Je pense que les gens ne sont plus dupes désormais.
Il suffit d’entendre les militants le prévenir « Pas d’alliance avec le PS hein ! », ce à quoi Melenchon ne répond pas, tourne le dos et pars. C’est une série d’attitudes qui met la puce à l’oreille. Combien de temps avant qu’il annonce que « Mme Aubry n’a pas dans le fond des idées très différentes » et que « François Hollande a évolué sur ses positions et que nos divergences ne sont plus insurmontables » ? Comment réagiront ses soutiens sincères lorsque cela arrivera ?
Je trouve cela étrange car Mélenchon jouait bien le jeu du candidat hors système tappant sur les médias et l’oligarchie. Mais là, le recentrage implicite intervient bien trop tôt. En accueillant Aubry à l’Humma, sans même lui tapper dessus, il fait l’aveu de son propre rôle dans le système : un rabatteur pour le candidat PS comme l’explique Asselineau.
Pour la plus part des gens présents ici, sa simple position sur l’Europe et l’euro avait suffit à vendre la mèche depuis belle lurette.
Vous répondez encore une fois à côté. Mon objection est quand même simple. Au lieu de cela, vous préférez me faire un bon gros procès d’intention comme on les aime lorsque l’on a plus d’autres arguments. Où avez vous lu que je suis « pour l’oligarchie » ? Vous auriez pu m’accuser d’être en faveur de la chasse au poney nain en Alaska que votre propos n’en aurait pas été moins ridicule et dénué de tout fondement.
Contrairement à ce que vous pensez savoir, je ne « crois » rien du tout, et surtout pas en la vertue de nos « élites ». La seule conclusion à laquelle j’ai abouti, est que les tirés au sort ne sont pas nécessairement d’avantage en mesure de prendre des décisions dans l’intérêt de leurs pairs (même si nous partons du postulat que leurs intentions sont meilleurs, ce qui reste à débattre). Jusqu’à preuve du contraire, vous n’avez toujours pas répondu à cette objection qui, je vous le rappelle, identifie le facteur temps, comme la principale contrainte à cette belle idée de tirage au sort.
Donc au lieu de tenter d’expliquer les motivations de mon propos par des racourcis et des arguments d’autorité, je vous invite à répondre à mon premier message, voir au second, point par point sans préjuger de mes convictions ni essayer de me faire passer pour un défenseur du système actuel.
Pour vous faire plaisir, je vais vous dire ce que je crois. Le système actuel est corrompu jusqu’à la moel et est en bout de course. Comme le dit Chouard, la démocratie actuelle n’en a que le nom et un nouveau système doit être trouvé. Ce système n’est, selon moi, pas le tirage au sort, principalement pour les raisons que j’ai exposé, et que personne n’a pour le moment réfuté.
Avant de vous forger une opinion sur la politique de subvention concernant les vaches laitières, il faut que vous ayez une vue globale du marché du lait, du système de subvention actuel, de toute la chaine de distribution du lait, des procédés de pasteurisation, de la production de fromage, de yahourts, et de tous les autres produits laitiers, de la stratégie d’exporations française (dans laquelle s’inscrit l’exportation du lait et autres produits laitiers, ce qui amène sur des questions de politique agricole générale et encore plus généralement de commerce et d’industrie), des règlementations quant à l’élevage des vaches, du prix des céréales qui servent à nourrir les vaches, des importations de céréales ainsi que de la politique de subvention des producteurs français de céréale, des pratiques des autres pays en la matière etc. On pourrait continuer à l’infini.
Dans le meilleur des cas, il vous faudra quelques années de pratique et d’apprentissage théorique afin de maitriser toutes ces questions. Et si vous n’avez jamais appris à penser de manière synthétique (ou pire, si vous n’en avez pas les capacités), l’apprentissage peut se chiffrer en dizaines d’années. On voit donc que, de surcroit, cette durée est variable en fonction des individus.
