@ Pierre Regnier, nous sommes bien d’accord, mais je dois mal m’exprimer.
Certes, certains baha’is peuvent être sous influence de la culture commune au bassin méditerranée. Mais très clairement les écrits baha’is rejettent et contestent les interprétations morbides qui ont eu cours jusqu’ici. Le péché et les concepts de culpabilité, de confession, de rachat et d’expiation sont rejetés. Pour les baha’is, la religion est très clairement une force éducative qui vise l’amour et la paix , le bien-être et la prospérité d’une civilisation en perpétuelle amélioration et dans le cas contraire, elle serait à abandonner. La richesse est louable à condition de pouvoir en rester détaché : ce qui signifie ne pas laisser nos biens nous posséder.
Là où mon explication manque de clarté est la réaction demandée aux victimes. La vengeance est blâmable et pour sa protection, la victime doit faire appel aux institutions. Pour l’instant, ces institutions sont immatures, et dans ce contexte, tout en condamnant sans appel la violence, tout en déployant toutes les énergies pour prévenir la violence sous toutes ses formes, et tout en s’en protégeant et cherchant à s’en soustraire, les baha’is préfèrent être victimes que des agresseurs. Je suis sûr que la majorité des parents préfère savoir son enfant victime plutôt qu’auteur d’une agression.
Ce que les enseignements du passé ont apporté étaient dans les limites du supportable pour leurs contemporains. Mahomet a découragé l’excision, sans l’interdire, a donné des règles d’éthique pour une guerre qu’il était impossible à son époque d’enrayer, il a annoncé que la femme avait une âme, question que bien plus tard, les conciles chrétiens ne l’avaient pas su élucider.
Or pour les baha’is, ces lois qui étaient un progrès pour le contexte social de l’époque sont inadaptées à notre monde de ce jour, tout comme vos pupitres de maternelle sont inadaptés à vos études à la fac, alors qu’il s’agit d’une suite dans la même éducation. Si vous lisez l’anglais, regardez avec quel audace à 15 ans la jeune Mona Mahmudinezhad explique ceci dans un devoir de classe, pour le plus grand désarroi de ses maîtres qui voient en elle la capacité d’enflammer ou « pervertir » les enfants de son age. http://www.adressformona.org/monasstory/storyofmona1.htm
Ma lecture des abondants écrits baha’is au sujet du sacrifice et de victimologie que je pourrais partager avec vous me conduisent à des conclusions un peu différentes de celles de René Girard. En un mot, la violence est innée dans la nature animale de l’être humain que la religion éduque afin de la sublimer et l’investir dans la collaboration et coopération au profit du bien commun. Dieu est un père aimant, entièrement Amour, même si pour des motifs pédagogiques nous invoquons sa colère qui en réalité signifie les conséquences de notre propre désobéissance à ses prescriptions aimantes.
Le Bab avait autorise la guerre défensive, mais en 1863, dans un écrit intitulé Lawh-i-Ayyúb, (Tablette de Job) Baha’u’llah proscrit la violence et exalte la patience. Si cette acceptation de la violence en “tournant l’autre joue” en désamorce la pérennité en arrêtant le cycle vicieux de la violence, en aucun cas il doit y avoir une recherché morbide de la souffrance.
Etre “martyre” dans la foi baha’i ne signifie pas mourir, mais de vivre sa foi de façon sincère et entière au service de l’humanité, y compris en acceptant la mort si elle s’avère inévitable. Dans sa passion le Christ demande à ce que la coupe du martyre Lui retirée, si telle était la volonté de Dieu, mais pour vivre sa mission jusqu’au bout, la mort s’est avérée nécessaire.
Olya Roohizadegan, une rescapée des rafles de 1983 contre les baha’is, raconte son épreuve et celle des baha’is, dont 10 femmes pendues pour le seul crime d’avoir enseigné des cours d’éducation morale aux enfants baha’is, des textes dans la veine de ce que j’ai cité ici. Elles ont persisté dans leur refus de repentir et de renier leur foi lors des 4 occasions qui leur avait été offertes, et encore une dernière fois juste avant leur exécution. La plus jeune d’entre elles, Mona Mahmoudinezhad, n’avait que 17 ans.
