« Je note que son fils ainé qui aurait dû lui succéder est mort avant lui, ce qui semble aller avec le texte biblique qui dit que : tout premier-né mourra depuis le premier-né du pharaon qui doit s’asseoir sur son trône (EX 11,5). Mais il est possible que l’exode ait eu lieu entre les deux pendant une co-gérance. »
C’est également le cas d’Amenhotep Ier qui a accèdé au trône (très jeune) parce que son frère aîné est mort avant son père Ahmosé. Ahmenhotep I est le premier pharaon à avoir séparé sa sépulture de son temple funéraire. Il a peut-être pris cette mesure après avoir vu les pillages commis par les Hébreux. Quand ces derniers ont exhumé les restes de Joseph, ils ont probablement aussi mis à sac une bonne partie des tombeaux alentours. Les « quarante ans » passés dans le désert symboliseraient la durée du règne d’Amenhotep I. Les Hébreux ont attendu de voir dans quel sens « soufflait le vent » en Egypte pour avancer leurs pions en Canaan. Thoutmosis I succède à Amenhotep I alors qu’il n’est pas son fils. Amenhotep I n’a apparemment pas mené de campagne en Asie au contraire de Thoutmosis I qui lancera de grandes expéditions. Je pense qu’elles sont à mettre en parallèle avec les premières conquête de Josué.
En fait, il n’y a que sous Amenhotep IV que Canaan a été laissé à l’abandon. Comme le montre votre citation, les successeurs de Thoutmosis III y ont aussi eu une certaine activité même si elle a été moins importante que celle de leur prédecesseur.
La défaite que subissent les Shashou de YWH dans la lettre d’Amarna que vous citez doit correspondre dans le Livre des Juges à la défaite des Israelites face aux Madianites. (6-11) Les Madianites étant géographiquement plus proches de l’Egypte que les Israelites, ils devaient logiquement être encore plus fidèles au Pharaon sous peine de sanction immédiate. C’est donc l’armée madianite qui sous l’injonction pharaonique a dû vaincre les Hébreux. Ensuite les Hébreux ripostent avec Gédéon et bientôt Meggido se plaindra de l’alliance entre Sichem et les Hapirus. Et Gedeon habitait à Sichem.
Je ne crois pas qu’on puisse parler d’administration d’Amon pour Canaan. Les pharaons du Nouvel Empire promouvaient l’image syncrétique d’Amon-Ré ce qui montre déjà un certain retour à l’équilibre. Les gouverneurs cananéens obéissaient à l’administration pharaonique et c’est plutôt dans l’arrière cour de celle-ci qu’il faut chercher les dissensions. Canaan est très loin de Thèbes et si les peuples asiatiques avaient des liens privilégiés avec une capitale égyptienne, ce serait plutôt avec Héliopolis.
Le culte solaire d’Aton parait quand même bien éloigné de celui de YHW. Hypothèse : les prêtres d’Héliopolis ont d’abord voulu testé la nouvelle religion sur une petite partie de la population ( les Hyksos vaincus) avant de l’appliquer à l’ensemble de l’Egypte. Ils auraient renoncé devant la difficulté de la tâche et la main tendue par les Thèbains (Amon-Ré ). Akhenaton aurait ensuite maladroitement essayé d’en développer une version abâtardie.
« La lettre met en évidence un peuple Hapirou/Hébreu qui supplante l’ancienne administration égyptienne du dieu Amon abandonnée à son sort par le pharaon d’Egypte. »
« Dans le cas d’un conquête dès le XVI ème siècle, j’ai du mal à croire que les Egyptiens aient fait cause commune avec les Hyksos/Hébreux/Hapirous selon moi. »
Le problème est que les Egyptiens n’apparaissent nulle part dans Josué et les Juges. S’ils avaient été les adversaires des Hébreux, il aurait du y avoir des batailles contre l’armée égyptienne. On ne peut expliquer cette absence des Egyptiens que parceque les Hébreux étaient toujours à leur service et que leur Dieu était toujours celui d’Egypte. Derrière Moïse s’agitait peut-être une bonne partie du clergé d’Héliopolis qui craignait pour son avenir face au clergé thèbain triomphant. Les troubles causés par l’Exode ont été l’occasion pour les prêtres héliopolitains de montrer leur puissance dans le Delta et de faire comprendre au roi venu du Sud qu’il fallait compter avec eux. Il suffit qu’un changement de dynastie (arrivée au pouvoir de Thoutmosis Ier) se soit produit en Egypte pendant les « quarante ans » passés dans le Désert pour que les Hébreux soient revenus en odeur de sainteté à la cour pharaonique par l’entremise du clergé d’Héliopolis qui traite avec eux depuis longtemps.
