Fergus, pour réaliser un plat de haute volée, il faut de très bons ingrédients savamment agencés. J’apprécie aussi la symphonie espagnole (d’ailleurs plus concerto que son concerto pour piano en fa mineur) mais je déplore que ce soit sa seule oeuvre réellement connue alors qu’il en a composé d’autres au moins autant admirables voire davantage comme son ballet Namouna, sa sonate pour violon op12, sa sonate pour violoncelle, son troisième trio, son quatuor op 45 et bien d’autres aussi bizarrement que superbement ignorées.
Certes, il existe de bons concertos pour violon de cette époque mais l’opus 20 est très réussi : il joue sur deux éclairages modaux possibles de la même tonique (fa majeur/mineur), ce qui est une belle originalité et pour le plaisir de l’auditeur il juxtapose des plages lyriques et des zones virtuoses. Il vaut largement la symphonie espagnole, voire davantage, et on ne comprend pas bien pourquoi il est si peu joué. Cela vaut presque autant pour son concerto pour violoncelle.
Fergus, effectivement le concerto de Beethoven impressionnait les suivants, à tel point que Brahms a éprouvé le besoin de mûrir longtemps la ponte du sien. Par contre, je ne partage pas votre hiérarchisation des « concertos » de Lalo : le succès de la symphonie espagnole résulte de son caractère pittoresque mais il est moins inventif que l’op 20 puisqu’il utilise des recettes rythmiques (habanera, etc..) harmoniques (mode andalou) et mélodiques (alternances de secondes ascendantes et de tierces descendantes) sans abandonner les structures formelles traditionnelles. Bref, en utilisant ces moyens, il ne va pas plus avant dans ses domaines favoris, notamment le rythme.
Fergus, la souris m’en tombe des mains, vous êtes presqu’au XXème ! Ici on est dans le concerto déguisé, solution de beaucoup de compositeurs de l’’époque notamment français pour éviter de tomber dans le modèle beethovenien. On est dans l’ibérique dans toute l’oeuvre, habanera, séguedille, malaguena, jota sauf dans l’andante sombre et schumanien. Finalement sa caractéristique est que l’orchestre cadre le temps et le violon y fait des digressions. Tchaïkovsky l’aurait beaucoup apprécié et y répondit par son propre concerto alors qu’il avait « cassé » le précédent concerto de Lalo.