On a toujours quelque chose à apprendre, mais pour le faire, il faut aller au charbon et risquer de dire quelques bêtises. C’est justement pour ça que je suis là.
Personnellement, je n’ai pas l’impression d’avoir la capacité de penser, c’est à dire de soumettre à un processus d’analyse et de compréhension, quelque chose qui ne corresponds à aucun mot que je connaisse.
Par exemple, on peut avoir compris que le soleil est indispensable pour qu’une plante grandisse.
Mais tant qu’on ne sait pas ce qu’est la photosynthèse, comment peut-on comprendre son mécanisme ? Selon vous, nous sommes capable « fabriquer la langue à partir de la pensée », mais il faudrait pour ça avoir un microscope, de solides connaissances en biologie et plusieurs années à consacrer à l’observation de plantes avec de découvrir le mécanisme de la photosynthèse et de lui « fabriquer » un nom.
C’est bien joli de savoir qu’une plante a besoin de soleil pour pousser, mais si on veut comprendre comment et pourquoi, on a besoin de mots qui proviennent du langage commun, et des concepts qu’ils traduisent. Si on ne maîtrise pas ces mots, on ne peut pas maîtriser les concepts qui les accompagnent, et donc on ne peut penser en conséquence.
C’était un exemple anondin, mais lorsque le pouvoir fait volontairement disparaître des mots pour détruire des concepts, on se retrouve dans une situation dangereuse.
Pourquoi les exploités sont devenus des défavorisés ?
« J’ajouterai une autre cause majeure à la dégradation du niveau d’éducation des élèves, notamment de la grammaire et de l’orthographe : l’omniprésence de la télévision (plus de trois heures par jour en moyenne dans les foyers français), qui prend le temps disponible au détriment de la lecture et qui incite à une attitude passive, contrairement à la lecture, qui fait appel à l’imaginaire, au questionnement, à une zone différente du cerveau (signes écrits vs image visuelle). »
Les études concernant l’influence de la télévision sur la santé des enfants que j’ai pu avoir sous les yeux, et qui ne sont pas légion hélas, parlent plus des problèmes d’ordre physique (sédentarité, obésité, apathie...) que d’une prétendue inefficacité de la télévision à développer l’imaginaire et la capacité à reconnaître des signes de nos enfants.
En fait, ce serait plutôt le contraire, la télévision a l’avantage de fusionner l’image, le son et le texte dans un même flux d’information cohérent. L’enfant développe en permanence sa capacité à décoder ce flux lorsqu’il regarde la télé, à condition qu’il ne la regarde pas toujours tout seul et que ce qu’il regarde soit le sujet de discussions et d’échanges avec son entourage.
Se « débarrasser » de son enfant pour une heure ou deux en le mettant devant la télé n’a rien de grave à mon sens, à condition qu’on prenne un moment à l’issue de la séance de télé pour parler avec l’enfant de ce qu’il a vu, pour l’aider à développer un esprit critique par rapport à l’image.
Comme votre article le précise déjà plus ou moins, il est important de réaliser que nous pensons GRACE aux mots, nous ne pensons pas les mots, ils ne sont pas le fruit d’un raisonnement mais les briques avec lesquels nous les construisons. C’est à dire que plus on connait de mot, et MIEUX on pense (plus précisément et efficacement en fait).
Ça semble mécanique et simpliste, mais c’est pourtant vrai. Les mots et les concepts qui leur sont associés sont à la base de toute cognition.
Et une des stratégies d’oppression de l’oligarchie consiste à faire en sorte de prendre des mots, et de les vider de leur sens, voir de les faire disparaître, purement et simplement.
Franck Lepage de la Scop Le Pavé, dans sa première conférence gesticulée en 2007, cite un exemple tout à fait édifiant :
des linguistes prennent 90 manuel de management des années 60 et les soumettent à un ordinateur. Puis 90 manuels de management de 1999.
Le mot qui revient le plus souvent dans les manuels de 1960 est le mot Hiérarchie. Un mot fort, facile à comprendre. Lorsque le capitalisme est basé sur le concept de hiérarchie, il est facile à critiquer.
Celui qui revient le plus souvent en 1999, c’est le mot PROJET. Un mot valise qui veut absolument tout dire mais qui a surtout une connotation extrêmement positive, et qui remplace la hiérarchie dans l’idéologie capitaliste. Lorsqu’il faut se battre contre un projet et plus contre une hiérarchie, la lutte devient immédiatement plus difficile.
