Concernant la faisabilité/ succès d’ITER, il y a bien d’autres problèmes que la tenue des matériaux aux neutrons de 14MeV.
- la stabilité du plasma qui reste à démontrer.
- un matériau (la coque) qui doit être absolument étanche du côté intérieur du tore et poreux de l’autre côté pour pouvoir laisser passer l’hélium qui va être créé sous l’impact des neutrons. Un matériau étanche et poreux à la fois. Ce sont les Japonais qui ont ce problème en charge. Ils vont certainement trouver des choses intéressantes qui auront bien d’autres applications. mais j’imagine assez l’étanchéité et la porosité en même temps.
- ITER va consommer plus de tritium que toutes les usines militaires en ayant jamais produites. Lorsque cela fuit cet hydrogène très lourd s’élève tout de même à vitesse grand "V". Mais j’ai connu un cas de contamination sévère au tritium dans une usine militaire de Sibérie. le type en avait respiré une brave bouffée et au bout de deux semaines il perdait ses cheveux. le tritium avait remplacé l’hydrogène de l’eau de son corps. Il était émetteur béta intrinsèque..Alors il a fallu lu "changer son eau". Dans un hopital ligne directe entre le réseau d’eau et son péritoine pour la plus grande surface d’échange de l’eau. Et le type s’en est sorti. mais pour un écolo ce sera difficile à avaler le coup du branchement sur la fontaine en direct.
- Avoir de l’énergie à 100 millions de degrés c’est bien, mais on fait comment pour brancher sa machine à laver ? Il faut mettre des "bankets" , des couvertures de plomb-lithium autour du tore. Les neutrons arrivent sur le lithium6 et cela chauffe, le plomb est ransparent aux neutrons comme le sodium d’ailleurs. La réaction 6Li+n donne du tritium et de la chaleur. Le tritum sera utilisé dans le tore comme combustible ensuite. On fait passer des tuyaux d’eau dans les blankets, on fait de la vapeur et on revient à la machine de Denis Papin classique pour faire le courant électrique.
Maintenant il y a le problème basique du contact possible entre l’eau et le plomb fondu si rupture d’une tuyauterie ou simple fuite. La reaction plomb fondu +eau est plus dévastatrice que la réaction sodium+eau, ceci du fait de l’énorme quantité de chaleur contenue dans le plomb. Les Russes du centre de recherhe d’Obninsk qui ont développé les réacteurs des sous-marins soviétiques et qui ont tout essayé en réacteurs surgénérateurs ont abandonné la filière plomb-eau pour revenir à la filière sodium-eau du fait de ce "petit problème" fondamental tout de même. Dans superphenix le problème du contact était traité par cantonnement et il n’y a jamais eu de problème avec cela y compris dans Phenix, bien que ce soit le problème qui mette en rage les écolos.
Et puis où trouvera-t-on les opérateurs pour faire fonctionner une telle machine qui contiendra quelques milliers de tonnes de plomb fondu, plomb qui devra rester liquide la machine étant à l’arrêt ?
Comment fera-t-on le retraitement du plomb-lithium ? manier de telles masses avec un gaz émetteur béta qui tel l’hydrogène passe à travers n’importe quoi d’étanche.
En 1986 j’ai participé à des discussions préparatoires sur le transfert de technologie entre la direction des applications militaires du CEA et les gens du centre commun de recherche d’ISPRA (Euratom- en Italie). Les Français n’étaient pas très "chauds" pour faire le transfert de la technologie "tritium" vers des scientifiques non spécialement habilités..
Il y aura des problèmes , scientifiques, technologiques, économiques, prolifération, public acceptance.. et seulement un de ces points peut faire tout capoter et la liste est loin d’être exhaustive..
Il n’empêche qu’il fait faire ITER, rien que pour les matériaux par exemple.
Superphenix a été un prototype industriel dont la production a été bloquée pour des raisons administratives.
Il est clair que le fonctionnement de SPX a montré :la faisabilité à l’échelle industrielle, et a été riche d’enseignements.
Il y avait des problèmes de conception générale sur le mécanisme (barillet) de chargement déchargement qui ont rendu son exploitation chère. Le know How étant engrangé, EDF ne s’est pas battu "becs et ongles" pour le conserver. Il y a de nombreuses personnes qui travaillent sur le sujet actuellement.
"je ne vois que la maîtrise de la fusion nucléaire qui puisse nous sortir de l’impasse "
La "fusion" est une sorte de "serpent de mer", à l’origine une déclaration d’Igor Kourtchatov en Londres, la seule fois qu’il est sorti d’URSS. Cette affaire était de base une "arnaque" pour divertir les fonds de R&D occidentaux de développements militaires axés contre l’URSS. (avis de Guennady Messiats vice-président de l’Académie des Sciences de Russie). Et l’arnaque fonctionne toujours. Une très belle arnaque c’est celle où l’arnaqueur se prend lui-même au jeu, même mollement..
Dans les années 70 j’ai travaillé pour le Joint Européan Torus de Culham et déjà à l’époque on promettait un proto de réacteur vers 2010. Nous y sommes et quelques milliards d’euros plus loin on nous promet DEMO vers 2040...C’est une affaire dont la caractéristique est de fonctionner à "délais constant".
Le DoE a sorti , en mars dernier, une note estimative du prix du kWh suivant un "DEMO proto" et un "DEMO-Série", en supposant tous les problèmes scientifiques et technologiques résolus par ITER, et en se basant sur les prix au kilo des métaux, mises en oeuvre, électronique rapide, supraconductivité, consommables..etc.. et ils sont arriver à 3 fois un prix du kWh nucléaire actuel.
Du coût ils n’ont pas versé leur participation à ITER pour 2008, parait qu’elle va venir. Mais ils ont enfin "senti l’arnaque"..
Alors penser que la "fusion" peut être la panacée, certainement pas ; car ce serait de la bien plus haute technologie que la technologie nucléaire actuelle et les pays aptes à être doté d’un DEMO se compteraient sur les doigts d’une seule main.
Pour clore sur le sujet, ma position sur : fallait-il faire ou ne pas faire ITER ? (ce n’est pas le sujet de la discussion mais comme on y est je termine).
Je pense qu’effectivement il faut faire ITER, pour au moins démontrer par l’absurde que la voie est sans issue réelle.
Imaginez que le Général Patton ait emporté l’idée d’aller continuer la guerre contre les Soviets en 1945, il y aurait eu la grande déprime mondiale du système communiste détruit par l’extérieur. Là on moins a vu que ce système était capable d’imploser tout seul. Pour ITER il faut le faire. De fait réunir un max de scientifiques de tous horizons en leur donnant des moyens ils vont bien nous inventer des choses très utiles au passage. Un peu comme le CERN qui pour gérer ses document a mis en place le système RENATER qui est l’ancêtre du Web, et rien que pour cette développement je trouve que cela justifie l’existence du CERN en dehors de l’existence ou non des petites particules fondamentales.