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Éric Guéguen

Éric Guéguen

Le monde actuel en 20 penseurs :
 
Platon - Aristote - Lucrèce - Farabi - La Boétie - Montaigne - Spinoza - Rousseau - Hegel - Tocqueville - Nietzsche - Ortega y Gasset - Polanyi - Strauss - Arendt - Vœgelin - Villey - Dumont - MacIntyre - Lasch
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« Le citoyen typique, dès qu’il se mêle de politique, régresse à un niveau inférieur de rendement mental. Il discute et analyse les faits avec une naïveté qu’il qualifierait sans hésiter de puérile si une dialectique analogue lui était opposée dans la sphère de ses intérêts réels. Il redevient un primitif. Sa pensée devient associative et affective. »
 
(Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, Quatrième partie, XXI, 3 (p.346)).
 
Contact : [email protected]
Le Miroir des Peuples, éditions Perspectives Libres, 2015

Tableau de bord

  • Premier article le 14/08/2012
  • Modérateur depuis le 01/12/2012
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Derniers commentaires



  • Éric Guéguen Éric Guéguen 3 décembre 2012 12:59

    Très cher Machiavel, je savais bien que j’avais tout à gagner à vous inviter au débat ! Non pas parce que vous me mettez en porte-à-faux (ce serait trop simple smiley ), mais parce que votre question « 1 » me paraît fon-da-men-tale. Donc merci, cher collègue.

    Je vous réponds :

    1. Je vais faire simple. Ce que j’ai lu me pousse à voir le modèle antique comme pouvant être symbolisé par une molécule composée d’atomes. Ces atomes existent bel et bien, mais hors de la molécule, ils n’existent pas. De son côté, sans ses parties intégrantes que sont les atomes, la molécule n’a aucune raison d’être. Les Grecs, notamment, partent de cette idée de molécule. Pour que celle-ci se développe au mieux, il faut permettre à chaque atome, pris individuellement, de donner le meilleur de lui. D’où le besoin de libertés « individuelles » (même si le mot est un anachronisme relativement à l’Antiquité). Mais chaque atome sait pertinemment qu’il n’est qu’un atome !!! Le bien commun est du ressort de la molécule, de son développement.
    Que nous présente le modèle moderne ? Celui d’atomes préalables formant une molécule par leur seule volonté et pour leur seul intérêt bien compris. Chaque atome, cette fois, revendique sa liberté comme condition préalable à son adhésion à la molécule (comme si le moindre atome parmi nous était capable de vivre isolément...). La molécule n’est plus ici une matrice, mais un moyen de parvenir à ses fins... personnelles. Et qu’appelle-t-on dans ce cas « bien commun » ? Le contentement du maximum d’atomes.

    Autrement dit, si vous m’avez bien suivi, le Grec de l’Antiquité s’arrachait de la molécule originelle pour se donner les moyens de développement personnel, puis se faire un honneur (vanité ?) de faire profiter à la molécule du fruit de ce développement. Le Français contemporain, lui, n’entend le mot « molécule » que dans la mesure où il peut en tirer un avantage personnel (redistribution des impôts, par exemple), pour s’en désolidariser à nouveau après contentement, « au nom des Droits de l’Homme », bien sûr.

    Voilà pour les deux notions d’individualisme. Bien entendu, je ne nie absolument pas que des Grecs aient pu être égoïstes et que des Français soient soucieux d’un bien transcendant les intérêts subjectifs, je dis simplement que la perspective anthropologique a changé de manière, semble-t-il, irréversible et qu’il faut en être bien conscient.

    2.Les Athéniens vivaient, à mes yeux, dans une « communauté », précisément pour la raison mentionnée dans le « 1 ». Une communauté n’est pas une molécule fondée sur la volonté des atomes, elle est éminemment déterministe. La seule entité moderne à s’en rapprocher est la nation. Or, vous savez tout aussi bien que moi ce que les forces du progrès ont fait pour la détruire... Ils pleurent aujourd’hui sur ses décombres en déplorant la société de consommation, l’égoïsme galopant et la justice bafouée ? ils en sont les premiers coupables.
    Le terme de « société » me dérange. Tout autant d’ailleurs que le « social ». C’est une plaie. Quand j’entends parler de « justice sociale », je dégaine mon Aristote. La « justice sociale » n’est rien d’autre que l’égalité fardée. Le principe de justice se suffit à lui-même.

