Désolé
de répondre aussi tard, j’étais très occupé ces derniers jours.
Je sais bien que, après trois ou quatre jours, il n’y a plus
personne dans les commentaires, mais bon... En sortant, j’éteindrai
la lumière.
Votre
définition n’est pas mauvaise, mais elle s’applique plutôt à
la superstition. Ce n’est pas le déterminisme qui est en jeu ici
puisque les phénomènes humains intentionnels n’obéissent pas
moins au déterminisme que les phénomènes humains non intentionnels
ou que les phénomènes naturels. Pour ma part, je vois un défaut
commun aux complotistes et aux anti-complotistes : la
surinterprétation.
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Les complotistes surinterprètent quand ils expliquent tout en
fonction d’une seule grille de lecture, leur « théorie »,
sans envisager d’autres possibilités, d’autres lectures. Ils
sont prompts à classer un fait en l’intégrant à leur théorie,
et ont oublié d’appliquer leur scepticisme à leurs propres
croyances. Ils ont un paradigme, qui fonctionne comme une foi
religieuse.
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Les anti-complotistes font exactement la même chose, simplement ils
ont opté pour la thèse opposée. Cette thèse consiste à penser
que ceux qui nous dirigent ou qui ont du pouvoir financier veulent
globalement notre bien. Ils ne voient, dans ce qui se passe, aucune
intentionnalité malveillante ou égoïste. La malveillance et la
nuisance volontaire ne sont pas envisagées comme une hypothèse
valable. Ils lui préfèrent systématiquement l’hypothèse de
l’incompétence ou de la bêtise. Ils ont, eux aussi, un paradigme
qui fonctionne comme une foi religieuse.
Vous
n’avez pas répondu à ma question sur la valeur d’usage du mot
« complotisme ». Pourtant c’est là qu’est le cœur
du problème. Je ne vous en veux pas, je sais que vous n’avez pas
voulu réfléchir à cette question parce que cela vous aurait obligé
à voir ce que vous ne voulez pas voir. Ce que vous ne voulez pas
voir, c’est la supercherie qui consiste à mettre dans la catégorie
« complotisme » ceux qui sont sceptiques, ceux qui
n’adhèrent pas aux discours dominants, c’est-à-dire en somme
aux discours officiels. En les amalgamant sans le moindre scrupule
avec, par exemple, ceux qui croient que la terre est plate, les
anti-complotistes les font taire, car tel est le but. Et pour les faire
taire, il ne leur suffit pas de réfuter, il faut les dénigrer, les
ridiculiser, les mettre à l’index. Traiter quelqu’un de
complotiste équivaut à une excommunication : vous êtes exclu
de la communauté de foi. Tant que la tolérance et la liberté de
penser ont cours, le complotiste ne risque rien, sauf le désagrément
d’être perçu comme un mouton noir, que ce soit sur son lieu de
travail ou dans son cercle de connaissances.
Je
n’ai rien contre le fait que vous continuiez d’employer ce mot,
car le complotisme est un biais psychologique qui existe. Mais, de
grâce, ne l’employez pas à tort et à travers, comme un mot
fourre-tout pour ranger dedans tous ceux qui n’adhèrent pas à la
doxa dominante. Si vous voulez être honnête, évitez de l’utiliser
pour désigner ceux qui pensent que le gouvernement nous ment et
qu’il est sous l’influence de grands groupes financiers.
@eddofr Vous arrive-t-il de douter de la pertinence du terme « complotiste » ? A-t-il un sens univoque ? Avez-vous pris le temps de réfléchir à la genèse de ce mot ? À sa provenance ? Vous êtes-vous interrogé sur l’usage qui en est fait, c’est-à-dire sur sa valeur d’usage ?
@sylvain Je suis d’accord avec vous. C’est
ce que je dis à mes amis ukrainiens lorsque nous parlons politique,
ce qui arrive rarement car, ici en Ukraine, il vaut mieux ne pas
afficher ses opinions politiques quand celles-ci s’écartent du
discours officiel, quand celles-ci s’opposent à la dictature de la
pensée, à la dictature tout court. Il vaut mieux être prudent.
L’histoire de l’Ukraine est une histoire complexe, et surtout –
ce que montre bien l’article – elle s’est constituée sous
l’effet d’influences extérieures occidentales hostiles à la
Russie. L’histoire de l’Ukraine n’est malheureusement pas
l’histoire de l’unité ukrainienne mais l’histoire de la
séparation d’avec la Mère Patrie russe. C’est une histoire qui
est fondée, dès le départ, sur la division, sur l’arrachement
d’une partie du peuple russe qui s’est retrouvée, par l’effet
des luttes d’influence et des convoitises des puissances riveraines
– dans cette partie occidentale du monde russe – sous la
domination de ces puissances, d’abord par simple colonisation, puis
par ingérence politique et culturelle.
Mais
quelle que soit la manière dont l’entité ukrainienne s’est
formée, elle s’est formée. Qu’un enfant soit un enfant légitime
ou un enfant « naturel », peu importe, l’enfant est né.
