Non hélas, le fait est je suis docteur, oh certes pas en géopolitique, je le l’admets volontiers, mais cela ne me rend pas moins apte à discerner aisément que ce n’est pas votre cas. Je vous l’ai dit dès le départ, vous n’avez pas appris à réfléchir comme un homme qui a poursuivi ses études un au-dessus de la moyenne. Je pouvais deviner sans que vous ayez besoin de me l’avouer que vous n’étiez pas le spécialiste que vous prétendiez être et comme je voyais bien que vous n’étiez pas pour autant un idiot, cela rendait d’autant plus agaçante votre certitude de pouvoir me duper avec des arguments aussi légers.
Mais bon, merci quand même d’avoir finalement reconnu la limite de vos compétences, même si je me rends bien compte que dans votre esprit, ce n’est pas précisément ainsi que vous l’entendiez.
Oui eh bien je suis désolé de m’être montré particulièrement caustique, mais je vous avoue que si j’ai voulu dans un premier temps vous laisser le bénéfice du doute, vos dernières théories selon lesquelles Ben Laden aurait fait un cadeau aux USA en leur offrant l’Afghanistan comme champ de bataille, ajoutées à celles établissant un parallèle simpliste entre les motivations américaines et celles d’Alexandre m’ont vraiment contrarié. Car, même si vous n’avez pas suivi vos cours jusqu’au bout, à vous lire, je me rends bien compte que vous ne pouvez pas être à ce point stupide pour ne pas saisir la légèreté invraisemblable de pareilles hypothèses. Bref, que vous cherchiez à vous faire passer pour un spécialiste en géopolitique que vous n’êtes pas ou alors que vous n’êtes plus, c’est pitoyable, mais ça vous regarde. En revanche, que vous ayez eu l’espoir de me duper avec pareille insanité, constitue une offense à mon amour propre qui m’est douloureuse. C’est bien simple, je préfère ne même plus y penser !
Alors je vous dis au revoir et merci quand même pour cet échange.
NON, c’est malheureusement l’idéologie qui a guidé les néconservateurs en Irak ! Si comme moi vous les aviez lu, vous devriez savoir pertinemment que le discours économique n’était qu’une façade pour justifier aux yeux d’un monde matérialiste la croisade idéologique. Et c’est bien pour cela que les Européens n’ont pas pu se résoudre à suivre l’Amérique en Irak.
Quant à l’Afghanistan, les Américains et nous-mêmes y avons été entraînés par Ben Laden, lequel pensait nous avoir tendu un piège dont nous ne nous sortirions pas (et les faits nous prouvent que sur ce point, feu Ben Laden avait vu juste). Quant à vos théories sur les motifs de cette guerre, elles ne sont pas crédibles. Je dirais même plus, c’est de la géopolitique de comptoir de bar qui implique que les USA auraient commandité les attentats, simplement pour aller envahir l’Afghanistan dans un coup de poker dont les chances de réussite étaient si proches du zéro absolu que face à pareille entreprise, les plans de démocratisation du Moyen-Orient auraient paru d’un réalisme enivrant ! Et Dieu sait pourtant qu’ils ne l’étaient pas !!!
Bref, pour conclure, l’Amérique pourrait être contrainte de faire la guerre au Pakistan si les islamistes les y entraînaient comme Ben Laden les a entraînés en Afghanistan.
Aaah vous êtes un spécialiste en géopolitique ! Donc je n’avais nul besoin de vous dire combien l’étude des travaux des néoconservateurs était essentielle pour comprendre les tenants et les aboutissants des guerres qui ont été livrées au nom de leurs idéologies...
Et je ferai par conséquent comme si je n’avais pas lu le paragraphe sur le pipeline en Afghanistan qui aurait motivé la guerre.
Juste une dernière précision : Je n’ai pas dit et je ne crois pas que la tragique farce de l’invasion irakienne soit la cause des printemps arabes ! Je dis juste que pour le meilleur ou pour le pire, ces révoltes populaires ont remis de façon inattendue les théories des néoconservateurs au goût du jour.
Ne prenez pas mal ce que je vais vous dire, mais sachez que je me rends parfaitement compte en vous lisant de la modestie de votre culture. Manifestement, vous n’avez pas appris à réfléchir comme ont été forcés de l’apprendre ceux qui ont poursuivi un peu plus haut que la moyenne les études supérieures.