    3. Le problème majeur, pour revenir à l’idée de communauté, fût-ce de 65 millions d’âmes (pourquoi pas !), c’est de désolidariser richesse et pouvoir. Je ne dis pas de faire en sorte que les pauvres aient le pouvoir, mais de tout mettre en œuvre pour fonder le bien commun sur des valeurs bien plus hautes que le pouvoir d’achat. La démocratie actuelle est le régime d’une société d’individus qui ne sont, pauvres comme riches, que des estomacs sur pattes. La gauche a tout fait pour ça, et la droite s’en frotte les mains.

    Bon ap’ !



  • Éric Guéguen Éric Guéguen 3 décembre 2012 12:28

    @ Peretz1 :

    Nous ne partons déjà pas sur les mêmes bases.
    Je n’oppose pas stricto sensu démocratie et tyrannie, il y a une part de la démocratie qui tend déjà vers la tyrannie (celle de la majorité). Entre les deux, il y a des nuances à rechercher.

    Ensuite, sur le référendum, non, pas « OK ». Vous partez du principe que tous les avis se valent, comme la plupart des gens d’ailleurs. Je dis que l’avis d’un analphabète sur l’institution d’une loi, ses tenants et ses aboutissants, qui n’a, pour s’instruire, que ce que lui en disent les sophistes modernes (TF1 et consorts) ne vaut pas celui d’un homme avisé, renseigné sur la question (j’ai lu un avis du même genre plus haut ou plus bas, je ne sais plus, peut-être même de votre fait).

    Néanmoins, je vais sans doute vous surprendre et aller dans votre sens sur un point précis : les gagas de la Pnyx oublient souvent que ce n’est pas parce que 6000 citoyens s’y rassemblaient qu’ils avaient tous voix au chapitre ! La prise de parole se limitait à 5 à 10 orateurs de génie (les Lysias, Isocrate ou Démosthène), les plus exercés et les plus doués. Il fallait avoir un sacré savoir et un bagout poussé pour s’y risquer ! Bien plus que nous autres, derrières nos petits pseudos, devant nos écrans ! De nombreux citoyens étaient des incapables en la matière et se contentaient de donner leur aval à tel ou tel, de manière passive. On retombe là dans la représentation, à peu de choses près. Le tirage au sort avait surtout pour fonction de désigner certains magistrats... mais surtout pas les stratèges ! Fonction bien trop importante pour la confier au sort ! Beaucoup d’hypocrisie dans tout ça, n’est-ce pas ?...

    PS : Attention, je ne suis pas tant amoureux transi du tirage au sort qu’ennemi acharné du suffrage. Le suffrage ne me semble valable que dans de petites communautés homogènes. Petites car elles laissent les moyens à chacun de connaître personnellement n’importe qui (candidats inclus), homogènes car lorsqu’il y a de grandes disparités d’instruction, la « qualité » du vote est tirée vers le bas.



  • Éric Guéguen Éric Guéguen 3 décembre 2012 11:46

    @ Stalouk :

    Merci encore pour votre franchise.
    Tout d’abord, vous m’accorderez que nous sommes au moins toutes et tous d’accord pour dire que nos dirigeants sont des clowns, il ne faut pas avoir fait Sciences Po pour s’en convaincre.
    Ensuite, n’allez surtout pas croire que mon but soit de ridiculiser Étienne Chouard, je ne fais pas partie de ses détracteurs, je me contente de le critiquer sur certains points, choses d’autant plus importantes selon moi que je constate que certains n’ont plus d’yeux que pour lui. Un exemple : tapez « Manin gouvernement représentatif » sur Amazon. Vous allez tomber sur le bouquin en question, qui est l’évangile de Chouard, et regardez ensuite les livres que les gens ont généralement achetés sur ce site en plus du Manin : celui de Hansen sur la démocratie athénienne, celui d’Alain sur les pouvoirs et celui préfacé par Étienne Chouard lui-même sur la dette publique. Les trois premiers sont ses conseils de lecture. Et je ne remets pas en cause la qualité de ces ouvrages (je n’ai pas encore lu le livre d’Alain, je parle surtout des deux autres), mais je me dis ceci : Chouard invite à sortir des sentiers battus, partant de là, il bat de nouveaux sentiers sur lesquels le suivent tous ses auditeurs, aveuglément pour certains.

