En effet, la bureaucratisation et le renforcement des pouvoirs discrétionnaires y sont pour beaucoup. Mais il fait ajouter le lobbying, comme le souligne cet article d’Isabelle Debergue :
« Le scandale chronique des résultats scientifiques falsifiés : crise du lobbying et des pouvoirs discrétionnaires »
Autrement dit, c’est une crise du schéma : « pouvoir fort et tous les chefs ensemble, tous ensemble, oui... »
Qui avait « vu » les fraudes de l’équipe de Séoul ? Personne de « sérieux », parce que le « chef » de cette équipe était devenu influent. Seuls quelques jeunes jugés « marginaux » se posaient des questions.
Qu’il s’agisse de science, de technologie, d’expertise... la fraude devient très facile lorsque dans un groupe un « chef » est imposé et les autres doivent la fermer. C’est la mise en cause de l’autonomie d’ingénieurs, chercheurs, experts... qui genère les dangers croissants de fraude de la part de « chefs » ou de « candidats à chefs » bien vus.
Quant au lobbying, c’est le pilier de la solidarité des « chefs » et ce qui permet de faire passer les fraudes comme des lettres à la Poste.
Mais un autre aspect du problème est celui du rapprochement entre ces hiérarques de la recherche et les intérêts privés. Les intérêts de groupes industriels et financiers, les enjeux de l’annonce d’un résultat en présence de ces intérêts, peuvent pousser à toutes sortes de pratiques contestables. Et si la presse US a résolument dénoncé les fraudes de l’équipe de Hwang Woo-Suk, c’est sans doute à cause des enjeux industriels.
D’ailleurs, l’excuse du « publish or perish » n’est pas crédible. Les fraudeurs ne sont pas, en général, des « petits chercheurs » qui luttent pour leur survie, mais des gens très confortablement installés et qui courent après l’argent et les honneurs. C’est donc, surtout, le fait d’une « élite ».
C’est sûr que, plus que des fréquentations « mondaines voyantes » d’un ministre, il faut s’inquiéter de ses fréquentations plus discrètes. Rachida Dati apparaît, dans Wikipédia, sur une liste de quelques membres du Siècle comprenant :
Claude Bébéar (ancien PDG d’AXA), Thierry Breton (ancien ministre des Finances), Emmanuel Chain (journaliste), Jean-Marie Colombani (journaliste Le Monde), Bernard Boulito (Heinz et Asics), Jean-François Copé (ancien ministre du Budget), Michèle Cotta (journaliste, ancienne directrice de France2), Anne-Marie Couderc (Hachette Filipacchi Médias), Teresa Cremisi (Flammarion), Rachida Dati (ministre de la Justice, Garde des sceaux), Renaud Denoix de Saint Marc (ancien vice-président du Conseil d’État, membre du Conseil constitutionnel), Richard Descoings (directeur de l’Institut d’études politiques de Paris), Laurent Fabius (ancien premier ministre), Claude Imbert (journaliste Le Point), Odile Jacob (éditrice), Denis Jeambar (directeur des éditions du Seuil), Laurent Joffrin (journaliste et directeur de publication Libération), Lionel Jospin (ancien premier ministre), Serge July (ancien PDG de Libération), Étienne Lacour (secrétaire général du Siècle), Laurentino Lavezzi, Noëlle Lenoir (ancien ministre de Jacques Chirac), Maurice Lévy (PDG de Publicis), Jean-Marie Messier (ancien membre), Nicole Notat (présidente de Vigeo et ancienne dirigeante de la CFDT), Michel Pébereau (président de la BNP Paribas), Sylvie Pierre-Brossolette (journaliste Le Point), Patrick Poivre d’Arvor (journaliste et présentateur télévisé TF1), Alain de Pouzilhac (ex-PDG d’Havas), David Pujadas (journaliste et présentateur télévisé TF1, France 2), Jean-Pierre Raffarin(ancien premier ministre), Édouard de Rothschild (banquier et homme d’affaires), Nicolas Sarkozy (sixième président de la Ve République), Louis Schweitzer (ancien président du conseil d’administration de Renault, président de la HALDE), Dominique Strauss-Kahn (ancien ministre des Finances) et Marc Tessier (ancien président de France Télévisions).
Mais Dati n’est, ni la seule, ni la première parmi les gardes des Sceaux. Dans le livre d’Emmanuel Ratier « Au coeur du pouvoir », paru en 1996 et jamais condamné en diffamation, on trouve déjà Pierre Méhaignerie parmi les « habituels » du Siècle. Pascal Clément figure dans cet ouvrage comme invité du Siècle en 1994. Jacques Toubon en aurait été membre à plusieurs reprises depuis 1978, Elisabeth Guigou depuis 1990, etc... S’il faut penser à imposer aux ministres et hauts fonctionnaires des règles de déontologie beaucoip plus strictes (c’est sans doute le cas !), Dati n’est pas la seule concerné.
C’est vrai, comme le dit le commentaire précédent qui peut ne pas plaire à tout le monde, que le principal souci des Français aujourd’hui n’est pas de savoir si la justice est assee répressive mais si elle est IMPARTIALE.
A savoir, si un « petit citoyen » isolé peut avoir gain de cause contre un lobby, une institution, un préjugé ou une mauvaise politique (ex. Outreau), contre quelqu’un d’influent... C’est des carences dans ce domaine, que se plaignent surtout les justiciables.
