@C’est Nabum « Il est vrai que j’ai toujours travaillé avec des élèves en difficulté » Ne constituent-ils pas parfois le meilleur terreau ?
PS : J’ai travaillé 27 ans comme éducateur dans des structures d’hébergement accueillant des adultes affectés de handicaps mentaux et/ou neurologiques, de troubles de la communication et/ou souffrant de troubles psychotiques graves. Fruit d’une lente accumulation, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de mon « burn-out » s’est présentée sous la forme de la grave décompensation psychotique d’une résidente. Son psychiatre étant en vacances, aucun de mes collègues n’avait, durant toute la semaine précédente, jugé utile de le déranger pour prévenir la catastrophe, et c’est donc le matin du jour de l’an que je l’ai appelé en urgence. Plus préoccupé de fêter la nouvelle année que par la très ringarde notion de « professionnalisme », le « collègue » avec qui j’étais sensé assurer le service faisait défaut, et c’est donc seul que j’ai dû de 8h à 22h gérer tant le quotidien du groupe (repas, levers, couchers, ...) que l’immense détresse qui noyait cette personne. Si j’ai professionnellement pu assurer tant le service que l’urgence, cet épisode m’a ensuite plongé dans une profonde dépression et l’incapacité durable à encore gérer l’impact émotionnel qu’il avait suscité en moi. J’ai bien ensuite tenté de me réorienter et ai passé près d’un an à suivre des formations qualifiantes en administration de réseaux informatiques, mais tant mon âge que les aléa du marché de l’emploi semblent m’avoir définitivement disqualifié pour la case « chômage ». Si je ne regrette rien d’une carrière qui fut très enrichissante sur les plans humain et relationnel, j’ai - faute d’avoir pu le faire dans cette situation précise - été emmené à faire mon deuil de l’ensemble de ma carrière professionnelle. L’histoire est évidemment moins plaisante que la précédente.
@C’est Nabum @Samson A propos de « fou », encore un mot, juste une anecdote !
J’étais de mon
temps un adolescent fort perturbé et très mauvais élève, statut consacré
par ma place au dernier rang, à côté de la fenêtre et du radiateur !
Notre
prof de latin, une sommité en langues indo-européennes égarée dans les
labyrinthes de l’enseignement secondaire, nous à un jour gratifié d’une
tirade, en Italien dans le texte, reprenant les premiers vers de la
Divine Comédie. « Nel mezzo del camin di vita nostra, / mi ritrovai per una selva oscura,/ que la dirita via ’ra smaritta ».
Devant nos regards oscillant du questionnement à
l’éberluement, il s’est, avec une extraordinaire naïveté, exclamé :
"Comment ? Mais tous les jeunes de votre âge devraient avoir lu la Divine
Comédie !"
Paix à son âme, il n’en a jamais rien su, mais j’ai
pour ma part relevé ce surprenant « défi » et quarante ans plus tard, la « Divine Comédie » en
version originale et fort usagée trône toujours au rang de mes lectures
favorites.
Nul ne sait quand ni par quel hasard certaines des graines que vous semez germeront !
" ... l’État se doit d’injecter des liquidités dans le circuit afin de
redresser, par la distribution de revenus, un paquebot qui n’en finit
plus de prendre l’eau. Une idée, vous l’aurez compris, farouchement
honnie par tout « austérien » qui se respecte.«
Vous omettez de signaler que l’austérité imposée aux gens et aux entreprises trouve pour large part son origine dans les sommes colossales »transférées« par la BC€ du porte-feuille des contribuables et états €uropéens pour être »investies« et distribuées à perte dans le renflouement du gouffre sans fond généré par les roulettes financières et bancaires.
La politique €uropéenne »austéritaire« participe activement au démembrement et au pillage néo-libéral du prétendu »état providence« , à la confiscation par des acteurs privés de toute aspect potentiellement rentable du secteur public : cette logique de communautarisation des pertes et de privatisation des bénéfices substitue à la logique d’un service public de qualité celle d’une rentabilité à court terme. L’affectation €uropéenne du »bien public« aux »saints« impératifs de rentabilité mène à terme à priver les états de tous leurs leviers et de leur capacité même à ’ »injecter des liquidités dans le circuit« pour redresser le Titanic.
Au regard tant de la concentration sans précédent des capitaux actuellement atteinte au niveau mondial (voir le rapport et les chiffres publiés par Oxfam) que de la force de frappe technologique inégalée que leur confère notamment informatisation, automatisation et robotisation des tâches en matière de concurrence, je crains bien que - plus qu’une »crise €uropéenne« - on assiste bel et bien à la crise systémique et mondiale d’un capitalisme qui s’assied désormais allègrement sur l’existence des classes moyennes, les ressources humaines, le marché de l’emploi, et toute forme d’égard aux peuples qu’il asservit au vain et toujours plus inaccessible idéal de la consommation.
Mon espoir ne réside donc nullement en une »reprise« - fut-elle même keynésienne - de l’économie, mais dans une définitive mise à bas du Veau d’Or et autres très païennes idoles auxquels la marchandisation sacrifie quotidiennement notre environnement, la beauté de la vie, des êtres, des choses, et notre humanité.
@C’est Nabum Si même je n’ignore pas que le conseilleur n’est pas le payeur, je ne suggérais pour ma part que le deuil de votre projet éducatif vis-à-vis de cet étudiant.
Outre les difficultés inhérentes aux professions éducatives et même si les « échecs » y touchent parfois fort à cœur et peuvent laisser des plaies longues à cicatriser, je ne doute pas sinon de la richesse humaine et relationnelle de ces métiers en général et du métier d’enseignant en particulier.
Sans augurer de votre décision finale ou discuter sa pertinence, je vous souhaite donc encore une fois bon courage et vous présente mes cordiales salutations !
@Fifi Brind_acier J’agrée au titre et au propos de l’article et suggère simplement le détour - peut-être un peu laborieux mais, à mon idée, fort savoureux pour l’amateur éclairé - à une réflexion aussi revigorante que ressourçante sur les fondements de notre servitude et les manières de réagir afin d’y mettre terme.
Si la tyrannie a certes évolué dans ses modalités et si son oppression s’est - sous couvert de démocratie et des « lois » du marché - dépersonnalisée au profit d« un actionnariat et de CA aussi anonymes qu’insaisissables, son principe et notre oppression se sont perpétués et perfectionnés à l’échelle mondiale cette fois.
»Si les peuples, et en particulier les Français, étaient aussi soumis que
vous le dites, Valls ne mettrait pas en place une surveillance
généralisée...« Me lisez-vous bien ? Si je constate au quotidien qu’ »on" me soumet ou tente de le faire un peu plus chaque jour, je ne prétend nulle part que les peuples sont soumis ou résignés : je suis le premier à saluer l’admirable résistance du peuple grec et souhaite de tout cœur qu’elle soit l’étincelle qui allume au soulèvement généralisé des peuples d’€urope contre les diktats de la financratie.