Savoir si l’Ukraine est un pays factice ou un véritable pays riche
d’une histoire séculaire, est un faux problème. Au fond, un pays
est toujours une construction artificielle. Que ce soit par conquête
territoriale, par don d’un pays à un autre, par mariage princier
ou par création administrative, il y a un peuple qui se constitue
sur un territoire défini par les aléas historiques. Ce peuple
acquiert, avec le temps, une forme d’identité et d’unité, et ce
quelle que soit la manière dont il a été engendré : le temps
fait son travail, pour autant que la structure politique fédérant
les différences assure le bien-être à la population. Si cette
identité n’est pas ethnique (et pourquoi devrait-elle être
ethnique ?) elle n’en est pas moins réelle, surtout si elle exprime
une volonté de vivre ensemble. L’Ukraine réunit trois de ces
caractéristiques, c’est pourquoi on peut qualifier ce pays
d’entité artificielle. Cependant, comme je l’ai dit, tout pays
est le résultat d’un processus historique artificiel, à moins que
l’on considère qu’une conquête est un processus naturel et
légitime, ce qui est absurde.
L’Ukraine
aurait pu être une sorte de paradis, un espace où vivent
différentes ethnies, différentes langues, différentes cultures,
dans l’harmonie, le respect mutuel et la poursuite d’un bien-être
et d’un bénéfice communs. Elle aurait pu être une sorte d’Europe
miniature, avec ses Hongrois, ses Roumains, ses Ukrainiens de
l’ouest, ses Polonais, ses Grecs, ses Juifs, ses Russes. Ou alors
une sorte de grande Suisse.
L’ex
président Yanoukovitch avait bien compris le profit qu’on pouvait
tirer de cette position privilégiée de l’Ukraine, sorte de trait
d’union entre l’Europe et sa partie orientale qu’est la Russie.
Il était incompétent et corrompu jusqu’à la moelle, mais au
moins il avait compris l’intérêt, pour son pays, de faire valoir
sa position hautement stratégique et géopolitiquement cruciale, en
essayant d’obtenir des avantages des deux côtés. L’Ukraine
avait tout pour réussir, elle aurait pu être florissante et
prospère. Malheureusement, elle a été gouvernée par des élites
qui n’ont fait que dilapider le patrimoine industriel et
technologique légué par l’Union soviétique : l’incompétence
et la corruption des élites politiques ont gâché les atouts dont
disposait l’Ukraine. Le nationalisme stupide fondé sur l’exclusion
et la volonté d’ukrainisation forcée, et donc d’uniformisation,
ont fini le travail, sabotant le pays, dans une totale inconscience
et en précipitant le pays, par stupidité idéologique, vers son autodestruction. L’Ukraine a été livrée, depuis 2014, à ce
qu’il y a de pire en elle, sa faction nationaliste aux relents
nazis. Faction largement minoritaire mais suffisamment influente, par
sa violence, pour orienter la politique du pays, politique
sponsorisée par l’Occident. Inconsciente de ses actions et de
leurs conséquences désastreuses, elle a pris le pays en otage pour
qu’aucun changement bénéfique pour le pays ne soit possible, se
lançant tel un bolide sans frein dans une voie suicidaire,
satisfaisant à la fois les aspirations idéologiques de ses
composantes extrémistes et les intérêts géopolitiques de ses maîtres occidentaux. C’est un gâchis monumental auquel nous
assistons. La composante russe est, et devrait être, aussi
importante que la composante ukrainienne. C’est une richesse
linguistique qu’il serait stupide, et même criminel, de supprimer.
Les Ukrainiens sont bilingues. Pour combien de temps encore ? On
pourrait même imaginer (pourquoi pas ?) que les Ukrainiens parlent
(ou comprennent) plusieurs langues qui sont parlées en Ukraine,
comme le roumain, le polonais ou le hongrois, en les enseignant à
l’école dès le plus jeune âge. Au lieu de cela, la bêtise et la
folie règnent au sommet de l’État, avec des élites pro-gouvernementales s’imaginant que l’uniformisation est la solution
alors qu’elle est le problème. Dans le contexte ukrainien,
l’uniformisation forcée est un crime, un ethnocide. Son instrument est la propagande, la coercition, la falsification de l’histoire et de la mémoire des populations qui
peuplent ce territoire qu’on nomme Ukraine. Le peuple, impuissant
et résigné, assiste à cette folie, et attend des jours meilleurs.
« Dire non aux vaccins revient à polluer ou intoxiquer son entourage, un peu comme les fumeurs dans une voiture. »
Comparaison n’est pas raison. J’espère que, passée l’émotion et avec quelques jours de recul, vous vous rendez compte que cette comparaison est foireuse.
Elle est d’autant plus foireuse qu’il est possible que ce soient au contraire les vaccinés qui intoxiquent les non vaccinés en contribuant à créer des variants plus résistants et plus virulents.