J’évoquais, en réalité, le commentaire d’Aujourd’hui de 15H08 dans le premier fin de discussion. Comme il vient d’être « caché », je le rappelle ici :
> La lecture politique de la lettre de Guy Môquet : l’État n’outrepassse-t-il pas ses droits ?
par Aujourd’hui (IP:xxx.x24.157.126) le 18 octobre 2007 à 15H08
[Cacher le texte]
Je tourne toujours autour de cette phrase :
« Mais la leçon de cette lecture officielle peut très bien être retournée et devenir une sorte d’intimidation : prendre le risque de mourir pour avoir seulement distribué des tracts, franchement, est-ce que ça en vaut la peine ? »
et, franchement, elle ne me paraît pas acceptable.
Si j’étais modérateur d’Agoravox, j’aurais sans douté réagi à ce genre d’argumentation, plutôt de de m’en prendre aux articles et liens de De ço qui calt ?
Car, si on pousse cette logique jusqu’à ses conséquences ultimes, on risque d’en arriver au retrait de toute commémoration des morts de la Résistance, puisque cela revient à rappeler les dangers encourus. Si on n’a pas le droit de rappeler qu’on risquait sa vie en diffusant un tract sous l’Occupation...
Et, dans un pays voisin comme l’Espagne, Franco et ses alliés ont déclenché une guerre civile qui a fait un million de morts, parce que le peuple avait choisi la République. Alors, autant en être restés à la monarchie ? ? ? Et ainsi de suite.
En ce moment en France, on a l’impression d’avoir affaire à une « gauche » qui, après avoir aidé Sarkozy à faire passer des paquets de lois, ne sait plus comment faire pour devenir un peu crédible.
Désolé, mais précisément la lecture des articles du blog de De ço qui calt ? :http://blog.360.yahoo.com/quicalt , paraît très utile pour rappeler ce qui s’est passé depuis l’élection de Sarkozy jusqu’à la fin août. N’en déplaise aux bien-pensants de la modération d’Agoravox.
Le commentaire précédent fait grincer un certain nombre de dentiers, mais il me semble que la raison commande d’admettre que le « petit paragraphe » :
" S’agit-il au contraire d’intimider ?
Mais la leçon de cette lecture officielle peut très bien être retournée et devenir une sorte d’intimidation : prendre le risque de mourir pour avoir seulement distribué des tracts, franchement, est-ce que ça en vaut la peine ? Ne faut-il pas plutôt veiller à ne pas s’engager inconsidérément, de manière romantique, comme le font de préférence les adolescents, dans des actions certes nobles et généreuses, mais tout compte fait stériles puisqu’elles exposent plus souvent à des morts vaines ? On est plus utile à son pays vivant que mort... "
(fin de citation)
est INADMISSIBLE dans une république qui revendique, non seulement la Résistance, mais aussi les droits de l’homme et la mémoire de tous ceux qui se sont battus pour la liberté. Combien d’entre eux sont morts, même très jeunes ?
Doit-on refuser de rendre hommage à Spartacus et aux autres esclaves qui se sont soulevés pour leur liberté, au motifs qu’ils ont « fini » crucifiés ? Jésus aussi, d’après les Evangiles, a été crucifié. C’est un athée comme moi qui se voit obligé de le rappeler.
Et tous les martyrs du christianisme primitif, qui combattaient l’esclavagisme et l’oppression de l’époque ? N’aurait-on pas le droit d’en parler, au motif qu’ils ont été jetés aux lions, crucifiés, massacrés... ?
Et combien de révoltes des bourgeois du Moyen-Age n’ont été noyées dans un bain de sang ? Faudrait-il refuser d’en parler pour ne pas dire que la lutte contre la tyrannie demande des sacrifices ?
Et les victimes des persécutions royales, avant l’avènement de la République, et bien d’autres...
Mais, comme le souligne Ingrid plus bas, l’article semble exprimer toute une série de voeux pieux, comme si dans l’actuelle société les choses pouvaient se régler autrement que par des rapports des forces. D’ailleurs, les « guerres économiques » n’existent que de façade : la réalité est celle des délocalisations et de la domination mondiale du capital financier.
