sages et raffraîchissantes remarques, qui devraient être évidentes pour toute personne douée d’un peu de bon sens.
Mais, en vérité, la raison d’être de toutes statistiques actuelles, et autres "rapports internationaux", est précisément de travestir toute vérité.
Dans cette "civilisation du mensonge" qu’est la société moderne, où l’idée même qu’il puisse y avoir Vérité devient un sujet de débat philosophique, nous avons développé l’art du mensonge, de la tromperie et de la manipulation, jusqu’à en faire des sciences et des industries, que l’on nomme par exemple "techniques de marketing" et "médias".
Et c’est devenu chose tellement habituelle, tellement "normale" et répétitive, que nous n’y réagissons plus, comme anésthésiés par ces poisons quotidiens que l’on nous administre...
Eh bien, nous y voilà ! Le marché mondial aux esclaves commence à se développer ; c’est le premier cas médiatisé, mais il n’y a aucune raison que celà s’arrête...
Et ce sera la meilleure manière d’écraser définitivement et à l’échelle mondiale cette idée anachronique, digne de l’homme des cavernes, qu’il puisse encore exister quelque chose appelé "code du travail".
Comme le rapporte Bj33, cette parole d’unn cadre nouveau modèle : "chacun est libre de faire une expérience d’expatriation et je ne vois vraiment pas pourquoi on se pose la question de savoir si cette offre est légitime ou non" .
On aurait pu en dire autant des anciens cueilleurs de latex, au Brésil, que l’on avait déplacé en masse depuis chez eux en leur promettant la fortune, et qui, de manière la plus éhontée, se sont fait exploiter comme des esclaves, leur vie durant, dans les grandes plantation d’Amazonie, à l’époque du caoutchouc naturel : plus ils travaillaient, plus ils s’endettaient !
"Chacun est libre de négocier..." à égalité, bien sûr ; car entre le chômeur aux abois et le propriétaire riche et puissant, il ne saurait y avoir de déséquilibre de pouvoir : chacun est libre de choisir...
Comment en sommes-nous venus à accepter que des escrocs, des menteurs et des brigands puissent nous manipuler ainsi et monopoliser à ce point la parole officielle ? C’est un mystère...
désolé, je n’ai lu votre commentaire qu’aujourd’hui. Viendrez-vous encore vous promener par ici ?
Une réponse, un peu simple, rapide car je ne crois pas que nous soyons en désaccord sur le fond :
Quand vous parlez de la nocivité du système marketing, comme vous l’appelez, ou de la financiarisation, par exemple, il ne s’agit là que de quelques éléments d’un ensemble beaucoup plus vaste ; quand on étudie un processus, il faut l’observer dans son ensemble, car chaque élément interagit avec les autres, tout à la fois cause et effet.
Les aspects du système moderne qui nous apparaissent aujourd’hui comme nuisibles ou même criminels sont beaucoup moins des causes que des effets en bout de chaînes, après un long développement historique ; on ne peut les traiter comme s’ils étaient de simples détails séparés du reste.
En vérité, prétendre vouloir éliminer les inconvénients du modernisme, tout en en gardant les avantages, revient rigoureusement à croire que l’on pourrait obtenir tout à la fois "le beurre et l’argent du beurre".
La nature ne fonctionne pas ainsi.
Voilà maintenant trois cents ans que nous avons commencé à faire "la fête" , et pour celà, nous avons d’abord dilapidé notre propre héritage européen, constitué de l’accumulation durant quasiment un millénaire du patient travail de nos ancêtres, de tout un équilibre social et agricole et d’un savoir faire qui en était les fruits.
Puis nous avons conquis le Monde, et avons alors entrepris de dilapider l’héritage des autres.
Et enfin, refusant de réaliser que cette fête de la surconsommation et du "progrès" pouvait avoir une fin, nous avons continué à le fairer à crédit pendant quelques décennies, le temps de plonger notre monde humain dans une situation inextricable...
S’imaginer que maintenant, endettés jusqu’au cou, nous puissions dire face à l’ordre naturel des choses : "pouce, on arrête tout et on repart à zéro !" c’est faire preuve d’ignorance et de la plus grande naïveté qui soit .
Maintenant, il va falloir payer, d’une manière ou d’une autre ! Tous les banquiers vous le dirons, les dettes se remboursent toujours, ou alors il faut aller voler les sommes équivalentes ailleurs. Et le fait qu’il ne s’agisse pas, en l’occurence, de simple argent mais de principes d’équilibres entropiques beaucoup plus subtils et profonds qui manifestent ce que nous appelons les richesses réelles d’une société, ne change rien à l’affaire.
Evidemment, les "riches" voudront maintenant essayer de s’en sortir à bon compte, et aux dépens des pauvres : à mon sens, dorénavant, l’actualité à moyen terme sera dominée par l’illusion, très présente chez ces minorité de vrais nantis, qu’il soit encore possible de s’en sortir en faisant "payer" les autres, cad une grande majorité humaine dont nous faisons partie, dominée , asservie, et mise au service du système, et des conflits que celà produira.
