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Bovinus

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  • Premier article le 04/10/2011
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Derniers commentaires



  • Bovinus Bovinus 14 juin 2011 23:24

    Merci pour les compliments, ça fait toujours plaisir de voir qu’il y en a qui savent déchiffrer l’actu au delà de l’affaire DSK...

    Je suis lecteur régulier et assidu de mondialisation.ca (ainsi que globalresearch.ca , qui est la même chose en anglais, donc plus documenté). J’ai lu le papier sur une éventuelle confrontation Inde / Chine fomentée depuis Washington. C’est une piste évidemment intéressante pour les US, mais les chances de succès sont faibles, à mon humble avis.

    Le truc est que la Russie et la Chine ont besoin l’une de l’autre, autant sur le plan économique que stratégique et militaire. Le Pakistan irrite l’Inde, mais les Russes n’ont rien contre le Pakistan, ni d’ailleurs, contre l’Inde (excellent client et partenaire stratégique). En fait, à part les éternels Londres, Tokyo, Varsovie et Washington, la Russie n’a plus d’ennemis. Elle fera tout pour empêcher que ça ne dégénère, et l’Inde ne prendra pas le risque que cela dégénère, car elle est totalement à la merci des quelques 2000 missiles nucléaires que peut aligner Moscou, qui a d’excellentes relations avec Beijing. À titre de comparaison, les US en ont le double au moins (notamment parce qu’ils ne respectent pas leurs obligations de désarmement et qu’ils sont paranos), et la Chine, quelque chose comme 60-70. Ça donne une idée des ordres de grandeur.

    Toute la stratégie américaine depuis Reagan contre l’URSS et la Russie reposait justement sur l’idée de l’encerclement et de l’isolement, avant de passer au dépeçage. Les deux premières phases du plan avaient pas trop mal marché, mais un sursaut s’est produit au cours de la troisième phase, et tout ou presque est à recommencer : a présent, la Russie a reconstitué la plus grande partie des alliances centre-asiatiques perdues, s’est trouvé des tas d’amis, a recommencé à produire du matos de guerre (et à l’exporter). C’est l’Occident qui paraîtrait presque isolé, maintenant.

    Ce qui est ironique dans l’histoire, c’est que contrairement aux Russes, les Occidentaux n’ont tiré aucune leçon de la guerre froide. Au contraire, on s’acharne à perpétuer les anciens clichés, à appliquer les mêmes méthodes, à persister dans une idéologie qui n’a plus de sens. On a même réussi à refaire la connerie d’envahir l’Afghanistan. La seule voie possible pour en sortir, pour nous, c’est d’arrêter de jouer aux caïds. Personne ne nous menace, personne ne cherche à nous envahir ou à nous asservir. En persistant dans cette posture agressive et impérialiste, on se condamne à une éternelle fuite en avant, à la surenchère, et, au final, à l’autodestruction. Nul n’y a intérêt.



  • Bovinus Bovinus 14 juin 2011 19:04

    @ Ariane Walter

    S’agiter, vociférer, balancer des bombes partout n’est pas forcément synonyme d’efficacité. Ce serait même plutôt le signe le plus sûr de notre impuissance.

    Concernant la Chine, sa situation est grosso-modo celle-ci : elle a besoin d’un marché (de débouchés commerciaux, si vous préférez) et de ressources. L’Occident est ce marché, quant aux ressources, c’est compliqué, et elle est forcée d’aller les chercher un peu partout : Russie, Asie Centrale (c’est à dire, Russie), Iran, Afrique, Moyen-Orient. De plus, la Chine est détentrice d’un stock de dollars et d’obligations du Trésor US énorme, ce qui en soi, ne représente que dalle. Si elle les lâche sur le marché, elle achève le dollar, qui est déjà en phase terminale sans cela, mais si elle les garde, ce pouvoir d’achat sera s’épuise rapidement, du fait de la plongée du dollar. Pour cette raison, la Chine essaye d’acheter toutes sortes d’actifs tant qu’elle le peut : or, capital industriel, concessions d’hydrocarbures, matériel de défense, etc. Son objectif majeur est surtout de parvenir à se garantir des sources d’approvisionnement fiables, et de réorienter sa production vers son marché intérieur, que l’Occident essaye désespérément de conquérir. Elle est loin d’avoir la force de frappe de son voisin russe, mais convoite ses ressources ; cela, et l’attitude agressive de l’Occident ces dernières années, ont produit ce qui devait logiquement finir par se produire un jour ou l’autre : le rapprochement russo-chinois, qui pourrait bien éventuellement intéresser également l’Inde, éternellement en quête d’indépendance. Ou, du moins, la dissuader d’adopter une attitude hostile. Sa position, coincée entre la Chine, la Russie, l’Iran et le Pakistan n’est pas des plus confortables ; l’Occident pourrait chercher à en faire une tête de pont dans la région, ou s’en servir à des fins de déstabilisation, mais il est peu probable que l’inde y consente.