    Que dire maintenant de Chouard lui-même ? Je vais vous faire deux aveux. Le premier, c’est que j’ai volontairement orienté le titre de mon article. « Discours de Condorcet » eût été moins Rock’n Roll, et la démocratie a précisément besoin de ce genre d’accroches commerciales pour attirer l’œil (on reviendra plus tard, si vous le voulez, sur la composante hautement commerciale de la démocratie). Néanmoins, bien sûr, je pense sincèrement que Chouard a volontairement fait l’impasse sur cet éminent personnage car il ne calque pas avec sa vision manichéenne de la politique (je vais y revenir, car c’est l’un des principaux reproches que je lui ferais). Ceci dit, cher Stalouk, deuxième aveu de ma part, lorsque je l’écoute, que je le vois se torturer l’esprit et chercher une citation dans un bouquin couvert de stabilo… je me retrouve totalement en lui, je suis atteint de la même maladie et ma bibliothèque personnelle n’est pas loin d’être le même foutoir que la sienne. Donc, vous voyez, loin de moi l’idée de le conspuer.

    Passons aux critiques…
    Je viens de le dire, Chouard a parfois une vision manichéenne des choses. Constater que le conflit de richesses soit un élément déterminant dans l’aménagement politique est une chose (essentielle), mais réduire la politique au seul rôle de gestion et de distribution des richesses est une erreur marxienne dans laquelle il tombe parfois, quant au fait de réduire les riches à des « méchants » à écarter de tout pouvoir… je préfère considérer que c’est une blague de sa part, pour mieux marquer les esprits, car c’est en tout cas totalement démagogique. La politique est une notion théorisée par les grecs, comme l’instruction publique, l’éthique, la rhétorique et la philosophie. Tous ces domaines sont étroitement liés les uns aux autres et ne doivent pas être négligés. Notre civilisation a subi au cours des siècles une véritable révolution anthropologique qui a amené peu à peu ce que j’appelle le nombre (vous et moi, entre autres, je pense) sur le devant de la scène, ce pour le meilleur ET pour le pire. Oui, parce qu’il y a un « pire » et c’est précisément celui-ci qui nous mène au désastre actuel, que tout le monde refuse de sonder en profondeur, Chouard inclus. Poursuivons.

    Chouard vante les mérites de la démocratie athénienne. Je ne le critiquerais pas sur le problème de l’esclavage, car tout le monde le fait, c’est trop facile… même s’ils ont raison de le faire et que l’on sait que l’esclavage a permis l’émergence de cette démocratie. Chouard se fonde sur le bouquin d’Hansen qui recense magnifiquement les institutions démocratiques. Mais la démocratie, et plus généralement la politique, à Athènes, ce n’était pas que ça, loin de là !!! Il y avait une façon de vivre de manière pleinement politique. Nous autres, modernes, nous vivons sous l’égide d’un mythe, celui d’un état de nature originaire où chacun aurait été un monde à soi seul, dans lequel nous nous serions assemblés par contrat synallagmatique, uniquement par intérêt individuel. Les Grecs, eux, avaient tous, pauvres comme riches, la certitude de n’être que les parties d’un tout qui les dépasse, d’être faits pour la politique, d’être des animaux politiques. Ce tout qui les submergeait, c’était la quête du Bien commun, contrevenant à l’individualisme forcené que tout le monde défend de nos jours, TOUT LE MONDE, à gauche comme à droite. Individualisme qui a également ses bons côtés, mais qui nous a aliéné le modèle grec et fait de nous des animaux strictement économiques. Le contrat social est la négation pure et simple de l’animal politique. Et ça, à aucun moment Chouard ne le dit, alors qu’il a forcément lu Aristote pour le vouer autant aux gémonies dans ses vidéos.

