor du Wakhan. Aucun traitement, aucun médicament à l’hôpital du Wakhan. La situation est très mauvaise.
    Si les femmes se rendent quelque part, elles doivent porter la burqa, mais les Wakhis sont pauvres. Ils ne peuvent pas acheter ce vêtement.
    [Ahmed a présenté le travail de sa femme, expliquant pourquoi elle n’est plus autorisée à travailler. Ceci n’est pas détaillé, ici, pour éviter son identification.]

    Les femmes wakhies sont-elles autorisées à travailler à l’extérieur, dans les champs, avec le bétail, etc. ?
    Elles doivent travailler. Il n’y a aucun autre moyen de subsistance.

    Alors, elles sortent seules dehors, sans burqa ?
    Oui. Mais elles se couvrent le visage.

    Les écoles sont-elles ouvertes ?
    Toutes les écoles sont fermées. L’université aussi.
    Tous les services sont arrêtés ici.

    Tous les services sont arrêtés sur ordre des talibans ?
    Oui.

    Ce n’est pas ce que nous entendons.
    Tu te souviens de l’office de tourisme ? Voici le bureau du tourisme et du gouverneur d’Ishkashim. Ici il n’y a aucun média pour montrer cela au monde.
    Voir les photos du bureau du gouverneur après la visite des Taliban
    C’est le poste de police près de la frontière d’Ishkashim si tu t’en souviens.
    Ils ont détruit tout le bureau d’Ishkashim.
    Voir les photos du poste de police après visite des Taliban

    4/...



  • Bernard Grua Bernard Grua 12 septembre 2021 13:33
    Y a-t-il un soutien de la part des Wakhis pakistanais vis a vis des Wakhis afghans ? Y a-t-il des passages via les cols de Broghil (3 798 m) ou d’Irshad (4 977 m) vers le Pakistan ?
    [Comme cela se faisait, dans les deux sens, depuis des temps immémoriaux, en cas de persécution.]
    Aucune aide du Pakistan. Personne ne traverse là-bas.
    Comment cela se passe-t-il entre le Pir Shah Ismaili [chef de la modérée communauté religieuse chiite ismaélienne du Wakhan] et les Taliban [extrémistes sunnites] ?
    Il est à Qala e Panja [milieu du corridor du Wakhan]. Il est silencieux. Il ne fait rien. Il n’a pas de de problème pour l’instant.
    Il y a quelques Taliban dans le corridor du Wakhan.

    Penses-tu que la Résistance puisse prendre le contrôle du couloir de Wakhan ?
    Je ne pense pas.

    Si vous détruisez les ponts entre Ishkashim et Bozai Gumbaz (Petit Pamir), les véhicules des Taliban ne pourront plus se déplacer.
    Les talibans y sont déjà.
    Mais ils sont peu nombreux.

    Si vous coupez les connexions, ils seront piégés.
    Personne n’est prêt à se battre contre eux.

    Les Taliban ont-ils tué des gens à Ishkashim et dans le Wakhan ?
    Non.

    Y a-t-il beaucoup de soldats tadjiks à la frontière ? Les Tadjiks ont-ils peur d’une éventuelle intrusion des Taliban dans le Pamir tadjik ?
    Oui, il y a beaucoup de militaires tadjiks à la frontière. Oui, ils ont peur des Talibans et des autres groupes terroristes.

    Y-a-t-il des Chinois dans le Wakhan afghan, en ce moment ?
    Non
    [Rappelons qu’Ahmed est à Ishkashim. Il peut ignorer ce qui se passe dans les confins du Petit Pamir, où des militaires chinois ont été observés au cours de ces dernières années.]

    Penses-tu que, sans la nouvelle route chinoise, les Taliban auraient pu aller plus loin que Sarhad e Broghil ?
    Le gouvernement chinois aime travailler avec les talibans.
    Je n’en sais pas plus sur la route (entre Sarhad e Broghil et Bozai Gumbaz) mais je sais que les talibans ont arrêté l’entreprise de construction dans le Petit Pamir.

    Les chinois ont besoin de cette route. Penses-tu qu’ils feront pression sur les talibans pour qu’ils laissent la route s’achever ?
    Je pense que oui.

    3/...

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