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Henrique Diaz

Henrique Diaz

Ami des bêtes et rationaliste.

Tableau de bord

  • Premier article le 20/11/2010
  • Modérateur depuis le 28/04/2013
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Derniers commentaires



  • Henrique Diaz Henrique Diaz 9 mai 2013 15:40

    A l’auteur,
    Article qui donne à réfléchir mais qui me semble reposer sur certaines erreurs.

    Que le progrès technique rende le travail plus facile et même réduise le temps qui y est nécessaire, certes, mais cela n’empêche pas qu’il y ait alors d’autres choses à faire ailleurs.

    Mais pour commencer, l’aspiration fondamentale de l’être humain n’est pas de se reposer de ne rien avoir fait. Depuis qu’il a conscience d’être mortel, il cherche ce qu’il pourra bien faire pendant qu’il est vivant pour donner un sens à son existence limitée. Pascal l’avait bien vu : les hommes ne supportent pas de rester tranquilles chez eux, cela leur rappelle trop qu’ils sont mortels. Alors ils cherchent à se divertir de l’idée de ce vide infini qui les attend. Le travail fait partie de ces divertissements. Alors qu’avec notre intelligence, nous aurions pu en effet satisfaire nos besoins depuis le néolithique par une tranquille activité d’une ou deux heures par jour et nous reposer le reste du temps, nous cherchons l’aventure, l’échange, l’augmentation indéfinie de notre puissance.

    Mais encore, si on ne croit pas comme Pascal que le vrai sens de l’existence se situe après la mort, alors ce que nous faisons pour « nous occuper » en attendant la mort est plus qu’un divertissement, c’est le seul moyen que nous avons de donner sens à notre existence. D’où aussi ce besoin de reconnaissance sociale qui nous tient tellement au corps : si personne ne perçoit ce que je fais pour qu’être humain signifie autre chose qu’être né pour mourir, alors cela devient très difficile d’y trouver du sens. Marx lui-même considérait que le travail était ce qui constitue la dignité humaine : tandis que l’araignée ou le castor produisent de façon instinctive les instruments de leur subsistance, l’homme part d’un projet, qui est bien souvent un rêve, et en concrétisant ce projet avec toutes les difficultés que cela représente, il se réconcilie avec le monde, il n’est plus une conscience hors de la vie mais dans la vie. Mais bien sûr ce type de travail, qui est par exemple celui de Marx en écrivant le Capital n’est pas le travail exploité et deshumanisant, tel qu’il devient avec l’avènement du capitalisme.

    C’est aussi par l’échange que nous nous épanouissons en tant qu’être sociaux, non ? Comment avoir quelque chose à échanger si tout le monde vit dans le loisir ? Echanger, c’est avoir en surplus un bien que je cède à un autre contre un autre bien qui me manque ou me fait envie. Sans même parler de biens matériels, quel intérêt y aura-t-il à échanger des biens intellectuels si on n’a pas travaillé à les acquérir ? Si on n’y a pas travaillé, ils sont déjà accessibles à tous sans effort. Personne ne pourra donc s’intéresser à ce que je pourrais apporter si je n’y ai pas travaillé.

    Ensuite, il me paraît inexact de dire que le progrès technique fait disparaître la nécessité de travailler. Fait disparaître les tâches répétitives et mécaniques oui, mais par définition, il ne peut faire disparaître tout ce qui relève de la création en général et tout ce qui concerne le charme du « fait à la main » : quand bien même j’aurais un robot pour faire mes tartes aux pommes, je préfèrerai encore celles qui sont faites à la main. Dans une société idéale (dans laquelle toutefois l’homme reste mortel et vieillissant), il n’y a pas disparition du travail, en tant que concrétisation par l’homme du désir humain, mais disparition du travail forcé, exploité et aliéné c’est-à-dire disparition des classes sociales, domination de l’homme par l’homme.

    En attendant, et si on veut faire passer le bien humain avant le profit monétaire à tout prix, il y a des tas de choses à faire qui relèvent bel et bien du travail mais non de l’intérêt capitalistique : non pas creuser des trous à remplir ensuite - ce qui certes ne demande pas d’investissement important - mais développer des énergies propres, conquérir l’espace maritime dans le respect de son écologie (cf. ici Mélenchon), renforcer en personnel tous ces services publics en général qui n’intéressent le capital que s’il y a du profit à faire : tripler les crédits donc les postes dans la recherche fondamentale, faire des classes à 12 élèves au lieu de 35, permettre un vrai tutorat ; doubler, tripler le personnel soignant dans les hôpitaux pour permettre des conditions de travail humaines et un meilleur confort pour les patients, faire des prisons qui puisse enfin être des lieux de rééducation à la civilité et non d’éducation au banditisme etc. On est loin de manquer de semaines de 35 heures.