Dans les années 1970, les principales organisations dites « ouvrières » ont définitivement abandonné toute défense des travailleurs, alors que la grande finance montait ou dynamisait ses réseaux : la Trilatérale, fondée en 1973 par David Rockefeller et dont Raymond Barre a été l’un des premiers membres ; le Siècle, progressivement renforcé depuis à peu près la même période ; la « gauche » mitterrandiste qui était une gigantesque arnaque politique (lire « La main droite de Dieu », Seuil 1994), etc...
Lire aussi cet autre article (et son auteur ne semble pas s’être dérangé à un écrire un pour la parodie de septembre - octobre, tellement le décor était identique) :
« Gauche » et directions syndicales ont aidé Nicolas Sarkozy à faire adopter ses « lois de juillet »
Nicolas Sarkozy a réussi à faire passer, en très peu de temps depuis son élection à la présidence de la République Française, une incroyable avalanche de textes législatifs et réglementaires sans rencontrer de réelle opposition. Ce n’est pas une surprise. Les conséquences destructrices de l’ensemble des lois votées et des décrets publiés n’ont guère fait l’objet d’analyses circonstanciées. Pourtant, le programme du nouveau président était connu et annoncé depuis le mois de mai. Mais au sein de la « gauche » les préoccupations étaient autres. Les « ouvertures » gouvernementales, le « statut de l’opposition », les nouveaux « débouchés » offerts à des « personnalités de gauche »... accaparaient bien davantage l’attention. Vraiment, rien de surprenant, après trois décennies de politique unique et de rencontres « transversales ». Quant aux grandes centrales syndicales, elles n’ont organisé aucune mobilisation pendant les deux mois qui se sont écoulés entre l’élection de Sarkozy et le début de la session extraordinaire du Parlement qui a duré tout le mois de juillet et à laquelle elles n’ont pas, non plus, réagi. Manque de moyens ? Certainement pas.
Comme prévu, la « gauche » française et les directions des grandes centrales syndicales ont aidé Nicolas Sarkozy à faire passer ses « lois d’été ». Rien de ce qui s’est produit n’a de quoi surprendre, mais le manque de capacité de réaction dont a fait preuve le mouvement populaire a de quoi inquiéter. La « gauche » et les directions syndicales ont réussi, depuis mai dernier, à bloquer toute opposition significative à la politique de Sarkozy.
Qu’il s’agisse d’une mobilisation militante ou d’une « erreur électronique », cette manière de cacher le commentaire d’Ingrid est d’une grande médiocrité. Le fond du commentaire est très pertinent. En réponse au commentaire :
« Dans quel monde allons nous vivre si ces fanatiques de l’ultra-libéralisme arrivent à leur fin ? »
Ingrid écrit :
Non, ce n’est pas d’ultra-libéralisme qu’il s’agit, mais de la dictature planétaire des financiers et des multinationales. Rien de libéral dans cette opération, bien au contraire. Des organisations comme ATTAC emploient le mot « ultralibéralisme », parce qu’elles ne veulent pas dénoncer le CAPITALISME et l’IMPERIALISME.
Quant au principe de précaution, il est tout naturellement en cause dès lors qu’on accepte la PRIVATISATION DE LA RECHERCHE ET DES UNIVERSITES, ce que la loi Pécresse prépare encore plus ouvertement que les lois précédentes. Mais personne n’a bougé au moment de l’adoption de cette loi.
Dans la recherche privée, il n’y a pas de liberté de publication, à différence de la recherche publique. Dès lors, la notion même de « principe de précaution » au sens du droit public n’a plus aucun sens, dès lors que l’entreprise peut faire taire le chercheur et empêcher que les citoyens soient informés.
