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Neos

40 ans, juriste.
Favorable à la mise en place de listes transnationales d'eurodéputés en 2014.
Je soutiens l'initiative du Groupe Spinelli (Parlement européen).

"Si l'État national était la seule forme d'organisation politique pour les Européens, si nous ne savions pas regarder au-delà de lui comme les Grecs ne surent regarder au-delà de la polis, nous n'aurions qu'à constater que nous sommes arrivés à la fin de la civilisation européenne, nous résigner et attendre que notre destin s'accomplisse."
 Altiero SPINELLI, Turin, 6 décembre 1957

Tableau de bord

  • Premier article le 20/10/2006
  • Modérateur depuis le 03/11/2006
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Derniers commentaires



  • Neos 8 août 2007 12:08

    Ne serait-ce point plutôt la nôtre qui s’accroche becs et ongles à une conception dépassée de la nation où nos diversités et minorités n’auraient aucun droit reconnu alors qu’elles sont pléthores dans nos provinces ?

    Osons penser la nation autrement en trouvant l’instrument juridique qui permette aux minorités d’être reconnues et de continuer à vivre aux côtés de la nation, et non pas en les opposant systématiquement les unes à l’autre.

    L’avenir dans l’UE est à chercher quelquepart dans la conciliation de la nation avec ses minorités, dans la réconciliation des peuples et non dans leur opposition, dans la diversité et non dans un clivage de culte de la différence comme ne cessent de le prôner les thèses souverainistes.



  • Neos 8 août 2007 10:10

    « Mais ce n’est pas exactement le sujet de notre »Lettre« , lequel est relatif à la question de la reconnaissance des »minorités nationales« par la France, concept d’inspiration allemande, et propre à assurer à notre voisin une hégémonie à terme sur l’Europe, ou bien des conflits frontaliers incessants. »

    Je ne partage absolument pas votre analyse. La question des minorités nationales est une problématique qui dépasse la seule approche germanique, elle est omniprésente en Europe centrale, dans les Balkans occidentaux. Mais également en France, en Espagne et dans chacun des Etats membres de l’UE. Et les minorités d’Europe occidentale, centrale et de l’est ne peuvent que se satisfaire que l’on défende, au sein d’un texte fondateur comme peut l’être la Charte, des droits au nom de l’équité, de la diversité du terrain qui fait le charme de nos contrées européennes, mais aussi sa richesse.

    Il n’y a pas que la nation qui soit ’propriétaire’ de la culture, de la langue et des valeurs identitaires en Europe. En cela je ne peux être d’accord avec vos convictions qui s’assimilent, pour moi, à des postulats idéologiques dignes des plus belles années de l’après Congrès de Vienne de 1815.

    Or, les temps ont, cher monsieur, depuis lors bien changés.



  • Neos 7 août 2007 22:21

    Cher monsieur,

    Nous n’avons manifestement pas la même ‘lecture’ de l’activité européenne.

    Quand je parle de ‘projets’ concrets, je ne fais pas référence aux initiatives intergouvernementales des Etats, mais de l’activité communautaire, multilatérale et organisée à 27, aujourd’hui, et qui transcende les efforts communs des peuples d’Europe autour d’objectifs précis.

    Quelques exemples concrets :

    Galileo : http://ec.europa.eu/dgs/energy_transport/galileo/index_fr.htm

    Au passage, Galileo est une activité communautaire.

    Mais aussi :

    Phare : http://ec.europa.eu/enlargement/financial_assistance/phare/index_en.htm

    Les actions agricoles : http://ec.europa.eu/agriculture/index_fr.htm

    La politique de cohésion et les fonds structurels : http://ec.europa.eu/regional_policy/index_fr.htm

    Erasmus : http://ec.europa.eu/education/programmes/llp/erasmus/erasmus_en.html

    Ce programme s’inscrit dans le cadre du programme de formation tout au long de la vie.

    Culture 2007 : http://ec.europa.eu/culture/eac/culture2007/cult_fr.html

    Les exemples concrets d’intégration communautaire sont légions. Les initiatives dont vous nous faites part ne sont en revanche que des initiatives intergouvernementales, initiées hors de l’enceinte des institutions européennes, négociées entre les Etats au titre de leur activité diplomatique traditionnelle ou de leur politique nationale, voire même dans le cadre d’actions privées. Alons, soyons honnêtes, l’activité à 27 est autrement plus vaste que celle que vous décrivez et qui se limite à l’action de coopération limitée entre quelques Etats.