    Le plein emploi tel qu’il a existé dans les années 50-60 en France (pas plus de 3% réels de chômage et donc grande facilité de retrouver du travail quand on a en perdu un, situation favorable au travail par rapport au capital) est parfaitement accessible. Il suffirait pour l’essentiel de revenir sur un peu plus de 40 ans de désétatisation du pays. L’Etat, c’est-à-dire l’union des volontés particulières en une volonté générale assez ferme (-> des conditions de vie dignes pour tous, la liberté, l’égalité...) est le seul moyen dont un peuple peut disposer pour réaliser l’égalité sociale et donc la liberté pour tous. Certes il peut être perverti pour servir en réalité non pas le peuple mais ceux qui veulent l’exploiter mais cela n’arrive que parce que le peuple se laisse tromper en abandonnant à une classe sociale donnée le contrôle de l’instrument politique. Le plus gros obstacle pour arriver au plein emploi autant donc qu’à la cessation du travail exploité, c’est la croyance populaire solidement ancrée que sans nos maîtres financiers, qui eux ont intérêt au chômage, nous ne pouvons plus vivre ; qu’eux seuls disposent des moyens de nous permettre de vivre correctement.



  • Henrique Diaz Henrique Diaz 8 mai 2013 14:35

    => Spartacus,
    Vous confondez inégalités naturelles et inégalités sociales. Qu’il y ait des grands, des petits, des forts en maths tandis que d’autres le sont plus en dessin, c’est naturel et aucune société n’a intérêt à uniformiser les gens pour que des échanges soient possibles. En revanche, que le fils de bourgeois soit promis à une position d’autorité dans la société, quelle que soit sa bêtise ou sa frederic-lefebvritude tandis que le fils d’ouvrier soit promis à une demeurer dans une position de soumission, c’est de l’inégalité sociale. Quand l’employé doit accepter d’être traité comme une simple machine à cash par son employeur parce que 30 chômeurs surqualifiés attendent à la porte pour prendre sa place, il y a inégalité sociale.

    Quant à votre rollex, votre 4x4 pour vous déplacer en ville et les séances de relooking auxquelles vous avez pu envoyer votre femme, souffrez justement qu’il y ait certaines inégalités naturelles qui font que certains, en l’occurrence ceux qui vous critiquent, y sont parfaitement indifférents.

    => Hervé Hum,
    Oui la morale, c’est-à-dire à la base l’idée qu’il y autre chose que la loi du plus fort dans l’existence, est d’essence révolutionnaire. A mon avis, le gouvernement qui croit probablement qu’il pourra mélanger « morale » et « culte du profit » ne doit pas en avoir conscience. Mais il y a aussi des moments où le pouvoir en place peut créer lui-même les conditions de la révolution, comme ce fût le cas avec la monarchie française et ses Etats généraux en 1789.
    C’est pourquoi j’ai écrit un article favorable à l’enseignement de la morale à l’école.



  • Henrique Diaz Henrique Diaz 8 mai 2013 14:08

    Entreprendre, c’est d’abord faire le projet de produire un bien d’intérêt collectif et se donner les moyens de le réaliser. L’entreprise est le résultat de cet acte d’entreprendre et ce qu’on appelle pompeusement l’esprit d’entreprise n’est rien d’autre que la capacité d’initier ce genre d’acte : capacité intellectuelle certes mais d’abord matérielle. A moins d’avoir trouvé un projet à très faible coût de production et à rapide revenu, un simple particulier, non détenteur d’un capital (richesse importante dont on n’a pas besoin pour vivre), ne peut avoir l’idée d’entreprendre.

