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Christophe

Christophe

Passionné de sciences, je possède de bonnes bases dans des sciences dures (mathématiques, mécanique, électronique et informatique). Suite à des travaux menés dans les sciences cognitives, j’ai mis ma formation au service des sciences humaines.

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  • Premier article le 22/02/2007
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Derniers commentaires



  • Christophe Christophe 11 octobre 2007 16:48

    @Luciole,

    Si je vous suis bien, Levy-Strauss accepterait sur le fond la continuité de l’esprit humain mais aurait tendance à raisonner de façon « discrète » (en terme mathématique) en ce qui concerne la culture et les symboles. Il me semble avoir lu quelque chose là-dessus, mais cela remonte à loin.

    En effet, c’est du moins ainsi que j’ai pu utilisé son approche dans mes travaux qui eux aussi sont lointains ! smiley

    L’approche de Lévi-Strauss tend vers le formalisme mathématique (reproche recevable d’Esteban) ; du moins en terme de représentation de connaissance.

    Quoiqu’il en soit, la classification n’est peut-être pas le dispositif le mieux à même de dévoiler les rapports de causes à effets entre différents aspects d’une culture et de mettre par là en lumière les points communs qui existent entre différentes cultures en termes de processus et de genèse.

    La causalité, et nous sommes d’accord, ne peut pas être totalement couverte par la classification. Cette dernière ne permet que de dissocier les concepts abstraits entre eux ; quoique les frontières franches entre les concepts est loin d’être une évidence.

    Auparavent, d’un point de vue plus technique, nous utilisions des hiérarchies conceptuelles. Aujourd’hui, nous travaillons plus sur des treillis conceptuels avec une foultitude de lien entre eux ; dont des liens de causalité mais qui sont, à mon sens, peu performants. Pour la causalité, j’ai plutôt tendance à intégrer des notions de logiques par le biais de l’approche existentielle de Sanders Peirce ou l’approche conceptuelle de Sowa (extension de l’approche Peircienne).

    Il est possible que, comme le souligne Esteban Manchego, Levy-Strauss tout à son effort louable pour réhabiliter l’image des cultures archaïque face à l’arrogance ethnocentriste occidentale, ait eu peur de dévoiler la violence qu’il pouvait deviner dans les myhtes qu’il étudiait.

    Peut-être, mais je préfère plutôt, dans l’analyse des cultures archaïques, l’approche de Malinowski (passant du structuralisme au fonctionnalisme). Dans son étude sur les peuplades mélanésiennes, il ne retrouve pas le complexe d’Oedipe, principalement dû aux relations familiales très particulières des tribus étudiées, ni l’aspect des sacrifices humains dont le bourreau serait les autres. Je ne puis que vous renvoyer sur une partie de ses travaux

    Je suis persuadée que si Girard n’a jamais eu cette crainte, c’est qu’il est intimement convaincu de l’égalité entre les humains et j’ai en particulier rarement rencontré d’auteur aussi peu sexiste.

    Pour ma part, j’ai sans doute une approche trop scientifique de l’anthropologie, mais on ne se refait pas, même si nous essayons de modérer nos propres tendances. Je pense cependant que Lévi-Strauss et bien d’autres sont convaincus de l’égalité entre les humains. La seule nuance est qu’ils n’ont pas la même façon de transposer, dans leurs actions, des valeurs pourtant identiques à la base ; vous retrouvez d’ailleurs cette même problématique dans la fonction inverse qu’est l’interprétation. Beaucoup de philosophes de l’esprit ont abordé ce point et abondent en ce sens. Nous pourrions dire que si il existe une réalité, il existe plusieurs vérité selon les différentes interprétations que chacun fait d’une même situation.

    Je crois qu’il a été dit de Girard qu’il était en quelque sorte un historien des religions dans la mesure où il s’intéresse particulièrement à leur genèse et à leur évolution. Ainsi, il a démontré à travers de nombreux textes antiques la façon dont les mythes grecs s’adoucissaient au cours du temps. On passe de Chronos qui dévore ses enfants, de Jupiter dévoré bébé par les Titans puis revomi par ces derniers dans les récits primitifs, à une idéalisation de l’Olympe figurant la perfection physique dans les derniers temps de la Grèce Antique. Girard souligne que l’idéalisation est à double tranchant, puisque d’un côté, en masquant la violence, elle adoucit la société et d’un autre côté, elle fait perdre en efficacité les rituels religieux et peine à enrayer les crises sociales.

    Je ne pense pas à l’idéalisation en exprimant l’abstraction conceptuelle, cette démarche permet d’approcher le plus petit dénominateur commun de l’entendement universel. Nous n’appliquons cette approche qu’à des notions abstraites ; liberté, justice, amour, haine, ... L’idéalisation consiste à exprimer que nous détenons une Vérité. Vu mon propos précédent, il serait contradictoire d’abonder dans le sens de l’idéal. Dans les raisonnements je me contente d’une notion de plausibilité et non de vérité.

