« il va falloir ajouter de la monnaie dans le système et forcément sans
aucune contrepartie garantie, mais uniquement supposée (anticipation
comme vous dites) »
La contrepartie est la reconnaissance de dette qui s’inscrit dans les comptes et sera détruite lors du remboursement du prêt. L’effet multiplicateur du crédit n’est pas une perversion en soi, vous pouvez aussi le regarder par l’autre bout de la lorgnette et voir qu’il est aussi un diviseur de la masse monétaire en billets nécessaire dans l’économie. Si les banques ne prêtaient que ce qu’elles ont (coefficient 100%) il serait nécessaire d’imprimer la différence et la distribuer par le même système ou alors vous déprimez totalement l’économie en la privant de crédit. Pour augmenter ou contracter la masse monétaire selon la conjecture, vous faites comment ? Vous arrêtez d’imprimer et brûlez les billets de banque ?
Alors, où pourrait être le problème ? Bien évidemment, à mon avis, dans ce qui est fait avec la dette inscrite en contrepartie du prêt. Dès que cette dette entre dans le circuit de la finance spéculative, il n’en ressortira plus que des miettes et la concentration du capital augmentera plusieurs crans. De plus, la machine spéculative attaque logiquement tout ce qui est à sa portée, passe des milliers d’ordres, sans aucune intention de les mener à terme et sur n’importe quel marché, juste pour prendre le pouls et chercher le bénéfice sur quelques centaines d’ordres réels. Alors, non seulement ce capital est détourné de son but naturel, l’inversion, sinon qu’il est aussi utilisé pour spéculer en manipuler le prix sur les marchés alimentaires, de matières premières, immobiliers, etc.. Donc, c’est bien ce cordon qu’il faut couper, celui qui lie la dette, tant la publique comme la privée, à la spéculation.
Il y a beaucoup d’autres choses : le rôle de la banque centrale, le pouvoir d’intervention de l’État dans l’économie, le cadre juridique dans lequel doit s’inscrire l’activité économique. La représentation sous forme complot du système n’aide pas beaucoup à que ces sujets soient abordés. Pourtant, il est clair qu’il faut poser des limites juridiques à la concentration du capital et à la liberté économique de manière à ce qu’elle ne piétine pas celle de l’énorme majorité. Je ne vois pas comment on pourrait soutenir que la liberté économique peut recevoir un traitement différent que celui de la liberté individuelle puisqu’elle en fait partie. Le but n’est pas d’étrangler l’économie par le Droit sinon de surveiller et réguler la formation du capital, son emploi, le mettre à portée de la fiscalité, bref, une révolution par le Droit au lieu de par les armes ou par le bordel complet. Pour une fois, ce ne serait pas mal d’essayer avant de nous remettre à chanter la Marseillaise, l’Internationale ou n’importe quel autre mantra.
Pas du tout. Lisez des économistes autres que les habituels tenants du sordide complot de la création monétaire, vous y trouverez tout ce que vous cherchez. Puis-je vous suggérez Keynes ?
« Mais pour vous, les fleuves coulent, c’est ainsi depuis des millénaires,
et on ne doit pas se poser de question (d’où vient la source,...) ?
Votre attitude est un manque profond de curiosité. »
Ça c’est une déduction qui vous appartient. En fait vous ne savez rien de ce je pense, j’ai l’impression. Vous me demandez de vous fabriquer vite fait une théorie de la création monétaire alors qu’il n’y en a aucun besoin, les mécanismes en jeu sont connus et ce ne sont pas les pathétiques essais d’enfumage des libertariens et ultralibéraux qui vont changer le fait que la création monétaire est stimulée par l’anticipation des agents économiques - à la manière d’un appel d’air incrémentant la force du feu - et que la monnaie produite ne comporte aucun facteur interne assimilable à de la dette.
Un problème bien différent est celui de la répartition de la monnaie et des règles pour en contrôler l’usage. Les sus-cités illuminés veulent que ces règles soient naturelles, que l’être humain n’ait pas à intervenir. C’est le fleuve sauvage millénaire dont vous osez m’attribuer la défense alors que justement, je n’arrête pas de parler de sa domestication.
D’autre part, personne ne conteste l’existence du mécanisme de création monétaire. Ce qui est contesté est que cette création monétaire soit ex-nihilo ( ce qui ne veut absolument rien dire ) et que le résultat en soit une monnaie qui incorpore de la dette à sa valeur, évidente ânerie qui donne plutôt envie de fonder une association d’aide aux endettés qui les débarrassaient de leur argent-dette.
Désolé mais c’est à celui qui commence à affirmer l’existence d’un mécanisme que revient la charge de la preuve. Quant à Maurice Allais, son prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel et non pas prix Nobel d’Économie car ce dernier n’existe pas, lui fut décerné pour la reformulation du concept d’équilibre général de Walras et a donc trait à la formation du prix en s’inscrivant dans la tradition du concept la main invisible du marché de Adam Smith. Ce prix est très contesté car d’une part Nobel n’y avait jamais pensé et d’autre part, il suffit de voir le nom des lauréats pour se rendre compte qu’il est dominé par l’orthodoxie libérale. Outre le libéral Allais, vous pouvez trouver, parmi les lauréats, des gens comme Hayek et Friedman. Alors, je ne sais pas si avoir un Nobeld’Économie dans sa vitrine, peut être considéré comme un gage de fiabilité et de crédibilité.