    L’éducation nationale est évidemment de ce point de vue une entreprise, dont l’initiative ne relève certes pas d’intérêts privés mais de la nation ou du peuple. A la différence d’une entreprise capitalistique (je ne parle pas des PME qui sont le plus souvent aujourd’hui des sous-traitances esclavagisées de grandes entreprises ou tout simplement des Banques), son objectif n’est pas le profit monétaire mais la formation de citoyens, c’est-à-dire de membres du souverain qu’est la république, aussi bien que d’êtres humains capables de participer efficacement à l’activité économique assurant la satisfaction des besoins communs. Sans l’EN telle qu’elle existe depuis l’après guerre, et avec tous les défauts qu’on ne saurait manquer de lui attribuer (surtout en termes de formation du citoyen), le niveau des entreprises privées et publiques en France serait celui de la Roumanie : il faut le rappeler.

    Quant aux profs, dont beaucoup ont du travailler dans le privé ou d’autres secteurs pendant leurs études ou avant d’obtenir les concours, dès qu’ils veulent organiser un voyage pédagogique ou une conférence, ils doivent trouver des partenaires, rassembler des financements, remplir toutes sortes de papiers. Ils n’ont donc pas grand chose à envier, en termes d’esprit d’initiative, à ce qu’il est convenu d’appeler le « monde de l’entreprise ». Mais il est vrai qu’avoir pour but autre chose que le profit, cela change beaucoup de choses.

    Bien sûr, j’imagine que le social-libéralisme au pouvoir n’entend pas particulièrement valoriser cet esprit d’entreprise là et va chercher dans la « société civile » des gentils chefs d’entreprise qui viendront, contre deniers de l’Etat, faire la promotion des avantages de la soumission servile à la dictature de la finance. Alors qu’on peut très bien entreprendre en vue d’autres fins, comme par exemple le savoir, la capacité de jugement critique etc.

    En revanche, il y a une chose que les enseignants côtoient tous les jours et qu’ignorent l’actionnaire et ses contremaîtres, ce sont les dégâts intellectuels et sociaux que produit une société, dont les élites liées à la Vème république, ont fait un instrument animé au service de l’expansion indéfinie du capital.



  • Henrique Diaz Henrique Diaz 8 mai 2013 11:37

    Qu’est-ce qu’un esclave ? C’est un homme qui travaille pour un maître en échange du droit de vivre et plus fondamentalement, c’est quelqu’un qui est contraint d’accepter cela par la force ou plus souvent parce qu’on a réussi à lui faire croire que c’était un échange équitable et honorable.

    Un esclave est un homme qui est utile à un maître, mais nuisible à lui-même, dès lors qu’il entre sous la coupe de son maître, auquel il appartient. Le salarié est l’esclave moderne, qui n’a aucun droit de cité, c’est-à-dire de propriété, qu’il met les pieds dans l’entreprise. L’entreprise qu’il fait vivre, qu’il nourrit et qu’il fait grandir, ne lui appartient pas, c’est lui qui appartient à l’entreprise.

    Qui est le maître ? Le capital lui-même, qui exige d’augmenter de façon exponentielle, fût-ce au prix de l’instrumentalisation de la très grande majorité des êtres humains.

    Quelle est la différence entre l’esclavage ancien et l’esclavage moderne ? Il y a eu un progrès : le contremaître ne fouette plus les esclaves avec un fouet de cuir mais avec des images et des petits discours, par la culpabilisation et le décervelage signalés dans l’article. Ce n’est pas un progrès moral mais un progrès technique : c’est beaucoup plus efficace !



  • Henrique Diaz Henrique Diaz 8 mai 2013 11:12

    Anaxandre,
    Sur l’article 63, mauvaise pioche : http://www.jean-luc-melenchon.fr/arguments/traite-de-lisbonne-fauteur-de-crise/ !

    Le Mpep est minoritaire sur certaines questions stratégiques, mais il n’en est pas moins une composante du Front de gauche et ils sont venus défiler dimanche.

    Pour résoudre les problèmes économiques, vous nous proposez de taper sur l’immigré, comme s’il avait le pouvoir des financiers ; et de saborder le navire euro au lieu d’en prendre le contrôle démocratique comme c’est parfaitement possible.

    Supportez qu’on cherche réellement à résoudre les problèmes économiques en s’en prenant à leurs véritables causes au lieu de soutenir un pseudo-discours alter-mondialiste (qui serait le nationalisme), tout en restant sur les fondamentaux du thatcherisme qui est à l’origine de la crise actuelle. Le FN que vous soutenez en vous croyant rebelle au système capitaliste mondialisé n’est qu’une version moins édulcorée de l’ultralibéralisme qui règne au PS et à l’UMP.

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