« Eh bien, ce que vous proposez ressemble à la politique de l’Union Soviétique de Brejnev qui expulsait les dissidents... »
Je crois pas que vous n’avez pas bien saisi le sens de mes écrits. Ceux-ci ne faisaient nullement de façon voilée l’apologie de l’URSS à la sauce Brejnev. Bien au contraire...
Ce à quoi j’aspire laisse la possibilité, la liberté à chacun de quitter ou pas telle ou telle communauté, quelle que soit sa nature (quartier, commune, région, nation, entreprise, religion, club sportif...), comme cela se fait encore (fort heureusement !) de nos jours dans nos sociétés. Et ce sans que cela ne nuise à l’organisation de l’ensemble, autrement dit à la fédération laquelle reposera sur des piliers autres que ceux consubstantiels au capitalisme.
Il n’est donc absolument pas question d’expulser les dissidents.
« Or la polarisation des opinions engendre le conflit, et à l’extrême nous avons la guerre. Comment empêcherez-vous que les conflits naissent entre eux ? »
Vous confondez discussion et conflit cher ami. Que l’on s’unisse selon une communauté d’affinités ou d’affects est on ne peut plus naturel et sain. Rien de négatif dans tout cela. Maintenant pourquoi voulez-vous que telle communauté autonome (et non indépendante : vous semblez confondre les deux concepts) entre en conflit avec telle autre puisque - n’étant pas indépendante mais autonome justement - elles se fédéreront autour de valeurs communes ? Et puis même au sein de chacune de ces communautés, l’uniformité ou l’harmonie totale ne régnera sans doute pas non plus en maîtresse. Faudra-t-il s’en plaindre. Non bien sûr ! Ne dit-on pas que de la discussion (donc de la confrontation d’idées différentes) jaillit la lumière ?
« Dans ce cas, je puis vous opposer un autre exemple, qui est celui des communautés autarciques spirituelles de la seconde moitié du XXe siècle. Toutes ont échoué ; l’histoire de la plus connue d’entre elles, celle fondée par Sri Aurobindo sous le nom d’Auroville, illustre à elle seule une grande partie des problèmes inhérents à la nature humaine qui sont de nature à faire diverger un système sociétal de son équilibre de stabilité. »
Sauf que l’on ne saurait comparer un « mastodonte » comme l’URSS avec des cas isolés (de surcroît plus ou moins autarciques) relevant de l’expérimentation tel celui d’Auroville (qui soit dit en passant n’a pas échoué à proprement parlé). A ces échecs il sera toujours possible d’opposer des réussites (telle l’expérience de Marinaleda en Espagne).
Ces échecs - depuis ceux des premiers socialistes Fourier, Cabet, Owen - sont le fait de leur isolation justement : autrement dit, l’incompatibilité d’humeur entre les membres de ces micro-communautés ne souffrait aucun recours et vouaient celle-ci à l’insuccès. Or sur une échelle nettement plus grande (nationale ou autre) ces problèmes d’incompatibilité sont bcp moins prégnants puisqu’il sera toujours possible de recourir à des « transferts » (si j’ose dire) entre membres de communautés (terme générique utilisé ici pour désigner tout regroupement humain organisé), certes fédérées autour de valeurs communes mais fonctionnant sur un mode autonome. De sorte que si la communauté X ne me convient plus pour des raisons diverses et variées, je pourrai toujours aller voir du côté de la communauté Y ou Z, chose que ne peuvent faire les membres de micro communautés isolées dans un océan hostile - quand on sait aussi à quel point l’isolation, la sensation de fermeture, de coupure peut devenir un facteur de tensions internes.
Non puisque ce que vous avancez ("
Les tares ne viennent pas des systèmes, elles viennent des hommes« ) revient à dire qu’il faut créer un »homme nouveau" pour aboutir à un monde meilleur.
Vous vous méprenez aussi sur les Sioux. La société sioux était organisée de telle manière qu’elle réduisait à néant toute velléité exessivement égocentrique. Autrement dit l’égocentrisme inhérent à l’homme n’avait pas la même portée que dans les sociétés organisées sur le mode capitaliste, lesquelles tendent au contraire à encourager ce même égocentrisme (lire à ce propos Adam Smith par exemple)
Quant à l’URSS, les efforts auxquels vous faites référence n’ont jamais mis à mal les piliers du capitalisme que sont : l’accumulation du capital, le salariat, la compétition et le productivisme. D’où l’appellation de capitalisme d’Etat utilisé justement pour qualifier la nature du système soviétique.
On en revient donc à la problématique de départ : qui peut croire encore aux vertus du capitalisme ?
« Les tares ne viennent pas des systèmes, elles viennent des hommes ».
Pour ma part, je pense que c’est l’inverse. Qu’est-ce qui incitent Sitting-Bull et son peuple à agir de la sorte ? La nature de chaque individu constitutif du peuple Sioux ? Non : plutôt la nature organisationnelle de ce même peuple.
A mon sens, l’Homme ne naît ni bon ni mauvais ; c’est l’environnement dans lequel il vit qui bien souvent détermine son comportement social. Je n’ai malheureusement pas le temps de développer davantage. Je vous suggère donc de lire (voir le lien ci-dessous) le texte de François Châtel sur la question, texte fort intéressant et bien étayé. Bonne lecture.
« Ah bon. Autrement. Ben ouais, rien n’empêche de faire autrement... Mais enfin, vous ne m’avez pas l’air d’avoir une idée bien précise de cet autrement, me trompe-je ? »