En l’espèce, Sarkozy n’a strictement rien fait, et Clément avait empiré les choses. Quant à la prolifération des procédures sommaires et des blocages divers, ça avait commencé depuis bonne une décennie et Clément en a rajouté.
D’ailleurs, où sont passés Dominique Wiel et les autres innocents d’Outreau ? Et quid des parlementaires UMP comme Houillon (qui n’est plus président de la Commission des lois de l’Assemblée), Fenech, Hunault... ???
Etrange logique, que celle de l’article : oui, on peut rassembler et exploiter plein de données sur vous sans même que vous le sachiez, sans que vous puissiez en exercer aucun réel contrôle... mais honni soit qui mal y pense !
Internet est dans les mains de boîtes privées influentes et d’Etats qui ne rigolent pas, mais ce n’est pas grave, etc...
Le tout, au moment où on nous prépare l’Europe militaire et du « renseignement », lire entre autres :
Tous les politiques « importants » étaient, au cours de la dernière campagne présidentielle, en faveur de la stratégie euro-US de contrôle planétaire. Lire notamment, à ce sujet :
Après les présidentielles françaises, mine de rien, l’ « Europe militaire » (2) [8 avril]
(...)
La Commission Trilatérale a tenu sa réunion annuelle à Bruxelles du 16 au 19 mars. Avec un peu moins de discrétion que d’habitude, car Reuters a même diffusé une photo de Henri Kissinger et Jean-Claude Trichet prise à cette occasion. Javier Solana, Haut Représentant de la « Politique étrangère et de sécurité commune » (PESC), Secrétaire Général à la fois du Conseil de l’Union européenne et de l’Union de l’Europe Occidentale (UEO), et ancien Secrétaire Général de l’OTAN, fait état de sa participation sur son agenda officiel (allocution du 17 mars à 14h30). C’est peut être que la Commission « a un message à faire passer ». Celui de la prétendue nécessité urgente d’un « ordre mondial » en bonne et due forme.
Un important rapport présenté à cette réunion circule déjà dans sa version « pré-publication » : celui de John Deutch, diffusé sur un site d’information et recherche juridiques hébergé par l’Université de Pittsburgh. Mis en ligne en annexe à un article de Joe Shaulis du 20 mars, ledit rapport, intitulé : « Priority Energy Security Issues », porte un cachet du Massachusetts Institute of Technology où enseigne Deutch. Ce dernier apparaît dans la liste des membres de la Trilatérale comme : « John M. Deutch, Institute Professor, Massachusetts Institute of Technology, Cambridge, MA ; former Director of Central Intelligence ; former U.S. Deputy Secretary of Defense ». Il fut, en effet, directeur de la CIA et de la « National Intelligence » en tant que « Director of Central Intelligence » en 1995-96, après avoir été Sous-Secrétaire de Défense US en 1994-95. La thématique abordée dans le rapport est l’un des principaux domaines de compétence de John Deutch, comme on peut le constater sur son site universitaire.
Sarkozy, Bush, médias, lobbying... et ce qu’on nous prépare (1) [18 août]
On parle partout d’une prétendue « crise économique ». Les médias, même « citoyens », s’emploient déjà à nous expliquer en quoi, d’après eux, cela consiste. Apparemment, nous n’étions pas au courant, mais il faudra semble-t-il que « Sarkozy intervienne » à la rentrée, voire même tout de suite. L’intéressé a déjà « interpellé le G7 ». En même temps, les manœuvres militaires de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et l’annonce par Vladimir Poutine, le 17 août, de la reprise effective des vols de bombardiers stratégiques russes, semblent être exploitées pour créer une ambiance permettant aux « experts » occidentaux de « justifier » une militarisation rapide de l’Europe et un renforcement de son alliance avec les Etats-Unis. Cependant, cette propagande ne saurait résister à une analyse tant soit peu sérieuse. D’abord, parce que le pouvoir des lobbies financiers dans ce début de siècle est tel, qu’aucune crise économique ne saurait avoir lieu sans leur « consentement » et sans présenter un avantage pour eux. Ensuite, parce que les manœuvres militaires de l’OCS ressemblent étrangement à des essais de répression d’émeutes et de soulèvements populaires.
Enfin, depuis le début des années 1990 on a vu se mettre en place un partage des rôles à l’échelle planétaire où la Russie et la Chine ont des fonctions bien définies. Notamment, sur le plan du dumping social et de l’organisation de la gendarmerie mondiale que la « transversalisation » générale de la politique contribue à accélérer. Un sujet que j’aborde dans la suite de cette note, mais sur lequel il conviendra de revenir dans d’autres articles.
Nicolas Sarkozy, capitalisme de choc et alliance impérialiste Europe-USA [31 août]
On entendait dire jadis : « attention, dans les périodes de calme apparent, le capitalisme finit toujours par reprendre ce qu’il avait dû céder sous la pression des mobilisations populaires ». Après plus de trois décennies d’activité intense des réseaux capitalistes et impérialistes, et de dégénérescence des organisations ouvrières et citoyennes, le bilan est très sombre et le sursaut citoyen plus nécessaire que jamais. L’intervention de Nicolas Sarkozy à l’Université d’été du MEDEF, la plus influente organisation du patronat français, ne fait que confirmer cette ancienne constatation historique.