    La situation de la Russie est différente. Ses atouts principaux sont sa puissance militaire et technologique, sa richesse en ressources et en énergie, une diplomatie assez efficace et un très haut degré d’autonomie. Boudée par l’Occident jusqu’à une période assez récente, dotée d’une industrie peu adaptée à l’exportation, même si ça commence à venir, elle jouit d’une indépendance et d’une autonomie extrêmement élevées, y compris sur le plan alimentaire : en déficit chronique depuis la révolution de 1917, l’industrie agro-alimentaire russe est redevenue excédentaire il y a 5 ou 6 ans seulement. Elle est même à présent 3e exportatrice mondiale de blé. À la différence des économies « globalisées » de consommation, l’économie russe a toujours misé sur les fondamentaux : agro-alimentaire, industrie lourde, militaire, espace, aéronautique. Cela pourrait bien s’avérer payant dans le monde « déglobalisé » qui semble se profiler à l’horizon. De par sa position économique, sa diplomatie persévérante, et son aptitude à préférer le dialogue à la violence (à moins qu’on ne l’y oblige, comme ce fut le cas avec la Géorgie et auparavant, la Tchétchénie), elle est devenue un interlocuteur très apprécié par des tas de pays : Asie Centrale, Chine, Inde, Iran, Moyen-Orient en général, Amérique Latine. Il n’y a qu’en Afrique où elle n’est guère présente, mais même là, elle peut trouver des oreilles attentives (Algérie, Afrique du Sud et... Lybie).

    La question de savoir ce que la Chine ou la Russie peuvent « faire » pour la Libye est en fait sans intérêt : le mieux à faire est de ne rien faire du tout, en tout cas, sur le plan militaire. Ce serait donner le bâton pour se faire taper dessus. En fait, en s’impliquant sur un plan strictement diplomatique, la Russie agit assez intelligemment : il lui faut profiter de l’occasion pour discréditer l’OTAN autant que possible, et en profiter pour avancer ses pions en Syrie, en Palestine, en Égypte, en Afghanistan, dans le Caucase et en Ukraine, voire, peut-être, au Liban. N’oublions pas qu’il y a deux ou trois semaines, les factions rivales palestiniennes (Hamas, Fatah et deux autres, minoritaires) se sont officiellement réconciliées grâce à l’intercession de l’Égypte. Et quelques jours après, les représentants palestiniens étaient en visite officielle à... Moscou. Que sont-ils allés y faire ? On devrait le savoir assez vite : une demande de reconnaissance de l’État palestinien est en train d’être déposée à l’ONU et sera votée en septembre. C’est un événement géopolitique majeur, et un immense espoir pour le peuple palestinien.

    Quelques jours après ladite visite, Obama déclarait qu’il était favorable à une reconnaissance de l’État palestinien dans les frontières de 1967, pour tenter de sauver le peu de crédibilité qu’il lui reste. Si la Libye tient bon d’ici septembre, quel effet pensez-vous que va avoir l’éternel veto américain sur le monde arabe ? Vous l’avez compris : celui d’une bombe atomique. L’Occident est coincé : il va tenter à tout prix de faire tomber la Libye (d’ailleurs, il n’est pas dit qu’elle va cesser le combat après une éventuelle élimination de Khadafi), et de légitimer une éventuelle implication militaire en Syrie. De son côté, la Russie n’a qu’a guetter les erreurs, les incohérences et les mensonges occidentaux et de lancer une offensive diplomatique d’envergure au bon moment, en se faisant le porte-parole du monde arabe, de l’Eurasie et des non-alignés. L’Occident, de son côté, pourrait bien perdre beaucoup d’appuis et sera acculé : soit il acquiesce à tout ce que le Kremlin exigera, soit il continue de faire la sourde oreille et s’obstine sur la voie de l’escalade. Le monde entier verra alors qui nous sommes réellement : des pillards, des assassins et des menteurs. Cela risque de ne pas plaire... Profitons bien de l’été, car la rentrée risque d’être très mouvementée.



  • Bovinus Bovinus 14 juin 2011 16:27

    Hermès :
    Pasivité ? Il se passe d’autres choses dans d’autres parties du monde. Et le retrait annoncé d’afghanistan dessine peut-être un nouveau partage du monde entre les blocs.