Mais on ne saurait tricher indéfiniment avec les équilibres universels.
Quand un "Titanic" coule, les premières classes situées tout en haut sont évidemment les dernières à être inondées ; on peut pendant un certains temps se contenter de faire illusion, de développer des services d’ordre pour bloquer et enfermer les troisièmes dans leurs quartiers, et même d’insonoriser les cloisons pour ne pas entendre à l’heure de l’apéritif les cris de ceux qui s’y noient , par exemple.
Il est néanmoins inévitable que tout ce monde-là finisse par sombrer à son tour...
quand on s’aperçoit que l’on se trompe de direction, la première chose à faire, c’est de ne pas perséverer dans l’obstination ; il faut se réorienter.
Il est évident qu’à ce point là, il faut encore faire l’effort de revenir au point où l’on s’est trompé avant de recommencer à avancer...
Quand vous dites qu’il faudrait à ces pays "des dizaines d’années pour s’en remettre et devenir auto-suffisants", ce n’est pas évident ; il faudrait d’abord que les puissances mondiales lèvent les pressions qu’elles exercent sur eux en permanence et qu’elles leur fichent la paix.
En réalité, ceux pour qui celà serait le plus douloureux, ce serait sans doute les pays comme les nôtres qui ont pris l’habitude de vivre aux dépens des autres et qui, à vivre sur leur seules ressources propres, verraient leur niveau de vie baisser de manière très significative.
La consommation individualiste comme celle que nous connaissons aujourd’hui deviendrait impossible, à moins d’une collectivisation "populaire" à la manière de l’URSS à son origine, et nous savons que ce serait un cauchemar.
Mais l’élément le plus inquiétant dans l’affaire, c’est que le retour du protectionnisme à l’échelle de la planète signifierait vraissemblablement la guerre, comme celà s’est passé dans les années trente.
Il n’est de toute façon pas sûr qu’il soit possible de l’éviter à l’heure actuelle...
votre article, très simple, est une bonne remarque.
Mais, sans vous en faire le reproche, il y a quelque chose de déplaisant dans cette manière très répandue que l’on a aujourd’hui de "nommer" un sujet par un simple mot, un titre ou une formule-slogan, le plus souvent "à la mode" du jour, pour frapper les esprits et essayer de mieux se faire entendre au milieu de ce gigantesque "bruit de fond" qui nous entoure.
La "mondialisation", qu’est -ce que celà veut dire ? Est-ce une cause en elle-même, ou un ensemble très complexe de processus divers que personne n’est capable de maîtriser vraiment ?
On pourrait en dire autant par exemple de la "globalisation", du "libéralisme", du "capitalisme", de "l’économie", etc...
"Nommer" les choses ainsi, si l’on n’y prend pas garde, celà finit par revenir presque à les identifier comme des "entités", des ensembles cohérents et doués de puissances, des "personnalités", en somme ; et donc de les déifier, d’en faire de véritables idoles !
"C’est la faute à qui ? C’est la faute à..."
Le résultat de tout celà, c’est qu’aujourd’hui tout le monde mélange tout, les causes et les effets, les maux et leurs symptomes, les éléments importants et ceux de détail. Celà ne sert à rien, sinon à augmenter les confusions et les désordres, quand il vaudrait mieux décortiquer et comprendre les vrais processus qui sont à l’origine de ces maux.
Pour en revenir à votre remarque de ce changement cartographique du monde et à ses causes, une parmis les autres me paraît significative, en tous cas : l’exode rural.
C’est à mon avis une des choses que l’on n’analyse pas assez aujourd’hui, et que l’on ne remet pas en question, sur lequel on sent même un déni : l’exode rural serait normal, absolument "fatal", car lié a la modernisation, elle-même la plus fatale des nécessités...
Prenons comme exemple un pays comme la France ( je prend ce que j’ai sous la mains), car il est assez significatif" sur une durée qui ne fait tout de même que huit siècles, cad peu de choses en regard de l’histoire humaine :
Si l’on avait pu observer ce pays par satellite aux alentours du treizième siècle, on lui aurait remarqué une homogénéité dans la densité démographique à faire rêver ; des bourgs presque insignifiants, des campagnes et des montagnes beaucoup plus peuplées, vivantes et soignées qu’aujourd’hui, et enfin des axes de transports et d’échanges qui existaient assurément du point de vue culturel et pour certains produits, mais sans aucun rapports avec ces flux indispensables que sont les transports actuels dont la simple interruption, même sur une durée moyenne, entraineraient les conséquences les plus catastrophiques et menaceraient même la survie humaine !