En manipulant les mots, on manipule les esprits. Nos élites l’ont compris depuis longtemps, et il faut que nous aussi nous fassions attention à ne pas oublier certains mots et leur sens, et de les transmettre à nos petits : lutte social, exploitation, syndicalisme, critique, oligarchie, démocratie (la vraie) etc
« Tout sur le profil devrait être privé et vu que par les personnes avec qui ils sont déjà en contact. »
Des paramètres spéciaux sont appliqués aux profils des mineurs. Il est impossible pour un profil mineur de publier quoi que ce soit qui puisse être consulté par quelqu’un qui ne fait pas partie du même réseau, par exemple.
Vos inquiétudes sont légitimes, mais jusqu’où doit-on aller dans le contrôle de ce qui est devenu le plus important moyen de communication sur internet, que ce soit pour les majeurs ou les mineurs ?
Les mineurs aussi ont droit à une vie privée, dans laquelle leurs parents n’ont pas à ingérer. L’utilisation du site Facebook rentre dans le cadre de cette vie privée.
Ce qu’il faut faire, à mon avis, c’est de la pédagogie, à l’école ou ailleurs, et bien expliquer quels sont les risques et les conséquences en cas de mauvaise utilisation d’un site sur lequel on publie des informations personnelles.
Mais le problème n’est pas nouveau, avant Facebook, il se posait sur les fameux skyblogs, sur lesquels n’importe qui pouvait lire ou voir des choses parfois très personnelles publiées par des mineurs.
Discuter de tout ça ici est un bon début. En discuter avec vos amis, votre famille, est une bonne manière de faire progresser l’idée selon laquelle nous sommes opprimés par une oligarchie illégitime, et que notre « démocratie » ne laisse en fait aucune place à l’expression populaire.
Cette idée creuse son sillon, petit à petit, année après année. Un jour, les gens seront prêts, ou les oligarques iront trop loin. Et ce jour là, vous et moi serons prêts à proposer des alternatives, à alimenter un débat démocratique publique et ouvert, à trouver les solutions.
« Là vous vous trompez, c’est le capitalisme qui crée le chômage, je le répète. »
Selon votre hypothèse, dans un système communiste par exemple, il n’y a pas de chômage.
Mais lorsqu’une usine, qui appartient à l’état du coup, s’équipe de nouvelles machines par exemple, elle a besoin de moins de travailleurs. Elle produira plus vite, avec moins de main d’oeuvre, pour moins cher. C’est ce qu’on appelle le gain de productivité.
A ce moment-là, que se passe-t-il dans votre utopie ? Les travailleurs sont « recyclés » dans d’autres usines ? Mais qu’adviendra-t-il quand les autres usines s’équiperont elles aussi ?
Le progrès, cher ami, c’est de TRAVAILLER MOINS POUR GAGNER PLUS.
La question centrale de l’inégalité, ce n’est pas le chômage, car LE CHÔMAGE EST UN PROGRÈS dans le sens ou le travail est pour beaucoup une aliénation, quelque chose qui les empêche d’accomplir ou d’avoir leurs propres ambitions personnelles.
La question centrale du siècle qui vient en matière de social, c’est comment répartir les richesses de manière juste entre ceux qui travaillent encore et ceux dont on a plus besoin, et qui seront de plus en plus nombreux.
Pourquoi faire référence à des revendications communistes alors que vous vous réclamez d’un courant anarchiste depuis le début de nos échanges ? Les sociétés communistes sont hiérarchisées au moins autant que les sociétés capitalistes.
Le communisme était une belle idée, qui a très mal vieillie. Le progrès technologique le rend obsolète car il est construit sur la valeur du travail. Or, sauf cataclysme ou guerre mondiale, le travail disparaîtra à mesure que la productivité augmentera grâce à la technologie, jusqu’à un point ou l’intervention humaine dans des domaines techniques sera anecdotique.
Donc, une fois de plus, l’enjeu, c’est de répartir les richesses produites équitablement entre ceux qui travaillent encore et ceux qui n’ont plus besoin de travailler.
« Contre-pouvoir politique face au capitalisme ? Donc vos admettez que le capitalisme est la sources des injustices, ou en tout cas la source majeure. »
Non, c’est l’absence de ce contre-pouvoir qui en est la source, nuance.
Quand à vos théories sur le capitalisme, encore une fois, vous semblez penser qu’il n’y a qu’un capitalisme, et qu’il est figé dans une posture inhumaine, libérale et incontrôlable.
Mais c’est faux. Celui qui fixe les règles du jeu (les lois), c’est l’état. Le capitalisme est soumis à la loi, et si la loi proscrit les injustices, alors le capitalisme sera juste.
Il s’agit simplement d’avoir des politiciens qui font leur boulot : représenter le peuple et prendre des décisions dans l’intérêt général.
Et pour avoir ça, une bonne révolte serait un début.