    Il se passe même beaucoup de choses dans d’autres parties du monde. Il suffit de voir l’intense activité diplomatique en Eurasie ces derniers temps. Pendant qu’on s’acharne sur Khadafi et Assad, Hamid Karzaï en est à son troisième entretien officiel avec Medvedev de l’année, le Pakistan se met sous protection chinoise, dans quinze jours, l’union douanière Russie - Kazakhstan - Biélorussie entre en vigueur, de nouveaux armements chinois et russes deviennent opérationnels, des alliances se forment et des traités se signent et se raffermissent. Rien que du côté de la Russie, il commence à y en avoir quelques-uns : CEI (avec, à présent, une clause de défense mutuelle), Communauté Économique Eurasienne, OTSC. L’URSS est en train d’être reconstituée, sous d’autres noms et une forme différente, l’idéologie en moins, mais toujours avec le même objectif : perpétuer l’empire des tsars, l’étendre si possible. Et ce coup-ci, on ne peut même plus dire qu’il s’agit d’ « impérialisme » russe, puisque il n’y a pas eu de menace ou d’usage de la force. Poutine s’est servi de l’outil économique et surtout, énergétique, pour ramener les brebis égarées dans l’orbite de Moscou.

    Enfin, l’Organisation de Coopération de Shanghaï regroupe la plupart des ex-républiques soviétiques, la Russie, et surtout, la Chine. L’Iran et l’Afghanistan (!) seraient des candidats « pressentis ». Pour la Russie, l’objectif prioritaire est surtout la « récupération » de l’Ukraine, par l’intégration de celle-ci au sein de toutes ces structures économiques, politiques et militaires. Elle y parviendra forcément, la question est simplement de savoir quand et à quel prix.

    En réalité, la « guerre » contre le monde arabe n’est qu’une pantomime de ce qui avait foiré en Asie centrale au milieu des années 2000-2010 (vague de révolutions « colorées », arrivée de pouvoirs pro-occidentaux, arrivée de troupes occidentales). Les USA ont tenté d’y prendre pied dès la fin de l’URSS, mais ont finalement été virés grâce à une politique russo-chinoise déterminée et efficace. Ils sont en train d’y solder leurs positions, et se redirigent vers un autre théâtre d’opérations, qui est logiquement le Moyen-Orient et l’Afrique. Cette zone est en train de devenir le lieu du prochain round de la confrontation globale Occident - Eurasie. Difficile de dire comment cela va se terminer, mais probablement très mal. Ce qui est inquiétant, c’est surtout que dans l’inconscient local, ce sont nous qui y avons le rôle du « méchant ». À force de trop abuser de la propagande pro-démocratique, nous avons totalement dilapidé son potentiel séducteur (y compris chez nous), si bien que plus personne n’y croit plus, si ce n’est quelques imbéciles ou quelques larbins payés pour faire semblant d’y croire.

    En adoptant une attitude arrogante et néo-colonialiste au Moyen-Orient, en faisant le choix de la confrontation avec l’Eurasie (élargissement perpétuel de l’OTAN, ridicule bouclier anti-missile...), l’Occident est en train de creuser sa propre tombe. En nous faisant complices de cette politique prédatrice et suicidaire, en négligeant de s’y intéresser et de protester bruyamment, nous nous faisons complices de notre propre enterrement. Nous ne sommes plus les plus riches, nous ne sommes plus les plus forts et notre avance technologique est de plus en plus précaire. Nos interventions militaristes des 20 dernières années, de l’Irak à la Libye, en n’oubliant pas le démembrement de la Yougoslavie, ont, de plus, sérieusement compromis la légitimité de l’ONU, devenu une sorte de chambre d’enregistrement de la politique étrangère occidentale.

    Quand le dollar et l’euro finiront par s’effondrer pour de bon (ce qui ne devrait pas trop tarder à se produire), on aura l’air très con. L’Eurasie va-t-elle nous faire crédit ? Le groupe BRICS va-t-il renflouer nos banques ? Rien n’est moins sûr.



  • Bovinus Bovinus 13 juin 2011 20:59

    Marc Gelone :
    C’est du baratin. Le peuple européen n’existe pas, donc son irréversible communion non plus. Et pas davantage l’unicité du continent ou les aspirations fédéralistes. Quant à votre heureux (sic !) élan pacifique, il laisse l’Europe sans repoussoir contre lequel se construire.

    Pour une fois, je suis d’accord avec mon meilleur adversaire.

    Quand il dit que le peuple « européen » n’existe pas, il a terriblement raison. Le peuple européen existera quand il n’en restera plus qu’un et que tous les autres auront été éradiqués ou détruits de l’intérieur (par une immigration massive et non assimilée, ou non gérée, par exemple, mais surtout, par l’américanisation de masse via Hollywood et la « culture MTV »). En attendant ce glorieux moment, il devient manifeste qu’une quelconque Europe ne peut se construire que par une alliance des peuples. L’alliance par le commerce ayant gravement foiré, il faut à présent envisager autre chose. Le plus logique et le plus probable sera l’alliance contre un ennemi quelconque. Je ne pense pas que les nations islamiques ou africaines ont vocation à être cet ennemi. Une fois que l’ennemi islamique actuel aura été totalement soumis, le prochain ennemi sera à nouveau Moscou. Éternelle erreur de l’Europe ! L’ennemi véritable est de l’autre côté de l’Atlantique...



  • Bovinus Bovinus 13 juin 2011 02:35

    Merci bien, je vais étudier ça.

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