Filip Reyntjens a rédigé la
constitution du régime ethniciste dirigé contre les Tutsi. Il défend ses
protégés, même si leurs successeurs ont commis le génocide des Tutsi. Cet
universitaire belge est d’une partialité notoire dans cette affaire.
Pour le reste, comment peut-on mettre en balance le génocide
des Tutsi, fait majeur, et d’éventuels crimes politiques dont les auteurs ne
sont pour la plupart du temps pas connu, souvent hypothétiques, voire désignés
par des personnes qui ont des comptes à régler ?
Cet article poursuit la même stratégie que celle de tous
ceux qui défendent mordicus la position des autorités françaises de l’époque :
essayer de prouver que le FPR et son chef seraient plus criminels que les
génocidaires que la France a soutenus, avant, pendant et après le génocide.
Ils s’imaginent que cela pourrait "retourner
l’opinion". Ils s’imaginent que cela pourrait les disculper dans l’opinion
de toute complicité dans le génocide des Tutsi. Ils continuent dans leur
aveuglement et restent aveugles. Ils ont peur car la complicité dans le
génocide des Tutsi devrait tomber sous le coup de la loi de façon imprescriptible, selon
la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée
par l’Assemblée des nations unies en décembre 1948.
Jusqu’où alla la complicité de la France dans le génocide
des Tutsi ? Lisez ce compte-rendu de l’audition du général Varret, chef de la mission militaire de coopération au ministère de la défense, par les
députés français en 1998 :
« …Le Général Jean
Varret a souligné que l’ambassadeur souhaitait une redéfinition de la coopération
militaire, notamment à l’égard de la gendarmerie rwandaise, qui se comportait
en véritable armée, et la transformation de la garde présidentielle en garde
républicaine, mais il a jugé que l’objectif souhaité par l’ambassadeur, d’en
faire une gendarmerie à la française, n’avait pas été atteint. Il a rappelé
qu’à la suite de divers attentats, la gendarmerie rwandaise avait demandé, avec
l’appui de l’ambassadeur, une formation d’officier de police judiciaire (OPJ),
afin de pouvoir mener efficacement des enquêtes intérieures. Il a précisé qu’il
n’avait envoyé que deux gendarmes car il s’était vite rendu compte que ces
enquêtes consistaient à pourchasser les Tutsis, ceux que le Colonel Rwagafilita
appelait “ la cinquième colonne ”. Cette action de formation a donc échoué. M.
Bernard Cazeneuve s’est demandé s’il fallait comprendre que le souhait du
Gouvernement rwandais de former des officiers de police judiciaire était en
fait motivé par le désir de ficher les Tutsis. Le Général Jean Varret a confirmé
que c’était effectivement son sentiment et qu’il avait tout fait pour freiner
cette coopération avec la gendarmerie rwandaise, qui est demeurée
superficielle. »
En réalité le général Varret aurait voulu que cette
coopération reste superficielle, mais il fut désavoué par l’état-major français, comme
il le dit dans cette audition et comme il le confirmera dans son livre en 2018.
Des Français ont donc contribué à "ficher des
Tutsi". C’est avéré et confirmer par des documents connus.
En 1992, une équipe de cinq officiers de police judiciaire
français a aidé le gouvernement qui préparait le génocide à réorganiser le
« fichier central » rwandais, c’est le terme rwandais qui désignait le
fichier et le bâtiment où il se trouvait. Notamment des documents non contestés attestent qu’ils ont informatisé le
fichier PRAS, fichier des personnes à rechercher et à surveiller. Tous ceux qui
ont connus le Rwanda à cette époque savent que ces personnes étaient des Tutsi,
considérés comme des ennemis de l’intérieur, complices du FPR
de l« extérieur », formé de Tutsi exilés sous la violence.
En 1992 également « la définition de l’ennemi »,
diffusée par l’armée rwandaise, déclarait que " L’ennemi principal est le
Tutsi de l’intérieur ou de l’extérieur extrémiste et nostalgique du pouvoir,
qui n’a jamais reconnu et ne reconnaît pas encore les réalités de la Révolution
Sociale de 1959, et qui veut conquérir le pouvoir au Rwanda par tous les
moyens, y compris les armes. Le partisan de l’ENI est toute personne qui
apporte tout concours à l’ennemi principal. ".