Par exemple : Vous vous prévalez de vos observations, votre analyse, pour fonder votre compréhension. Pourtant, si je vous dis que pour COMPRENDRE les motivations des guerres américaines il faut s’être
préalablement
intéressé à la pensée de leurs promoteurs, est-ce que cela ne vous paraît pas sensé ? Bien sûr que oui, n’est-ce pas ? Reconnaissez néanmoins que vous n’avez jamais lu d’intellectuel néoconservateur et que les fondements de leur pensée vous sont étrangers ! Sans quoi, je me doute bien que vous sauriez comme moi que les guerres d’Irak étaient fondamentalement différentes l’une de l’autre et n’étaient surtout pas basées comme vous l’affirmez sur des intérêts économiques à court terme. Les motivations des stratèges américains étaient infiniment plus complexes.
Si vous aviez pris le temps d’analyser comme moi les travaux d’un homme comme Bill Kristol vous sauriez que les plans d’invasion de l’Irak avaient été tracés bien avant l’accession même de Bush au pouvoir. Au sortir de la guerre du Kosovo, des intellectuels néoconservateurs ont émis l’idée que les dictatures du Moyen-Orient constituaient le terreau sur lequel prospérait l’islamisme et que les USA ne connaîtraient jamais plus la paix tant que ces dictatures ne seraient pas tombées. Pour y parvenir les néconservateurs avaient conclu qu’il fallait que les Occidentaux se fassent les promoteurs de la démocratie libérale au Moyen-Orient. Ce qui nécessitait qu’ils se dotent d’une vitrine là-bas qui puisse servir de modèle qui déstabiliserait les dictatures de la région.
Selon ces gens, la vitrine en question ne pouvait être que l’Irak car ce pays possédait une élite instruite et laïque qui pourrait très vite assumer le pouvoir si on dotait le pays de structures démocratiques. Ce pays étant de surcroît riche en pétrole il ne tarderait pas à récupérer et participerait par sa réussite à déstabiliser les dictatures alentours provoquant des soulèvements populaires partout au Moyen Orient. Et selon ces théoriciens de la guerre, la démocratie en s’étendant au Moyen-Orient apporterait la prospérité, gage de mort pour l’islamisme.
Les USA n’ont donc pas choisi d’attaquer l’Afghanistan, ils y sont allés sous la contrainte de Ben Laden qui entendait les attirer là dans un piège. Les Américains avaient été attaqués et ils savaient que leur ennemi se cachait là-bas, ils n’avaient pas d’autre option que de suivre les règles du jeu fixé par Ben Laden. Mais en 2003 quand ils ont attaqué l’Irak, cette fois, c’est eux qui menaient le jeu. Les néoconservateurs étaient allés vendre à George Bush leur plan d’invasion de l’Irak et lui avaient fait entendre que faire de l’Irak la vitrine du modèle démocratique et libéral était la seule solution pour emporter définitivement la guerre contre les islamistes. En Europe beaucoup ont songé que c’était une erreur, que l’on ne réussirait pas à démocratiser aussi facilement ce pays et que loin de gagner la guerre contre Al Qaïda, on allait leur ouvrir la porte de l’Irak.
L’avenir a donné raison aux Européens puis, avec l’élection d’Obama et le départ des néoconservateurs du pouvoir, on a cru un peu trop rapidement que leurs idées appartenaient désormais au passé. Seulement voilà, avec 8 ans de retard, les printemps arabes sont venus. Au début, les Occidentaux ont été déstabilisés, ne sachant plus comment réagir. Puis les néoconservateurs ont à nouveau donné de la voix pour crier victoire et nous dire qu’il était du devoir des Occidentaux de reprendre leurs armes pour soutenir le mouvement démocratique car c’était toujours selon eux, le SEUL moyen de vaincre à l’islamisme.
Que s’est-il passé ensuite ? Monsieur Sarkozy, en bon néoconservateur, accompagné des conservateurs britanniques a repris le flambeau de George Bush et est parti en Libye. Même monsieur Obama qui a tant décrié les néoconservateurs s’est engagé là-bas, bien caché toutefois derrière Sarkozy, qui n’a quant à lui pas les mêmes réticences à assumer l’héritage de George W. Bush.
Si vous voulez comprendre les motivations des guerres, il faut comprendre la pensée de leurs promoteurs. Monsieur Sarkozy est un néoconservateur qui contrairement à vous a dû lire Bill Kristol et le plan des néoconservateur que l’on croyait mort avec l’élection d’Obama est ressuscité. L’Occident a repris sa croisade pour la démocratie sous l’œil effaré des Russes et des Chinois qui ne savent plus très bien comment réagir, ceci parce que, comme dans les plus beaux rêves des néoconservateurs, de la Côte d’Ivoire à la Libye, l’Occident a le soutien des peuples.