La ressemblance entre la campagne de Thoutmosis III et celle de Josué ainsi que celle d’Amenhotep II avec celle de Barak en Galilée est vraiment frappante.
Placer l’Exode au milieu du 15ème siècle revient à le faire se dérouler en plein sous le règne de Thouhtmosis III dont les armées quadrillaient Canaan de part en part. Par contre au 16ème siècle, l’Egypte était en pleine réunification. Les Thébains victorieux ont sûrement voulu « faire le ménage » en Basse-Egypte, d’où les révoltes possibles face au nouveau pouvoir. Si le Pharaon de l’Exode s’est facilement fait pièger dans la Mer des Joncs, c’est peut-être parce qu’il connaissait très mal ce secteur et qu’il savait qu’une fois hors d’Egypte, les fuyards seraient sauvés.
Pour ce qui est de l’éternel débat sur l’antériorité entre sémites et sumériens, je ne veux pas trop m’avancer. L’impression général est qu’il y a d’abord eu une expansion de la culture d’Obeid depuis Sumer vers Canaan à partir du 6ème millénnaire avec Eridu comme site emblèmatique et qu’ensuite vers -4000 l’influence s’est inversée.
Si le déluge biblique et sumérien sont le même évènement qui s’est produit vers -3700 alors le Sem biblique, fils de Noé et la Première Dynastie de Kish sont la même chose.
C’est bien au seizième siècle que j’envisage de placer l’Exode, très peu de temps après la défaite Hyksos. Mon hypothèse n’est pas très éloignée de celle de Jean Vercoutter. La thèse du treizième siècle ne mène à rien. Elle est populaire à cause de la fascination qu’exerce Akhenaton sur nombre d’historiens d’aujourd’hui.
Les Israelites mènent deux campagnes contre Hazor. Une à l’époque de Josué et une autre à l’époque des Juges. Je pense que la première correspond à la conquête/soumission de la ville par Thoutmosis III et la seconde par Amenothep II. Bien sûr, chacun voit midi à sa porte. Dans leurs textes les Egyptiens s’attribuent tout le mérite et les Hébreux font de même.
Quelques décennies plus tard, les exploits de Gedeon ( sa concubine est Sichem) résonnent jusque dans les lettres d’Amarna dans lesquelles Meggido se plaint de l’alliance entre Sichem et les Hapirous et de la menace qu’ils font peser sur la plaine d’Yizréel.
On assiste ensuite à la montée en puissance des Philistins de la côte qui trouvera son point d’orgue pendant le phénomène des Peuples de la Mer.
Contrairement à la pratique courante, j’ai commencé par me pencher sur la période la plus récente, celle des Juges, avant de remonter en arrière. Cela permet de partir sur des bases plus assurées.
L’opinion générale est de faire débuter la liste royale sumrienne vers -3000 et de placer Gilgamesh vers -2600. Mais quand on voit le nombre de rois (près d’une cinquantaine) qui le sépare de Sargon, cela ne paraît pas crédible. Si on fait débuter comme je le propose, la première dynastie de Kish vers -3700, Gilgamesh aurait régné vers -3400. Et c’est bien à cette époque que les vestiges d’Uruk deviennent les plus importants de la région. Autre argument, l’invention de l’écriture. Elle apparaît vers -3400 et d’après la légende c’est Enmerkar, le grand-père de Gilgamesh qui en est à l’origine.
Les tenants d’une datation basse (à partir de -3000) de la liste royale sumérienne se basent sur le fait que les premiers noms de rois n’apparaissent qu’à cette époque sur les céramiques ou les tablettes. On peut leur objecter que si les noms des héros grecs n’apparaissent à l’écrit qu’à la période classique ce n’est pas pour autant qu’ils ont vécu à cette période.
En ce qui concerne la cité d’Adam et Eve, il ne faut pas faire de sémitocentrisme. Cette cité est très vraisemblablement la première cité sémite mais cela ne veut pas dire qu’elle est forcément la première de tout le Proche-Orient. Elle a peut-être elle-même été fondée par des colons de la culture d’Obeid venus d’Eridu. Je ne suis pas persuadé qu’avant le Déluge les descendants d’Adam et Eve se soient beaucoup éloignés du berceau cananéen.
Pour ce qui est des datations fournis par les archéologues, autant je me méfie de tout ce qui est du domaine de la comparaison autant je pense qu’on peut faire confiance aux méthodes objectives comme le C14 .