    Continuons… S’il existe un Bien commun, il faut une justice pour le défendre et le garantir, celle qui rétribue chacun en fonction de ce qu’il est en mesure d’apporter à ce Bien commun. Vous êtes le plus riche ? Vous devez payer plus. Mais il y a un corollaire : vous avez plus de temps devant vous ? Vous devez être investi d’une plus grande parcelle de pouvoir et vous consacrer à la politique. Peu importe que Monsieur Michelis Dupontos, Grec de son état, argue qu’il se sent personnellement floué, son intérêt individuel pèse bien peu dans la balance au regard du Bien commun. Mais… qu’est-ce que le Bien commun en définitive ? Eh bien je vous promets que vous le savez aussi bien que moi, que c’est quelque chose de tout à fait objectif. Prenons un exemple. Une personne que vous détestez postule au même emploi que vous. Vous savez qu’elle est bien plus qualifiée pour ce poste, qu’elle a bien plus d’expérience et qu’elle y ferait des miracles. Vous, vous avez pour vous une connaissance qui vous a assuré pouvoir appuyer votre candidature. Autrement dit, ce poste vous est acquis. Que faites-vous ? Je pense que vous sautez sur l’occasion, non ? Je vous rassure, il y a de grandes chances pour que j’en fasse autant, surtout à notre époque. Mais une chose est sûre, mon cher Stalouk, le cas échéant, nous contreviendrions, vous comme moi, au Bien commun. On ne serait pas puni par la loi et nous aurions personnellement beaucoup à y gagner (a priori du moins), donc nous mettrions, comme on dit, « notre mouchoir dessus », mais nous irions à l’encontre du Bien commun, c’est un fait, pas une opinion. Je veux dire par là que le Bien commun existe, ce n’est pas une vue de l’esprit, et que cette notion a totalement été évacuée à l’ère moderne. À cette notion, notre vision des choses a substitué la volonté du plus grand nombre, de manière totalement utilitariste, qui ne va pas nécessairement dans le sens du Bien commun.

    Et pour le comprendre, il faut aller au-delà de Manin et Hansen, il faut lire JS Mill ET Kant, Aristote ET Platon, Hobbes ET Rousseau, Hayek ET Polanyi, Averroès ET Thomas d’Aquin, Lucrèce ET Épictète, Marx ET Tocqueville, Machiavel ET Montesquieu, etc. Lire tous les auteurs cités par Manin par exemple, sans s’en tenir à ce que LUI en a retenu, ou pire, ce que Chouard a retenu de ce qu’en disait Manin. C’est fastidieux, je le sais bien, mais c’est là le seul moyen de tracer ses propres sentiers, ce qui me ramène à la vision des choses de Condorcet, scientiste à ses heures, mais soucieux de faire de chacun un être autonome que Chouard laisse totalement de côté, persuadé qu’il est qu’il suffit de bonne volonté et d’huile de coude pour refonder la démocratie moderne sur le modèle athénien et écarter les « méchants » du pouvoir.

    Je ne cherche pas à vous convaincre, je ne cherche jamais à convaincre qui que ce soit, hormis du fait que je fais de mon mieux pour étayer mes points de vue et penser par moi-même. Pourquoi ? Parce que je crois au Bien commun, quelque chose de bien plus précieux que liberté, égalité, fraternité qui n’en sont au mieux que des instruments. Nous ne sommes peut-être pas nombreux dans mon genre et on me traitera de rêveur, mais sûrement pas de populiste, l’insulte à la mode dans les démocraties en bout de course : je crois en la démocratie, mais pas en la démocratie fondée sur le nombre, sur des majorités aveugles et jouets des forces du marché.

    Je m’arrête là pour le moment, je poursuivrai si vous le désirez, à très vite.

    EG.



  • Éric Guéguen Éric Guéguen 3 décembre 2012 09:45

    @ Stalouk :

    Bonjour à vous et merci pour ce commentaire. Pour éviter de surcharger cette partie des échanges, je vous réponds tout en bas, dès que possible (c’est-à-dire rapidement).
    Merci encore, ça permettra de recentrer le débat, en quelque sorte.



  • Éric Guéguen Éric Guéguen 3 décembre 2012 09:09

    @ Morpheus :

    Ne soyez pas hostile à la moindre idée de hiérarchie, vous confondez pouvoir et autorité. La cellule nucléaire familiale n’est-elle pas hiérarchique ? Pousse-t-elle pour autant les parents à détrousser leurs enfants ?

    Lisez Condorcet Morpheus, et relisez Aristote (Politiques, Livre VIII notamment), c’est un conseil d’ami.

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