Donc non, il ne suffit pas d’avoir tous les éléments à sa disposition pour décider. Encore faut il avoir les capacités (ou avoir assez de temps) pour les ordonner, les mettre en relation, leur donner du sens, so forger une opinion, et décider.
J’aimerais surtout un débat Asselineau Mélenchon. Car s’il est vrai que sur l’idée du tirage au sort, Chouard semble avoir d’avantage réfléchi à la question (heureusement d’ailleurs), pour ce qui est d’affronter les européistes, Asselineau a montré et continue de montrer, que sa vision historique et sa connaissance du sujet en font un contradicteur redoutable.
J’en veux pour preuve le dernier débat sur BFM TV, où les deux guignols n’osaient même plus la ramener à la fin.
S’il est vrai qu’Asselineau a moins étudié la question que Chouard, il relève un problème au quel Etienne n’a jamais répondu, et qui, à lui seul, invalide l’ensemble de sa proposition.
Le principal inconvénient du système de tirage au sort est le facteur “temps”.
Afin de prendre des décisions éclairées, il faudrait que les tirés au sort basent leur choix sur des informations non biaisées en rapport avec des questions hautement complexes. C’est d’ailleurs le sens de la remarque d’Asselineau lorsqu’il dit que les problèmes que nous rencontrons actuellement sont d’une complexité absolument sans comparaison avec ceux auxquels les grecs devaient faire face. Plusieurs raisons à cela :
1) Le nombre des paramètres inhérents à chaque problème : prenons l’exemple intemporel de l’agriculture. Alors que la politique agricole athénienne ne dépendait que de facteurs peu nombreux et relativement simples à appréhender (assolement biennal, allocation des sols et des ressources, commerce etc.), il faut désormais prendre en compte les problèmes liés à la pollution des nappes phréatiques, aux OGM, engrais, PAC, évolution du prix des matières premières, taux de change etc. L’assimilation de tous ces paramètres et leur synthèse est indispensable à l’élaboration d’une politique stratégiquement intelligente pour la France. Et il en va de même pour à peu près toutes les questions stratégiques : défense, éducation, industrie, santé, commerce, immigration etc.
2) Le nombre des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Il est évident qu’une stratégie nationale globale vise à appréhender toutes les questions sus-cités ainsi que leurs interrelations. Or, la mondialisation progressive a entrainé une multiplication exponentielle de ces relations, du fait du nombre de pays concernés et des nouveaux secteurs d’activité apparus. Peuvent être cités en vrac, les questions énergétiques, nouvelles technologies, médias etc. Chaque domaine venant se superposer à un maillage règlementaire, économique et stratégique de plus en plus complexe, créant un nombre exponentiel d’interrelations supplémentaires à prendre en compte.
Nous avons alors à faire à un gigantesque mécanisme fait d’intrications à plusieurs niveaux dont il faut trouver la calibration parfaite.
Se fonder une conviction intime sur ces questions complexes demande des capacités de synthèse très développées, ce qui n’est évidemment pas du ressort de tout le monde. Et c’est bien normal. Certaines personnes ont un esprit analytique, d’autre seront plus à l’aise dans des activités manuelles. Or nous partons du postulat que ce seront les mêmes qui seront au pouvoir.
Se pose alors la question de la formation à l’exercice du pouvoir. C’est là qu’entre en jeu le facteur temps. Combien de temps cela va-t-il prendre pour former des individus à être capables faire une synthèse si globale d’un si grand nombre de questions et d’interrelations ? 5, 10, 15 ans ? Cela vari évidemment en fonction des gens. Qui va accepter de passer 10 ans de sa vie à se former à l’apprentissage du pouvoir en vue de l’exercer pendant un court mandat ? En clair, qui va accepter de sacrifier sa vie au nom de l’intérêt général de son pays, et ainsi de renoncer à ce à quoi il aspire profondément ?
Nous concluons donc à la nécessité d’une sélection par examens ou par reconnaissance des pairs des individus destinés à diriger la nation. Cela commence à ressembler à un système ENA + élections non ? En tout cas, le système n’est déjà plus horizontal et directement démocratique.