Ce qui me gêne avec la datation biblique d’Abraham au 21ème siècle, c’est le coup de mou qui se produit à la fin de son « règne » et qui perdure pendant une bonne partie de celui d’Isaac. On ne le retrouve pas dans l’histoire de l’Egypte à cette époque. Au contraire, à ce moment-là le double-pays est en plein renouveau sous l’impulsion des nouveaux pharaons de Thèbes. Je pense que dans la Bible cette période correspond à la reprise de l’activité d’Isaac qui se met à creuser des puits dans toutes les directions (le Mur du Prince ?) et remonte peu à peu en éclaireur vers le nord. Abraham c’est déjà une vieille histoire datant de l’Ancien Empire.
Le chiffres quarante apparaît trop souvent dans la chronologie biblique pour qu’il s’agisse du fruit du hasard. Ce chiffre et ses (sous) multiples a manifestement été utilisé par les scribes chaque fois qu’ils ignoraient les durée exactes. Par exemple, les fameux 480 ans séparant l’Exode du début de la construction du Temple de Salomon, c’est 12 X 40 ans. Les scribes avaient une bonne idée de l’ordre de grandeur mais ignoraient le chiffre réel.
A partir du moment où on place l’Exode au seizième siècle, tout s’enchaîne très bien. On peut relativement facilement relier les évènements narrés dans les textes bibliques avec ceux des textes égyptiens. Par exemple, la guerre qu’Israel mène contre Hazor à l’époque des Juges trouve son écho dans la campagne d’Amenhotep II en Galilée.
Pour l’époque des patriarches, c’est plus difficile tant le cadre spatiale et temporel est vaste. On manque de points de repères. On peut cependant raisonner ainsi : Abraham est appelé par « Dieu » pour surveiller Canaan vers -2400 lorsque l’Ancien Empire égyptien atteint son apogée. La vie d’Isaac correspond à la première période intermédiaire, synonyme de déclin égyptien. Isaac poursuit le repli vers les frontières égyptiennes amorcé par Abraham.
Jacob marque le début du Moyen Empire et du renouveau égyptien. Son « Dieu » renouvelle l’Alliance et il impose sa puissance sur Canaan. Joseph marque le zénith du Moyen Empire, il n’est certainement pas étranger aux grands travaux entrepris à cette époque. A tel point qu’il a peut-être même fini par prendre le pouvoir. Il semble que sous la treizième dynastie l’essentiel du pouvoir ait été assuré par un collège de vizirs. Et certains des nombreux pharaons de cette dynastie portaient le qualificatif d’« Asiatique ».
La question du Déluge est des plus ardues. Georges Roux dans « la Mésopotamie » plaçait le déluge sumérien vers -3000 avec quelques bons arguments. Cependant cette date comme beaucoup d’autres paraît trop basse. Assez paradoxalement, c’est au nord de Sumer dans la région de Kish et d’Aggad et non à Sumer même que sont apparues les premières agglomérations urbaines denses vers -3700 (début de la culture dite d’Uruk). Or dans la liste royale sumérienne, c’est justement Kish qui assure la royauté sur la Basse-Mésopotamie juste après le Déluge.
Je pense qu’il faut donc placer le Déluge sumérien un peu avant -3700 et que celui-ci marque symboliquement le passage entre la vieille culture dite d’Obeid et la nouvelle dite d’Uruk. Eridu était par exemple un des plus importants sites de la culture d’Obeid et dans la liste royale sumérienne c’est justement cette ville qui est la première a recevoir la royauté du ciel bien avant le Déluge. En résumé, la période pré-diluvienne correspondrait à la fin de la période d’Obeid et la première dynastie de Kish marquerait le début de la culture dite d’Uruk vers -3700.
La question qui se pose maintenant est : le déluge sumérien et le déluge biblique sont-ils la même chose ? Il semble que oui. Dans la Genèse, il y a cette phrase très importante (11-2) « Or en se déplaçant vers l’Orient les hommes découvrirent une plaine dans le pays de Shinear ». Cela laisse entendre que les Sémites n’ont découvert la Basse-Mésopotamie qu’après le Déluge. Etant donné que la moitié des souverains de la 1ère dynastie de Kish portait des noms sémites, on peut penser que les Sémites sont arrivés dans la région et ont « fondé » Kish dès -3700. Ensuite l’Uruk sumérienne et ses fameux rois a connu un développement spectaculaire et a vaincu Kish. Plus tard Kish a repris le pouvoir avec Sargon.