La caractéristique de la société humaine à cette époque ? L’autonomie, tout simplement, et aussi le fait que la "propriété privée" telle que nous la connaissons aujourd’hui, sur les éléments essentiels à notre vie comme par exemple les terres, l’eau et les aliments, n’existait quasiment pas ; chaque communauté assurait elle-même la production de ce qui lui était indispensable, et n’avait recours à l’échange commercial (le marché) que pour l’accessoire, les denrées que l’on pourrait dire "de luxe" ou exotiques, qui n’étaient pas produites sur place.
On s’est évidemment beaucoup étendu sur les malheurs des ces époques, à un point tel qu’on a fini par les décrire presqu’exclusivement par eux : à écouter certains historiens vulgarisateurs, ainsi que certains programmes scolaires, la vie de ces gens n’était chaque mois ou chaque semaine, et celà en permanence, qu’une succession de viols, pillages, famines, épidémies de peste et de choléra, on en en passe et des meilleures !
C’est à se demander quand ces pauvres gens ont pu avoir le loisir de construire et de produire ce dont nous admirons les restes aujourd’hui...
Nous nous plaisons à prouver notre supériorité occidentale en comparant notre niveau de vie au leur, mais c’est oublier que notre opulence n’est absolument pas représentative de la moyenne mondiale, et qu’elle est même précisément en rapport avec la misère "nécessaire" du reste du Monde.
On peut considérer que les débuts de l’exode rural en France correspondent à la fondation des nouveaux bourgs et villes "libres", et les débuts de la "bourgeoisie", au cours du "moyen-âge" considéré comme la fin de l’époque féodale et les débuts de ce que l’on a appelé la Renaissance ; mais cet exode rural là n’était pas une fuite subie par les couches les plus défavorisées pour des raisons de pauvreté ; au contraire, ce sont les populations les plus dynamiques d’alors qui, pour échapper à l’étouffement d’une tutelle seigneuriale qui ne se justifiait plus par ses services rendus et aussi par sa perte de prestige, ont arraché, souvent par conflit, le privilège bourgeois de pouvoir se gérer eux-même.
Les débuts d’un exode de masse véritablement rural,moderne, causé par la misère, datent en fait de l’apogée de la Renaissance et des débuts du monde commercial et industriel ; on peut le faire coincider avec l’époque du phénomène des "enclosures" en Angleterre, quand des populations entières se sont retrouvées spoliées de leurs ressources par des grand propriétaires éleveurs qui ont "cloturé" leurs domaines et qui leur ont donné le statut de propriété privée. C’est là ce qui a produit l’embryon, la première origine des masses prolétariennes dépendantes, définies par le fait d’être obligées d’acheter pour manger et donc d’être salariées pour pouvoir acheter .
C’est aussi à cette époque que sont apparues les nouvelles théories libérales et de la dictature du marché, et qu’a explosé la "révolution industrielle".
Une des superstitions les plus répandues chez nous voudrait que le système de marché libéral "crée" de la richesse, ce qui ferait de nous le plus "religieux "des peuples par notre foi en le miracle permanent !
En réalité, le système se contente de concentrer la richesse dans les zones qui jouent le rôle de centres économiques, au dépend des régions économiquement périphériques ; parallèlement à l’enrichissement des villes, il y a un appauvrissement très réel de cette périphérie, et c’est bien là l’origine de l’exode des paysans obligés de "suivre" les déplacements des richesses.
Et c’est bien là qu’apparaît l’iniquité absolument monstrueuse de notre époque :
Quand au siècle dernier, forcé par la misère, le breton ou l’auvergnat quittait son "pays" et sa vallée, il pouvait légalement rejoindre Paris ou Lyon au nom de l’unité nationale du pays ; on ne lui a jamais reproché d’être un immigré qui venait "manger le pain" des parisiens ou des Lyonnais.
Mais aujourd’hui le phénomène est devenu mondial : à l’échelle des continent, les richesses et capitaux des régions économiquement périphériques rejoignent les zones économiquement dominantes, mais il est interdit aux peuples ainsi subtilement spoliés de les suivre.
Quand on voit l’étonnement que provoque auprès du public et des médias la découverte des famines actuelles, on se demande qui l’emporte : la bêtise la plus insondable, ou l’hypocrisie la plus noire ?
A l’évidence, ces famines et cette masse de misère humaine ne sont pas arrivées par hasard ; elles sont inhérent au système même, produit direct des concepts que nous vantons depuis trois siècles, et sur lesquels nous avons fondé notre image et notre prospérité d’hommes "modernes.
Il est parfaîtement clair que cela va, non seulement se poursuivre, mais s’aggraver de plus en plus vite et concerner des populations de plus importantes aussi longtemps que l’on n’en reviendra pas à l’autonomie alimentaire des régions, et au protectionnisme le plus draconiens !
Le résultat le plus évident de ce modernisme dont nous sommes si fiers aura été de transformer le Monde en un radeau de la méduse peuplé de survivants obligés de s’entre-dévorer pour survivre ; nul doute que celà ne transforme l’aspect de la planète de manière sensible...