    Tous les concepts abstraits peuvent prendre une forme différentes dans leur pratique ; tout se résume au compromis communément admis entre chaque valeur et le poids de son opposé. Dans une société, entre le blanc et le noir, il existe une foultitude de gris.

    Ce qui reste assez surprenant concernant ce que vous dites sur Girard est qu’il reconnais certaines dicontinuités temporelles (Il me semble que Girard répond avant tout qu’il est facile de dire aujourd’hui que « si nous avions été à la place de nos pères, nous n’aurions pas commis ces crimes ».) mais, a priori, pas spatiales. Si je le suit sur le temporel, je reste sceptique sur l’aspect spatial.



  • Christophe Christophe 11 octobre 2007 12:44

    @Esteban,

    Vous en faîtes un relativiste alors que l’objet même du structuralisme est de retrouver des structures fondamentales inhérentes à toutes les sociétés humaines.

    Je confirme votre propos. Le struturalisme est utilisé dans l’approche classificatoire des connaissances du monde. Le structuralisme se positionne favorablement à une classification universelle au niveau de l’intelligible. Par contre, il ne pose pas d’hypothèse sur l’universalisme des actions. L’approche globale de Levi-Strauss pourrait se résumer par : L’activité classificatoire est la forme la plus élémentaire de la représentation. Le savoir naturel est classificatoire ; on classe comme on peut, mais on classe. Du point de vue de la relation avec l’environnement, classer signifie reconnaître un certain nombre de discontinuités vitales. L’activité de classification représente la condition minimale de l’adaptation.

    Nous retrouvons ce découpage dans les approches du sémanticien Rastier concernant les cinq acceptions de ce que nous appelons des concepts. Lévi-Strauss opte pour un universalisme de premier niveau : le concept est une forme de la pensée humaine qui permet de dégager les caractères généraux essentiels, des choses et des phénomènes de la réalité objective ; c’est-à-dire une représentation mentale, générale et abstraite d’un objet. Ce concept, philosophique et logique, n’a pas nécessairement de rapport avec les systèmes de signes, la symbolique d’une culture.

    Par contre, il me semble que Lévi-Strauss ne remet pas pour autant en cause le relativisme symbolique. Il fait une distinction entre le monde de l’intelligible et le monde des actions.



  • Christophe Christophe 11 octobre 2007 10:56

    Sans vouloir polémiquer outre mesure, si sur la comparaison des hommes publics Sartre et BHL, je vous rejoins, par contre, en terme de production d’écrits philosophiques, il y a une différence de catégorie qui est indéniable. Nous pouvons les classer selon l’approche de REVEL : Dans notre tradition philosophique, telle que l’imposent les quelques milliers d’ouvrages qui la contiennent matériellement, une inversion de sens a donc fait que les philosophes ne nous invitent plus à comprendre que leur propre système. Or, un système philosophique n’est pas fait pour être compris, il est fait pour faire comprendre.

    Si Sartre a tenté d’expliquer le monde (qu’il ait tort ou raison, là n’est pas la question, au moins y a-t-il débat), rôle premier des philosophes, BHL se contente d’expliquer son propre système philosophique ; ce qui n’a plus rien à voir avec de la philosophie. Des philosophes d’aujourd’hui, je préfère largement Sfez, Habermas, ... que ce pauvre BHL qui n’a malheureusement aucune rigueur argumentaire. smiley



  • Christophe Christophe 10 octobre 2007 23:06

    @Luciole,

    Expulser et enterrer Levy-Strauss serait une tâche en effet bien trop lourde pour mes épaules.

    Pour les miennes aussi, tout autant que d’enterrer Girard.

    Je soulignais simplement que Girard s’était opposé à l’idée que l’on ne pouvait pas comparer les cultures entre elles. Il pense que c’est une façon de renoncer trop vite à comprendre l’esprit humain, à abandonner l’analyse pourtant bien amorcée par quelques brillants anthropologues de terrain comme Frazer.

    Sur ce point, je me rapproche sans aucun doute de Girard, mais la comparaison est difficile, pour ne pas dire périlleuse. Le relativisme, dû aux facteurs culturels, donne lieu à une manipulation symbolique dont il est fort difficile d’en comprendre la signification ; la symbolique linguisitique en est, si besoin est, une preuve flagrante. Nous retrouvons là l’un des points les plus complexes dans les échanges interculturels qui sont tout autant soumis à l’incommunicabilité que nous connaissons dans les échanges entre sujets d’une même culture.

    Par ailleurs, Frazer, sans remettre en question ses travaux sur les mythes et les rites, avait une approche très marquée par la supériorité des occidentaux sur ces tribus sauvages ; principe même de l’anthropologie évolutionniste défendant l’idée que toute société évolue pareillement en passant de l’état de tribu sauvage en société organisée de type occidentale.