En juillet et août, il y a eu ces articles :
(fin de citation)
Voici, pour rappel, les liens dont les extraits semblent avoir dérangé :
Et le pire, c’est que la période actuelle se caractèrise par une perte d’autonomie des chercheurs et par une prolifération des faux scientifiques. Lire, entre autres, cet article d’Isabelle Debergue :
Le scandale chronique des résultats scientifiques falsifiés : crise du lobbying et des pouvoirs discrétionnaires
L’affaire des résultats falsifiés sur le clonage de cellules souches humaines à l’Université de Séoul nous est souvent présenté, en France, comme un cas isolé, un problème « coréen ». Mais les résultats falsifiés étaient parus dans la très prestigieuse revue américaine Science. A présent, on nous parle également d’une « douche froide pour les ambitions technologiques chinoises » (Nouvel Observateur, 16 mai) du fait qu’un jeune chercheur en informatique formé aux Etats-Unis, qui avait annoncé la mise au point d’un nouveau processeur digital, s’est avéré être un faussaire : il semblerait que « la pression (soit) trop forte sur les scientifiques chinois ». La réalité est que ces affaires sont loin d’être les seules qui secouent depuis longtemps les institutions scientifiques au niveau mondial, et pas spécifiquement en Chine ou en Corée. Un peu partout, de nombreux résultats falsifiés ont passé sans difficulté le barrage des « comités de lecture » dans les principales revues internationales. Les auteurs de ces faux sont invariablement des chercheurs connus et devenus influents, pas des « marginaux ». L’exemple coréen constitue, précisément, une poignante illustration de la crise profonde que traverse le monde scientifique dans l’ensemble des pays industrialisés. Mais pas seulement : il s’agit en réalité d’un problème plus global de notre société, celui des effets néfastes du lobbying, des pouvoirs discrétionnaires et de l’immunité institutionnelle.
(...)
Dans tous les pays industrialisés, les hiérarchies des institutions académiques et scientifiques sont super-protégées par leur condition de détentrices du pouvoir de décerner des diplômes, par leurs liens directs avec le milieu des décideurs, par leur participation à de nombreuses activités au sommet de l’Etat et des grandes entreprises privées, par leur osmose avec les plus puissants secteurs de l’Etat, leurs contrats industriels, leur contrôle dans l’ensemble d’importantes administrations avec des budgets très conséquents... Qui les contrôle vraiment, qui ose les censurer ? Personne, sauf rares exceptions. En général, on fait confiance au « jugement par les pairs ». Mais, de nos jours, le « jugement par les pairs » est devenu le lobbying des personnes influentes, à l’échelle nationale et internationale. Si quelqu’un est détenteur d’un pouvoir significatif, « on lui fait confiance », et c’est réciproque. Mais avec une telle logique, l’évaluation scientifique, le contrôle administratif... ne peuvent que dépérir. Le pouvoir devient alors, de fait, discrétionnaire, et incontrôlé, le corporatisme des coupoles aidant, et quoi qu’en disent les textes statutaires que l’on affiche pour la galerie.
Il va de soi, d’ailleurs, que ce problème d’immunité institutionnelle n’est pas circonscrit aux institutions scientifiques. Mais les événements récents, y compris en France, mettent en évidence le développement au sein de ces dernières d’une crise devenue d’autant plus profonde qu’il ne semble exister aucune volonté politique de s’y attaquer. En 2005, les Français ont assisté à la mise en examen de trois importants établissements universitaires et scientifiques en rapport avec l’affaire de l’amiante de Jussieu (voir le site du comité anti-amiante), au constat de la faillite des experts dans l’affaire d’Outreau (parmi lesquels se trouvait un professeur directeur de laboratoire), à la montée des tensions au sein des instances dirigeantes du CNRS qui a abouti à la démission du président début janvier et à un changement de directeur général deux semaines plus tard... Dans un communiqué se plaignant de cette dernière mesure, l’équipe de direction sortante défendait ses orientations dans le sens d’un renforcement du « management ». Précisons qu’une fonction de « directeur scientifique général » du CNRS avait été créée pour la première fois par décision du 30 juin 2005, séparée de celle de directeur général et sous sa tutelle. Ce qui ouvrait la voie à l’accès de non-scientifiques à la direction générale, dans la logique corporatiste de la « haute fonction publique ».
Partout, ce semble être la course au pouvoir et à l’influence, la volonté de les préserver et de les renforcer, que peuvent aggraver des enjeux industriels et financiers peu transparents, qui se trouve à l’origine de cette crise institutionnelle générale. Mais si c’est cela qui compte... qui a intérêt à travailler et à créer, au lieu de « gérer » ?