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Robin Guilloux

Robin Guilloux

Je suis professeur de Lettres.

Tableau de bord

  • Premier article le 12/10/2011
  • Modérateur depuis le 17/09/2012
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Derniers commentaires



  • Robin Guilloux Robin Guilloux 25 février 2018 10:33

    @Luc-Laurent Salvador


    Vous avez de la chance d’avoir connu René Girard pour lequel j’ai une immense admiration. Je me souviens de la lecture dans les années 80 de Vérité romanesque et mensonge romantique comme d’un moment de pure joie intellectuelle (pour parler comme Spinoza !). 
    Le distinguo entre mimésis d’appropriation et mimesis de rivalité, est purement méthodologique. En fait, il me semblait avoir bien compris (et je suis content que René Girard vous l’ai lui-même confirmé) que c’était la même mimésis.. 
    Il faut en revenir à l’exemple simple des enfants qui se partagent un jouet : Si on met des jouets à la disposition d’un groupe d’enfants de trois ans, on constate que les enfants ne vont pas prendre chacun un jouet (se répartir les jouets), mais que l’un des enfants va tendre la main vers un des jouets pour s’en emparer et qu’aussitôt les autres vont vouloir s’emparer du même jouet. Si les adultes n’interviennent pas, les enfants se mettent invariablement à s’arracher le jouet, puis à se battre.

    Cette tendance existe bien entendu aussi chez les adultes, mais nous avons appris par l’éducation à refréner ce genre de comportement.

    Chez les animaux, la mimesis d’appropriation est régulée par un mécanisme instinctuel qui empêche en général la rivalité de dégénérer en combats mortels (sauf accidents).

    Ce mécanisme n’existe pas (plus) chez l’homme, pas plus qu’il n’existe de mécanisme de régulation de la sexualité. La sexualité n’est pas régulé par l’instinct comme chez les autres animaux, elle est permanente dans l’espèce humaine et fait l’objet de tabous spécifiques, non en tant que telle, mais parce qu’elle est liée à la violence (cf. La violence et le sacré, « Le sacrifice »).

    René Girard estime que l’augmentation exponentielle de la taille du cerveau humain au cours de l’évolution s’est accompagné d’un accroissement des capacités mimétiques (Girard parle de « l’hypermimétisme » humain) et parallèlement des phénomènes de violence, au point de menacer la survie de l’espèce.

    Note : la mimesis d’appropriation et la mimesis de rivalité ne sont deux pas deux formes distinctes de mimesis. Il s’agit de la même mimesis. La mimesis d’appropriation engendre diachroniquement (et pour ainsi dire « mécaniquement ») la mimesis de rivalité.



  • Robin Guilloux Robin Guilloux 25 février 2018 10:04

    @Christian Labrune


    Je suis d’accord pour chercher par tous les moyens à « invalider » une théorie, quelle qu’elle soit et voir ce qui reste debout. Ce qui m’a intéressé, ce ne sont pas les trois « blessures narcissiques » dont on nous rebat les oreilles depuis la classe de Terminale (avec les maîtres du soupçon : Freud, Marx et Nietzsche), mais ce qu’en dit Peter Sloterdijk dans Ni le soleil, ni la mort, à savoir que ces fameuses « blessures narcissiques », pour lui, n’existent pas, l’héliocentrisme, le darwinisme et le freudisme constituant plutôt des « promotions » si on les regarde autrement.


  • Robin Guilloux Robin Guilloux 24 février 2018 16:30

    Magnifique article, merci !




  • Robin Guilloux Robin Guilloux 23 février 2018 22:33

    Errata : « Mais s’il n’y a rien pour la guider, la tendance mimétique va s’exercer sur toutes les conduites humaines indifféremment, qu’elles soient acquisitives, celles qu’il est bon d’imiter, ou non acquisitives, celles dont l’imitation va susciter la rivalité. »





  • Robin Guilloux Robin Guilloux 23 février 2018 20:42

    @JL


    Selon Girard il y a deux formes de mimesis : la mimesis d’appropriation et la mimesis de rivalité, la première débouchant sur la seconde. 
    La mimesis d’appropriation est un phénomène très simple et observable aussi bien chez les humains (jeunes enfants dans une crèche) que chez les anthropoïdes (chimpanzés, bobobos...). Il n’est pas spécifiquement humain. 
    S’il n’y a qu’un jouet pour deux enfants, les enfants vont se battre pour la possession du jouet. Si les deux enfants (ou les deux animaux) sont de force égale, On va avoir un mouvement d’appropriation symétrique.
    Mais à partir d’un certain moment les enfants vont en quelque sorte « oublier » l’objet pour s’intéresser au rival. C’est ce passage de la « mimesis d’appropriation » à la « mimesis de rivalité » que beaucoup de critiques de Girard ne comprennent pas parce qu’ils analysent séparément (synchroniquement) ce qui se produit diachroniquement). Il n’y a pas d’un côté l’avoir et de l’autre côté l’être, mais un engendrement de l’un par l’autre. 
    La théorie de l’information (les notions de « feed back » et de « runaway ») permet de mieux comprendre (et mieux que ne le fait la théorie freudienne) ce passage de l’avoir à l’être, ainsi que la montée aux extrêmes (le fait que sans l’intervention d’un adulte et en l’absence d’un mécanisme régulateur qui n’existe pas dans l’espèce humaine), les deux enfants risquent de se blesser plus ou moins gravement. 
    René Girard prend au sérieux la remarque d’Aristote sur l’importance de l’imitation chez l’homme, ainsi que les travaux de Gabriel Tarde, auquel il rend hommage, mais il va plus loin. Aristote ne distingue pas le double aspect de l’imitation, il ne voit que l’aspect positif (apprentissage du langage par exemple) et non l’aspect négatif (la rivalité) et il ne distingue pas non plus entre les deux mimesis (appropriation et rivalité) et le lien d’engendrement entre les deux. Platon est autrement plus lucide, mais il ne veut absolument pas en parler (il y a un véritable tabou sur l’imitation chez Platon qui explique le fait qu’il veut renvoyer les poètes de la cité) parce qu’il est trop conscience des aspects dangereux de l’imitation. Platon est beaucoup plus proche du religieux sacrificiel qu’Aristote qui est déjà un « rationaliste ».
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