D’ailleurs il est avéré que dès octobre 1990 dix-mille Tutsi
de l’intérieur furent emprisonnés par la gendarmerie rwandaise, simplement parce qu’ils étaient Tutsi. la
Belgique a quitté aussitôt le Rwanda, mais la France s’est engagée au côté du régime ethniciste. Plusieurs
massacres de masse de Tutsi eurent lieu de 1991 à 1993. Ces officiers de police judiciaire français n’ont jamais dit un mot là-dessus alors qu’ils étaient
présents au Rwanda, pays plus petit que la Bretagne, et alors que des documents
montrent qu’ils connaissaient ces faits. Ces officiers français faisaient plus du renseignement de guerre orienté contre l’ennemi principal que des enquêtes.
Le moins que l’on puisse dire est que les autorités
françaises des années 1990 ont pleinement obtempéré devant cette définition de
l’ennemi clairement ethniciste.
Voilà pourquoi cette complicité française est allée très
loin, beaucoup trop loin, et pourquoi certains Français ont peur et racontent n’importe quoi pour se
défendre.
Mais franchement 5 mois pour préparer une analyse d’un bouquin ? est-ce le cœur du sujet. Le problème de ce Que sais-je
ce sont ses non-respects de plusieurs citations constatées avec rigueur par le travail de
Survie. Ces non respects ne semblent pas être des erreurs ou relever d’un manque de rigueur, ce qui serait étrange de la part d’un universitaire, mais s’oriente toujours dans le sens d’une certaine lecture des faits facile à identifier quand on connait la polémique franco-rwandaise.
Pourquoi vouloir échapper au nœud du problème avec une histoire de délai tout à fait secondaire ? Votre propre article paru en octobre ignore cette analyse de Survie... ou feint de l’ignorer alors qu’elle est peut-être sa raison d’être pour tenter de refaire crédibiliser ce livre très contestable par plusieurs trahisons du lecteur. Si vous aviez fait une lecture attentive du livre et si vous aviez vérifié certaines citations vous auriez découvert ces supercheries. Elles nous sautent aux yeux à première lecture car nous connaissons les productions de l’auteur du livre et celles de ceux qu’il cite. Cela démontre que vous ne connaissez pas bien le sujet.
@Luc-Laurent Salvador Vous écrivez « écœurante association Survie » et pourquoi donc « écœurante » ? Parce qu’elle dénonce des malversations intellectuelles dans ce « Que Sais-je ? ». Ce sont ces malversations qui justifient votre qualificatif : il suffit de lire l’analyse de Survie pour vérifier que ces malversations sont incontestables. Si vous ne faites pas cette vérification votre jugement restera dans le domaine de la propagande pure et simple.
1-Vous affirmez que les missiles utilisés sont des SAM. Vous
n’en avez aucune preuve. Mais ce type de missile dans certaines version (Sa-16
Gimlet notamment), peut être tiré frontalement de nuit selon le rapport des
experts de la justice française. Il pourrait aussi s’agir de missiles mistrals
dont les FAR disposait d’une quinzaine d’unité selon le rapport des députés
français.
2-Tout votre référentiel de source est celui des responsables français et des
génocidaires pour tenter de justifier pour les uns l’implication de la France
et pour les autres le génocide ; c’est plutôt troublant.
3-dans les mises en cause à propos de la RDC/ex-Zaïre il conviendrait d’ajouter
la formation des génocidaires des camps de réfugiés après le génocide par
l’armée française. Ça c’est un autre vrai problème. Le soutien de la France aux
génocidaires, après le génocide en RDC est particulièrement grave et
injustifiable. le soutien de la France à ces groupes criminels a grandement contribué à la déstabilisation durable du Kivu en RDC et à la souffrance des congolaises.
4-le documentaire de la BBC auquel vous faites référence est un montage
négationniste probablement monté en réaction au documentaire belge "Devoir
d’enquête : l’enquête manipulée" évoquant l’enquête du juge Bruguière
littéralement démontée par celle du juge Trévidic. Ce qui est troublant c’est
que la BBC se soit laissée débordée par cette désinformation.
Le documentaire belge et le rapport des experts français sur l’attentat en ligne ici : http://cec.rwanda.free.fr/informations/attentat.html