Autre possibilité. Le personnage souriant à cheval sur le mouton est Jésus de Nazareth. Le personnage à l’allure terrible avec le fouet/fléau est l’ancienne divinité, peut-être le sanglant Esus. Le sculpteur aura voulu montrer le contraste entre la violence de l’ancien dieu qui persécutait les chrétiens nazaréens et la douceur du nouveau qui arrive les bras grands ouverts. Dans ce cas, l’église est bien chrétienne nazaréenne.
Je préfère le terme d’évangélisation parcequ’on sait à peu près de quoi on parle. Christianisation est un terme très flou qui inclut aussi bien l’espérance en Jésus de Nazareth que celle dans un autre messie. En Gaule, il semble que la christianisation ait précédé l’évangélisation. Cette église d’Orcival est « chrétienne » (religion celtique influencée par le messianisme judaïque) mais pas évangélique. Si Saint-Martin a intensément prêché dans cette région, c’est parcequ’elle constituait sûrement un foyer de résistance à la parole évangélique. Il est possible que Saint-Martin ait été enterré dans la basilique d’Orcival mais manifestement ce n’est pas Perpetus qui l’a élevée.
En Egypte ce sont les ennemis qu’il s’apprête à frapper que le pharaon tient par les cheveux. L’allure de ce dieu n’a rien de sympathique avec ses traits marqués et ses dents. Le soldat évangélisé qu’il tient par les cheveux est à sa gauche comme le serpent que le « Cernunos » tente de repousser sur le chaudron de Gundestrup. L’autre soldat, chrétien mais non évangélisé, est protégé par son dieu comme par son bouclier.
Ce personnage est peut-être un christ mais étant donné qu’il n’y a apparemment aucune référence aux Evangiles à Orcival, il ne s’agit probablement pas de Jésus de Nazareth. L’objet qu’il tient dans la main droite ressemble à un fléau. On dirait qu’il va l’abattre sur le soldat qu’il tient par les cheveux. Cette scène rappelle une plaque du chaudron de Gundestrup où on voit le dieu s’apprêter à plonger un soldat dans un tonneau. Ce dieu au fléau peut également être rapproché de l’Esus Emondant des piliers de Trêves et de Paris. On est manifestement dans un symbolisme prophètique proche de celui de Jean-Baptiste : « il va nettoyer son aire et recueillir son blé dans le grenier ».
On peut faire deux hypothèses. Soit cette église date d’avant l’évangélisation. Soit elle est une réaction à l’évangélisation. Les umbos des boucliers des soldats sont différents. Celui du soldat de gauche est circulaire, celui du soldat tenu par les cheveux à la forme...d’une croix.