De leurs récits et écrits il ressort très nettement que leur conviction était que c’était en restant ferme dans la foi et sincères dans leurs déclarations et non dans un mensonge pour avoir la vie épargnée que le monde changera plus vite. (voir : http://www.amazon.com/Olyas-Story-Olya-Roohizadegan/dp/185168073X)
@Pierre Reignier Merci de votre encouragement. Je comprends très bien votre perception d’ailleurs étudiée par René Girard.
On ne peut saisir le comportement non-violent sans considérer l’idéal qui doit nous motiver. Pour les baha’is la religion a un rôle éducatif, ouvrant les perspectives du temps : celui de notre vie spirituelle après celle-ci et celle des générations à venir dans ce monde. Nous ne sommes ni le nombril de ce monde, ni de son histoire, et la finalité ultime de notre vie étant de servir à faire avancer la civilisation, en somme le but étant de prendre conscience de notre vie spirituelle, celle « du royaume » de Dieu. A défaut de cette éducation spirituelle, notre vie restera purement matérielle et manquera la dimension de l’idéal.
Tous les autres biens de cette vie : richesse, pouvoir, connaissance, santé, ... ne sont que des instruments transitoires à ce but final. Il doivent nous servir et non nous asservir. Le Christ est mort afin d’éduquer l’humanité et de « racheter » nos errances et d’établir une nouvelle civilisation incluant les innombrables peuples (religare). De même Baha’u’lah dit avoir accepté les chaines en confrontant ses détracteurs afin que l’humanité puisse être libérée de son asservissement au monde de la matière. Notre survie n’a de sens que si elle sert cette finalité. J’espère vous avoir aidé dans votre recherche.
@ anti oligarche,
vos propos qui insinuent que les mollahs ont établi que les baha’is ont des
liens avec les groupes terroristes sont choquants, mais je peux comprendre que
face à des propagandes contradictoires on puisse se sentir indécis. Du coup, je
comprends un peu mieux l’immobilisme du monde face aux horreurs de la deuxième
guerre mondiale.
Après réflexion,
je me dis qu’à défaut de preuves tangibles sur les évènements,on peut toujours se référer aux textes
fondateurs qui eux, sont indiscutables. Si les adeptes d’une cause peuvent en
dévier ou errer, l’idéal auquel ils se réfèrent reste indiscutable. En lisant Le
Capital de Marx, on comprend l’intention de son auteur, et en lisant Mein
Kampf, on ne peut se tromper sur les intentions du Nazisme.
De même, en
lisant l’Epitre au fils du Loup que j’ai cité ici, on ne peut se tromper sur
l’idéal des baha’is et en lisant le Petit Livre Vert de l’ayatollah Khomeiny, on ne peut se tromper sur l’orientation
de la révolution iranienne.
Aucune
propagande, aucune calomnie, aucune intox ne peut vous obscurcir la vision.
Ayant lu ces deux livres, je les trouve diamétricalement opposés en idéal et en
programme. Je me demande même si un lecteur attentif pourra trouver un seul
point commun entre l’idéal pour lequel les baha’is se font persécuter et celui de ceux qui les persécutent.
Ces deux livres
sont accessibles en lignes ; que tout chercheur sincère se fasse une idée
pour lui-même.
@ edzez, si seulement vous disiez vrai... un juif, un zoroastrien, un boudhiste, un hindou un chretien qui devient baha’i accepte Mahomet au même rang que les autres envoyés de Dieu. Il leur est parfois difficile de défendre l’Islam car il est trop facile de confondre les errences des humains avec la pureté d’une religioon à sa conception. Le Christ n’a pas enseigné l’inquisition, pas plus que Einstein n’a voulu les victimes de la bombe, mais on a facilement attribué ces méfaits aux auteurs.