    JK : ‘Donc, la paix en Europe de l’ouest n’est liée qu’à l’état de la relation franco-allemande. Pour cela, en effet, la dissuasion française n’a joué aucun rôle.’ (..)

    Je ne vous le fais pas dire, c’est exactement ce que je souhaitais souligner. C’est d’ailleurs la raison qui a poussé nos aïeux à faire travailler la France et l’Allemagne dans le cadre organisé et surveillé d’une Communauté européenne du Charbon et de l’Acier.

    JK : (..) ‘si la dissuasion française n’assure pas la paix en Europe, du moins jusqu’à présent, ce n’est pas non plus la construction fédérale qui y est pour quoi que ce soit.’

    Vous surestimez largement le rôle géopolitique de la France en 2007. Quant à la paix en Europe, vous avez répondu vous-même sur ce point, je vous renvoie à votre phrase du haut qui est claire et qui, complétée par mon commentaire, prend tout son sens : ‘la paix en Europe de l’ouest n’est liée qu’à l’état de la relation franco-allemande.’

    JK : ‘Ou l’on a les Etats-nations, plus ou moins décentralisés ou déconcentrés ou l’on a - en une génération - l’empire de l’Europe des régions, gros de tous les dangers.’

    Il me semble que vous ômettez quelques (autres) scénariis possibles. Je ne comprends pas votre notion « d’Empire de l’Europe des régions », qui n’a aucun sens.

    JK : ‘Qui freinerait parfois la démagogie dispendieuse des assemblées et des exécutifs locaux’ ?

    Ne serait-ce pas les excès de l’Etat qu’il faudrait plutôt freiner ?

    JK : ‘l’esprit du traité de Rome (encore confédéral) était justement la protection douanière commune, et ceci n’a rien à voir avec la taille des nations ; c’est l’Europe fédérale qui a tout démantelé. Donc votre argument ne prouve rien quant à l’utilité de l’Europe’

    L’Union douanière n’a rien à voir avec cet accord signé en 1995 entre la Chine et l’UE. Cet accord commercial visait à supprimer les restrictions (quotas protecteurs favorables aux Etats membres jusqu’en 2005) à l’importation des produits textiles en provenance de l’Empire du Milieu. Grâce à son poids économique, l’UE a pu s’offrir le luxe de négocier une période de grâce avec la Chine. La France, qui n’avait pas compétence pour intervenir sur ce dossier, n’aurait pu se le permettre. Vous ne pouvez pas nier le facteur économique qui, dans ce cas de figure, est essentiel pour comprendre que les écarts de puissance qui séparent en l’espèce un Etat seul et un groupement d’Etats soudés autour d’un traité (tel que c’est le cas avec l’UE en Europe) puissent faire basculer une décision politique majeure en faveur de ce regroupement d’Etats. Cela relève du bon sens même.

    JK : ‘comment vivent la Suisse ou la Norvège qui ne font pas partie de l’UE, ou la quasi totalité des nations développées du monde qui ne sont pas engagées dans un processus fédéral ?’

    La Suisse a toujours été neutre. Respectons le choix des Suisses de préserver une culture (sage selon moi) de neutralité sur la scène internationale. La Norvège a le privilège de bénéficier de ressources naturelles qui lui permettet d’être autonome dans de nombreux domaines. Les Norvégiens ont, à la suite d’une consultation populaire, fait le choix de ne pas rejoindre l’UE. Ce choix doit lui aussi être respecté.

    Demandons aux français de se prononcer pour ou contre le maintien de la France à l’UE. Je pense que vous ne seriez pas contre cette consultation populaire ?

    Je doute en revanche que la plus haute autorité française trouve cette dernière idée particulièrement judicieuse.



  • Neos 7 août 2007 16:30

    JK : « On ne peut pas dire que la paix en Europe ait été le fait de son orientation fédéraliste passée, présente et future. »

    Je l’ai mentionné dans ma première intervention. Je pense que la méthode de gouvernance de l’UE est critiquable. Toutefois, la méthode d’intégration (ce n’est pas la même chose) a permis de faire en sorte que les Etats autrefois belligérants travaillent ensemble à la réalisation de projets concrets en commun. Cette coopération transnationale a largement favorisé l’installation de la paix en Europe occidentale.