    Dans son ouvrage « La voix méconnue du réel », il rappelle qu’il est avant tout intéressé par les faits et finalement assez peu par les théories. Il s’intéresse aux mythes, parce que les mythes parlent d’évènements anciens réels, mais dont le déroulement a été réinterprétés par ceux qui s’en sont le mieux sorti, au détriment de ceux qui sont morts, devenus après coup les fauteurs de trouble.

    Exactement ce que nous reproduisons aujourd’hui ; sur ce point, il y a convergence ; et le mythe persiste sous une autre forme. Nous n’avons pas encore assimilé les propos de Wittgenstein : Tout ce que le philosophe peut faire, c’est de détruire les idoles. Et cela ne veut pas dire en forger de nouvelles.

    Avec un peu d’honnêteté intellectuelle, il n’est pas difficile de nous mettre à la place des indiens d’Amazonie lorsqu’ils ont jeté dans le feu leur « dieu soleil » pour soulager une crise collective. Nous ne sommes pas différents d’eux et nous reproduisons le même type de comportement en votant pour ou contre l’exclusion de participants dans les jeux du cirque organisés par la télévision.

    C’est peut-être plus difficile que nous puissions le croire, mais admettons. Cela laisse-t-il supposer un quelconque universalisme ? Mais peut-être n’est-ce pas le propos de Girard, il insiste sur une proximité comportementale entre deux cultures, ce qui est important.

    Cet ancrage dans le réel me semble être l’une des grande originalité de René Girard par rapport aux autres penseurs de son temps.

    Et le problème du réel est qu’il est quasiment impossible d’énumérer de façon exhaustive l’ensemble des comportements culturels ; par cette voie, il ne recherche donc pas à démontrer la nature universelle de l’homme.

    Il reste cependant très pertinent de noter les corrélations existantes entre différentes cultures. Cela devrait nous inciter à nous plonger plus dans l’histoire de l’humanité afin d’analyser comment de tels comportements connexes peuvent exister ; une sorte de réflexe pavlovien ? smiley

    En tout cas, vous avez créé, chez moi, un attrait pour cet anthropologue dont je ne connais pas l’ampleur des travaux ; je vous en remercie.



  • Christophe Christophe 10 octobre 2007 19:28

    Bonjour Luciole,

    Très bon article.

    L’anthropologie est un domaine très vaste et il n’est pas simple d’émettre un jugement définitif sur une approche ou une autre. L’important n’est pas là me semble-t-il ; il faut retenir les apports de chaques approches. Mais si il est possible de rêver d’un universalisme comportemental, cela reste à l’état de rêve, même éveillé.

    Je rejoins votre avis sur le fait que ce qui gène est rejeté loin de la bien pensance actuelle, cela est vérifié dans bien des domaines. smiley

    Pour ce qui concerne René Girard, je ne le connais pas suffisamment pour émettre des critiques sur son approche. Cependant, dans vos commentaires vous enterrez, me semble-t-il rapidement Levi-Strauss comme sans doute dautres comme Malinowski, Pritchard, Scheller, Boas, ... voir même certaines approches sémiotiques traitant de la communication.

    Il reste prépondérant, à mon sens, dans toute étude anthropologique de garder ses distances par rapport à l’objet de l’étude (concept porté par Durkheim, Mauss et Levi-Strauss). Il me semble tout aussi pertinent d’analyser le sujet dans son ensemble, études systémiques introduites par Malinowski relayées par Russel, permettant de savoir si un comportement est intrinsèquement lié à la nature humaine ou bien une influence de son environnement de vie. Si Levi-Strauss a eu une si grande portée, cela est dû principalement à l’influence du culturalisme dans son approche structuraliste.

    Il faut aussi se rappeler, que malgré toutes ces approches, il arrive que l’expérimentateur influence lui même le sujet de son étude.

    Il est donc, pour ma part, hors de question de soutenir l’ensemble des thèses d’un anthropologue en particulier, mais de tenter de fusionner ce qui me semble pertinent dans chacune des études.

    Nous pourrions, par ailleurs, admettre que le comportement humain peut se référer à un libre arbitre virtuel tant le conformisme est de mise dans nos sociétés occidentales. En revanche, nous pourrions objecter que les hypothèses économiques néoclassiques prennent une importance prépondérante par le fait que l’approche économique, voir même politique, appliquée actuellement tend à pousser l’homme vers le comportement que Girard met en évidence.

    Ce qui apparaît est notre opacité à nous-mêmes comme l’ont montré la psychanalyse et la sociologie ; la conscience est le lieu de l’illusion d’indépendance, d’autosuffisance, d’avoir un être, elle est aussi changement, dissimulation. Je rejoins donc votre titre, nul n’est prophète en son pays.

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