Peut-être qu’à l’époque des fresques de Gourdon, les Evangiles étaient eux aussi lus comme des prophéties à caractère notamment astrologique. On scrutait le ciel et les textes et on tentait de reproduire sur terre le modèle de la « cité idéale ». Une grande différence entre Esséniens et Pharisiens était le calendrier : solaire pour les premiers, lunaire pour les seconds.
Une grande partie du problème consiste précisément à arriver à distinguer rénovation et reconstruction totale. Il est évident que ces églises ont été remises à neuf à plusieurs reprises mais quand situer leur construction initiale ? Entre 300 et 1100 s’étend un inexplicable gouffre de 800 ans sans constructions en pierres. Et tout d’un coup l’art roman surgit de nulle part. Emile fait peut-être remonter la construction des premiers édifices de ce type trop loin en arrière mais pourquoi ne pas au moins envisager que les débuts de l’art roman puissent arriver au 4ème siècle et les constructions s’étaler progressivement jusqu’à l’art gothique plutôt que cette soudaine et surprenante vague de constructions très mal documentée au 12ème siècle ?
Autun est une cité éduenne seulement sur le papier, elle s’est rangée derrière Rome contre les Empereurs gaulois. Si Rome avait eu confiance en les Eduens, la capitale de la cité aurait été Chalon et non Autun. Eumène veut faire croire que l’attitude d’Autun durant l’Empire gaulois était représentative de celle de tous les Eduens et met du flou autour du nom de Flavie pour arriver à ses fins. Les Romains pas dupes, n’ont restauré qu’Autun au moins dans un premier temps.
Le Discours pour la réparation des écoles est écrit sous Constance Chlore (§VI) et évoque Augustodunum (§XIV). L’auteur décrit le contraste entre les écoles en ruines et les deux grands bâtiments qui les encadrent (§IX) : temple d’Apollon et Capitole. Ce temple d’Apollon n’est donc pas le vieux temple de Bibracte mais un édifice nouvellement construit et qui correspond à mon avis à l’ancienne cathédrale Saint-Nazaire d’Autun. La ville est qualifiée de colonie (§V), ce qui est un argument supplémentaire en faveur d’Autun.
Dans le Discours d’actions de grâces à Constantin, Eumène joue de la confusion entre la ville d’Autun et la cité des Eduens toute entière. Il appelle indistinctement Flavie l’une et l’autre. Autun était à l’échelle de la cité éduenne l’équivalent de Lyon à l’échelle de la Gaule : une colonie implantée en terre étrangère destinée à servir de relais fiable à Rome en cas de grosses secousses. En confondant Autun et la cité éduenne, Eumène cherche à prouver la fidélité des Eduens à Rome. Son objectif apparaît à la fin du texte : la restauration de Bibracte elle aussi assimilée à Flavie.
Mais Bibracte n’a pas été restaurée et l’épisode de l’Empire gaulois y est sans doute pour beaucoup. Rome n’avait pas tellement intérêt à ce que les citadelles des peuples conquis soit trop bien défendues. Dans le Panégyrique à Constantin, on comprend entre les lignes que Chalon a été récompensée pour ses états de service lors de la guerre contre Maxence et qu’elle sera fière de pouvoir présenter le « plus beau temple de l’univers » au nouvel empereur lors de son prochain passage.
Cela me semble incohérent de construire un temple dans une citadelle (Mont-Saint-Vincent) et une simple tour dans une ville (Chalon). Les constructeurs du temple/église de Mont-Saint-Vincent ont accordé une attention particulière à l’architecture du bâtiment tout comme à Tournus. Les deux « résonnent » ensemble, l’un sur la hauteur et l’autre au bord de la Saône. Cependant, beaucoup d’églises ont une esthétique extérieure relativement bâclée. Cela donne souvent l’impression que ce sont juste des cathédrales miniaturisées.
A Chalon, Abel est désigné par une croix dans le ciel comme dans la vision de Constantin. Il est impossible de dire à quelle date exacte le début du chantier de la cathédrale a débuté mais si Constantin ne l’a pas encore visité dans le Panégyrique, c’est qu’il venait sans doute à peine d’être achevé. Je reste persuadé qu’un grand temple semblable à ce qu’on pouvait trouver à Carthage ou à Rome à la même époque devait se dresser à Taisey et être le principal lieu de culte jusqu’au IIIème siècle.
Je pense que le temple d’Apollon d’Augustodunum évoqué dans le Discours pour la réparation des écoles est l’ancienne cathédrale Saint-Nazaire d’Autun qui n’a jamais été terminée. Bâtiment d’un genre nouveau, peut-être avait-elle un vice de construction irrécupérable et que les Eduens ont préféré tout recommencer à Chalon. A Saint-Lazare, le chapiteau de la fuite en Egypte me fait penser à : Joseph = Gontran, Marie = Brunehaut et Jésus = Childebert II. Il y a également le chapiteau au Sagittaire luttant contre un démon qui rappelle l’évêque Sagittaire de Gap ayant causé quelques tracas à Gontran.