    JK : « La paix vient de l’absence de contentieux grave entre les Etats, et, pour ce qui concerne la France, tout de même, du rôle que joue notre dissuasion nucléaire, telle que l’a voulue De Gaulle. »

    Il me semble que nous n’avons pas la même lecture de l’histoire. C’est bien parce que l’on a rendu impossible la dissociation de l’approvisionnement en matériaux utiles aux industries lourdes et d’armement, dans les années 50, ainsi que l’interdiction à l’Allemagne de se doter d’une armée « nationale », que France et Allemagne n’ont pu retomber dans leurs erreurs du passés. Par ailleurs, vous n’êtes pas sans savoir que la logique de dissuasion, même si elle est toujours enseignée dans les écoles militaires françaises, n’a plus lieu d’être à l’égard des autres Etats membres de l’UE qui, grâce à l’intégration communautaire, sont devenus des partenaires et non plus des concurrents politiques ou des menaces militaires. D’ailleurs, depuis la réforme des armées en France, le concept même de « menace » a considérablement évolué dans le discours des Etat-majors français. Et enfin, vous le savez mieux que moi, la politique de dissuasion nucléaire française avait comme principale raison d’être de permettre à la France d’asseoir une indépendance politique et militaire à l’égard des US.

    JK : « Les nations veulent exister et sont quasi indestructibles. »

    Le croyez-vous vraiment ? Le processus d’intégration communautaire, même s’il fait face à un certain nombre de résistances, est un processus qui, il me semble, a fait et continue à faire ses preuves. L’Union monétaire, même si j’imagine que vous la réprouvez, est un accomplissement et tend à montrer qu’elle est viable. Idem pour la politique de cohésion de l’UE, voire encore l’impact de programmes européens tels que Erasmus, Jean Monnet ou Comenius.

    JK : « La diversité. Je commence par la fin : la France est un Etat unitaire, relativement centralisé, où elle n’est rien, que le domaine royal du »roi de Bourges« (Charles VII) ou à peu près. C’est ainsi »

    Il suffit d’aller en province pour constater que la diversité est une évidence de tous les instants. Allez sur un petit marché du fief du Premier ministre français, dans le département de la Sarthe, voire à côté en Mayenne, je vous défis de comprendre le patois que l’on y parle allègrement... je pourrais également prendre le sud de la France pour exemple, voire encore les contrées avoisinantes de la belle Strasbourg que vous connaissez tout comme moi. Cessons de taire la réalité. Elle nous entoure et ce n’est pas un texte constitutionnel cousu à la taille du costume de De Gaulle qui y changera quelquechose : la France est faite de diversité, et même si l’Etat français continue de la vouloir unitaire, pour des raisons historiques, nul doute que l’avenir nous dira si la théorie jacobine tiendra longtemps face aux impérieuses nécessités imposées de facto par les temps modernes.

    JK : « La corruption de certains élus, qui a tant atteint leur image, à tort pour l’immense majorité d’entre eux, ne date pas du temps des préfets tout-puissants, mais du temps de la décentralisation qui a affranchi en partie les élus locaux de leur autorité. »

    J’imagine que la plupart des élus locaux frémiraient en lisant vos propos. Quelle que soit leur obédience politique d’ailleurs. La décentralisation est un outil utile pour sortir de l’étau jacobin qui étrangle la France depuis bien trop longtemps. S’il est vrai qu’il y a parfois une carence d’Etat dans certaines contrées de France, il y a aussi pas mal de collectivités territoriales où les autorités déconcentrées continuent malheureusement à presser les autorités décentralisées.

    JK : « Face à cela, il y a les immenses pays émergents : Chine, Inde. La nation, parlant français (cela sans préjudice de ses cultures régionales) est à la taille de ces défis. »

    Croyez-vous un instant ce que vous dites ? Je reviens sur un exemple simple qui a secoué la France en 2005 : l’accord signé entre l’UE et la Chine en 1995 et prévoyant la fin des quotas d’importation des produits textiles et de la chaussure en Europe au 1er janvier 2005 a eu des effets malheureux sur l’industrie française qui a demandé l’aide de l’UE pour repousser quelque peu l’échéance de la mise en œuvre de cette décision. Sans la puissance économique de l’UE, la France n’aurait pas pesé bien lourd et, n’en déplaise à votre foi nationale, aurait été priée de se taire. Grâce à l’UE, un délai de quelques mois a pu être négocié auprès d’une Chine bienveillante, à défaut d’être une Chine compréhensive, 10 ans ayant été fixés pour préparer les industries européennes - a fortiori françaises - à cette échéance, fut-elle désagréable.



