"en seriez vous dépourvu au point
d’en nier l’existence chez les autres ?"
Tout en étant conscient des limites de mon jeu
d’acteur, je ne nie pas la capacité des autres de se jouer un cinéma.
En fait, on peut toujours tenter d’imaginer ce que seraient nos
sentiments dans une situation donnée, mais de là à penser que les autres
éprouvent, ou éprouveraient, les mêmes dans les mêmes , il y a une sacrée marge.
Prenons un cas extrême, vous êtes condamné à mort
aux Etats-Unis et, dans quelques jours, vous allez être exécuté, que
ressentez-vous ?
Je prétends que tant que vous n’êtes pas en
situation d’être exécuté à bref délai, vous ne pouvez pas le savoir.
A partir de là, comment pouvez-vous ressentir de l’empathie
pour un condamné à mort à qui on annonce qu’il va être exécuté, si ce n’est en
vous mettant vous-même en scène et non lui ?
Or, il a tué quelqu’un dans des circonstances
telles que la peine de mort lui est applicable, et pas vous, il est dans le
couloir de la mort depuis dix ou douze ans, alors que vous êtes en liberté, il
sait qu’il va mourir et vous, vous savez que vous n’allez pas mourir, et vous
croyez pouvoir ressentir les mêmes sentiments que ce type qui biffe les jours
sur un calendrier ?
C’est tout simplement illusoire, du cinéma comme je
disais…
« Aujourd’hui il existe un mot qui n’existait pas il y a seulement 50 ans et qui permettrait d’écrire... »
Si un aspect de la nature humaine n’a pas été identifié, nommé et décrit par les philosophes de la Grèce antique, c’est qu’il s’agit d’une construction intellectuelle sans réels fondements.
« - La dissonance cognitive ou politique de l’autruche : je n’ai pas à juger de ce que j’ignore, donc il est préférable de ne pas chercher la vérité. »
Et que faites-vous de l’« agnosticisme » étendu à la politique ? Vous parlez de vérité, comme sil n’y en avait qu’une, alors qu’elle n’est bien souvent qu’une question d’éclairage.
Quand, dans une publication quelconque, il y a une rubrique « pour/contre », vous avez des intervenants qui développent des argumentations tout à fait cohérentes, mais en accordant la priorité à des aspects différents de la réalité et, à partir de là, chacun défend SA vérité qui n’est pas LA Vérité.
D’ailleurs existe-t-elle vraiment ? Si elle existe, est-elle à notre portée ? Quand sait-on que nous détenons la vérité ? Ne serait-ce pas quand elle correspond à ce que nous avions, a priori, envie de croire ?
Face à la Vérité, ce n’est pas des menteurs dont nous devons nous méfier d’abord, mais de nous-mêmes, c’est-à-dire de notre propension à croire ce qui, d’une manière ou d’une autre, nous arrange. sans nous rendre compte de notre « vulnérabilité » à la prise des désirs pour des réalités.
P.S. - Quand on a conscience de croire quelque chose sans en avoir la preuve, parce que ça nous arrange, alors on rentre sur le terrain du cynisme, ce qui est un tout autre registre.
« Je précise que je mets à l’écart de mon raisonnement tous les gens qui - par manque réel de temps, de moyens ou de volonté - ne s’informent pas ou s’informent involontairement mal. »
Je pense, pour ma part, que l’expression « manque de volonté » est mal choisie et que « manque d’intérêt » serait beaucoup plus approprié. Manque d’intérêt par rapport à d’autres facettes de l’existence - les timbres-poste, les bons vins, le modélisme, la philosophie, le cinéma, les coléoptères, la photographie, le sport, j’en passe et des centaines - ou encore manque d’intérêt par carence d’informations fiables et crédibles. C’est mon cas.
Il ne faut pas croire qu’il y a des méchants qui mentent, truquent, falsifient et trompent leurs contemporains, en face de Bons qui sont à la fois les adorateurs et les serviteurs zélés de la Vérité vraie.
En réalité, tout le monde triche, sollicite les faits, occulte, extrapole pour parvenir à des conclusions allant dans le « bon sens », cherche à conditionner. Le consommateur d’informations, lui, par nature (humaine) tend moins à s’informer, qu’à trouver la confirmation de ce qu’il pense a priori. Pour lui, un bon média, c’est celui qui publie, dit et/ou montre ce qu’il a envie de lire, d’entendre et/ou de voir.
Moi, je fais partie de cette minorité (prudente et je dirais peut-être expérimentée) qui dit ou pense systématiquement « Il faut attendre que ça se décante : les faits comptent infiniment moins que leurs conséquences ».
C’est ce qui fait que j’ai littéralement « redécouvert » la Tunisie en janvier 2011, après plus de 20 ans d’indifférence absolue. Cela dit, une fois le processus « printanier » enclenché, je n’allais pas m’emballer pour un « printemps arabe », auquel je n’ai jamais cru - tant il correspondait peu à la mentalité des populations, ou leur identité, si l’on préfère.
Actuellement, j’observe la même indifférence à l’égard d’une idole des ados et des ados prolongés, le chavismo-bolivarisme vénézuélien. Les adulateurs de Maduro publient des articles dithyrambiques, les contempteurs du régime, des analyses apocalyptiques. On en est là.
Mais, je ne dirai surtout pas que la vérité se trouve entre les deux - on n’en sait rien - mais, à mon habitude, je conseille d’attendre que ça se décante sans se laisser influencer par les uns ou les autres, en se souvenant que le Venezuela à l’échelle de la planète et dans une perspective géopolitique, c’est quelque chose de tout à fait négligeable.
Et s’il y a une chose qui fausse autant les perspectives que l’antipathie, c’est la sympathie. D’où l’impérieuse nécessité de se protéger de l’une comme de l’autre, si l’ôn cherche vraiment à comprendre quelque chose au monde qui bouge.