  • Neos 7 août 2007 14:30

    Bonjour,

    depuis quelques temps sur AGV, des élans pan-souverainistes résurgissent ça et là, plus vigoureux que jamais.

    Je respecte ces idées même si elles ne sont pas miennes et souhaite revenir sur certains arguments avancés par l’auteur.

    Les discussions sur le contenu du projet de traité ’modificatif’, sur lequel planche actuellement la Conférence intergouvernementale, ont fait l’objet de plusieurs articles, je ne reviendrais donc pas dessus.

    En revanche, le fond du sujet est intéressant et je savoure à l’idée d’en aborder quelques aspects.

    Le souverainisme d’abord a ce naturel de ne jamais rappeler les fondements essentiels qui justifient encore aujourd’hui l’existence même de l’Union européenne en Europe. On peut être contre la méthode de gouvernance européenne, on peut être contre la voie économique (certains emploieront le terme « libéral ») qui a été préférée pour en organiser son intégration. Je peux comprendre et je respecte ces positions. Mais il est un autre argument qui, il me semble, ne connaît qu’une opposition mineure dans l’opinion publique : c’est le rôle pacificateur joué par le processus de construction européenne. Au-delà des arguments économiques qui nous amèneraient à débattre sur l’utilité du marché intérieur, l’UE vise ainsi avant tout à dépasser les différences nationales qui ont fait tant de mal aux peuples européens aux XIXe et XXe siècles, et proposer une alternative de développement de civilisation à la logique des concurrences nationales en misant sur la solidarité, la coopération, le travail en commun autour d’un projet unique : vivre notre avenir en commun.

    Ce projet en commun n’est pas le projet allemand. Ma lecture de l’article est peut-être erronée, j’ai eu le sentiment que la plume de l’auteur semblait reprocher à la Présidence allemande du Conseil de l’UE d’avoir voulu s’approprier la Charte des Droits fondamentaux en présentant certains aspects du texte comme d’inspiration germanique. La Charte est un texte élaboré en commun, à 15, il y a environ 7 ans. Le principe du respect des minorités nationales sur lequel je me propose de dire quelques mots, dépasse largement la conception que se ferait un Etat de l’UE et repose sur des valeurs reconnues par les Etats membres dans leur ensemble.

    Alors me direz-vous, que vient faire ici la question des minorités nationales ? Ou autrement dit, pourquoi les thèses souverainistes françaises (c’est un thème particulièrement sensible en France puisqu’il remet en cause un principe constitutionnel que l’auteur n’a pas manqué de rappeler) expriment un certain malaise lorsque l’idée de « minorité nationale » est évoquée sur la place publique ? Ce que l’auteur n’a pas souhaité souligner en gras (préférant attirer le regard sur le principe d’égalité, plus confortable), c’est la mention « république une et indivisible ». En effet, s’est-on jamais étonné de savoir pourquoi la France ne reconnaît-elle aucune « minorité nationale » sur son territoire, alors qu’elle exige, par exemple, que les minorités soit scrupuleusement respectées par les nouveaux Etats membres qui désirent adhérer à la famille européenne (le respect des minorités nationales, un des critères de Copenhague, est une condition d’adhésion à l’UE) ? Pourquoi ne ferait-on pas nôtre les causes corse, alsacienne, bretonne, basque (...) qui revendiquent généreusement un droit à la reconnaissance de leur culture, de leur langue, de leur diversité régionale ? Le souverainisme défend inlassablement l’unité nationale, il refuse en France l’ouverture aux minorités et souhaite limiter tant que possible l’accès à la diversité à l’intérieur de nos frontières nationales. La République doit demeurer « une et indivisible », elle ne doit pas risquer de se voir remise en cause par une diversité trop revendicative. En d’autres termes, le souverainisme craint la conciliation possible entre reconnaissance de la diversité intérieure et maintien de l’unité nationale.

    Car nous touchons ici, chers lecteurs, au cœur de la sensibilité souverainiste : est-il concevable que les valeurs objectives (langue, culture, traditions, usages...) de la nation puissent être conciliables avec les valeurs régionales ou transnationales ?

    Cette question devra probablement trouver une réponse satisfaisante sur notre continent au cours du siècle qui s’ouvre à nous. Au risque sinon de retomber dans les travers nationalistes du siècle passé.

    Je pense pour ma part que ceci n’est pas infaisable. Avec des efforts de tolérance, de solidarité et de compréhension vis-à-vis de nos amis européens, nous pouvons réussir à concilier l’intérêt national avec les intérêts européens.

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